Le Jihad se fissure-t-il?

Excellent article par Thomas RID dans le dernier numéro du Wilson Quarterly sur les transformations actuelles de la « mouvance » islamiste jihadiste (pour autant que l’on puisse user de ces termes).

L’argument est intéressant et particulièrement bien étayé: la force actuelle d’Al Qaeda, c’est à dire sa dispersion et la décentralisation croissante du recrutement, de la formation et de la préparation opérationnelle, est aussi sa principale faiblesse. Dans le livre que Thomas a co-écrit avec Marc HECKER (de l’IFRI, salut à toi Marc), WAR 2.0, l’argument est déjà présent. Les moyens techniques de communication (qui sont devenus des plate-formes après avoir été des cibles puis des armes) permettent de rendre viables les idéologies et les mouvements les plus extrémistes mais, dans le même temps, ils les condamnent à ne pas pouvoir s’inscrire dans une logique de légitimation politique efficace (c’est à dire s’appuyant sur des communautés humaines réelles). Bref, le Jihad ne vaincra jamais, mais ne peut pas non plus vraiment être vaincu.

Un autre élément capital concerne les éléments potentiellement radicalisables, notamment chez les nouveaux convertis des sociétés occidentales (qu’ils soient issus de minorités culturellement et sociologiquement musulmanes ou des groupes de population « souches »). Au fond, ces personnes sont autant des cibles potentielles du radicalisme que des éléments dangereux en puissance. Là git d’ailleurs toute l’ambiguité du discours contre-insurrectionnel/contre-terroriste: il oscille entre l’idée naïve qu’il suffit d’une meilleure gouvernance et de meilleurs services publics pour couper l’herbe sous le pied au processus de radicalisation et le discours victimisant certains groupes sociaux ou ethniques au motif de leur dangerosité supposée.

A mon sens, il faut absolument être conscient de deux faits solidement étayés par les recherches empiriques et la réflexion analytique:

1) il est dangereux et naïf de croire que la religion a un potentiel violent ou radicalisateur en soi. En réalité, les motivations des terroristes ressortent bien plus souvent d’une « confusion des genres » entre les motivations dites religieuses ( ou proclamées telles) et des causes sociologiques voire psychologiques plus complexes. Bref, le « radicalisme religieux » n’est pas du tout équivalent au « radicalisme politique ». Il paraît bien plus porteur de chercher dans quelles conditions les motifs religieux (ou l’appartenance à un groupe définissant son identité sur le mode religieux) donnent naissance à la radicalisation politique. C’est la cas tant dans la lutte « anti-terroriste » que dans la « contre-insurrection ».

2)il est nécessaire de prendre acte du processus décrit par Thomas. Peut-être la volonté absolue d’en finir avec Al Qaeda est-elle avant tout irréalisable et dangereuse? Peut-être faut-il plutôt gérer les coûts de ce risque de radicalisation?

Du pain sur la planche pour les chercheurs, les praticiens, les hommes politiques et les citoyens….

Bonne année à tous encore!

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