Et de 3: la Sécurité comme enjeu politicien

Presque tout le monde connaît la tragédie qui, pour la troisième fois en moins de 6 mois, a frappé la capitale irakienne. Plus de 127 victimes sont mortes dans 5 attentats coordonnés à la voiture piégée. Ceci intervient alors que la loi électorale vient enfin de passer mais risque de retarder les élections au mois de mars 2010 au lieu du mois de Janvier initialement prévu.

Sur le plan militaire, le fait que l’Etat Islamique en Irak (fondé en 2006 par AQI et ses alliés afin de concurrencer le nouveau gouvernement irakien issu de l’élection de 2005) se soit revendiqué comme responsable de cet acte meurtrier, peut poser question. Comme le dit le Lieutenant-général Charles JACOBY, commandant le Corps Multinationale-Irak (bientôt, le Corps US-Irak), « évidemment, les terroristes ont mis en lumière certaines vulnérabilités ». Mais lesquelles?

Il y a bien sur le retrait des forces américaines qui suit le plan prévu, même si le général ODIERNO reconnaît qu’il faudra plus de temps que prévu pour Mossoul. En effet, tout ceci révèle le résultat le plus immédiat du « sursaut »: à savoir que le socle de la sécurité reposait essentiellement -si ce n’est en totalité- sur les forces ou la présence américaine. En d’autres termes, alors que les Américains ont été le principal catalyseur du changement en 2007-2008, parvenant à combiner plusieurs dynamiques propres aux conflits irakiens voire à en modeler certaines, leur retrait laisse le Roi nu.

Et le Roi, c’est bien entendu le Premier Ministre Nouri Al-Maliki, qui apparaissait si puissant en ce début d’année. Or, la réalité est que la sécurité est devenu depuis longtemps déjà un enjeu des élections législatives à venir. En effet, les forces de sécurité elles-mêmes, tant les grandes corps que les unités locales ou que les commandements fonctionnels ou territoriaux, semblent minées par le jeu partisan. Ce qui a un triple effet:

  • celui de permettre à tous les opposants de pointer chacune de ces tragédies comme une responsabilité personnelle du Premier Ministre, lequel passe son temps à limoger les responsables du Baghdad Operations Command crée en 2007 sous son autorité directe.
  • celui de donner du grain à moudre aux entrepreneurs politiques qui jouent sur l’argument « des faibles », à savoir l’argument des tensions ethniques et de la peur de « l’Autre » qu’illustrent si bien les murs de séparation à Bagdad.
  • surtout, cela met gravement à mal l’unité d’effort nécessaire à la stabilisation, laissant des failles béantes dans lesquels les mouvements extrémistes -de plus en plus marginaux apparemment quand on voit que même l’ancien Parti Baas rejoint l’arène politique via le Mouvement National Irakien- s’engouffrent allègrement, avec la complicité de certains agents des forces de sécurité.

On se retrouve donc face au risque de voir le problème sécuritaire -qui globalement s’est pourtant bien amélioré si l’on prend les chiffres des pertes, y compris civiles, et si l’on pense à la normalisation de nombreuses zones du pays- devenir impossible à gérer car hautement chargé politiquement. C’est déjà le cas dans les débats internes aux EU, mais il est plus dommageable que ce le devienne aussi en Irak.

J’aimerais conclure sur un approfondissement de ce constat pour revenir à une question qui taraude les militaires et analystes américains et plus largement occidentaux. Je veux parler de la signification exacte du « sursaut ». En y réfléchissant bien, on peut dire que le « sursaut » a eu surtout un rôle interne à l’acteur américain, tant à destination de son opinion publique qu’à destination des militaires eux-mêmes. Le « sursaut » est clairement devenu un enjeu narratif majeur pour légitimer ou non la contre-insurrection en tant que mission prioritaire des forces armées, et en tant que campagne militaire menée en Afghanistan (celle-ci jouant aussi ce même rôle vis à vis de la contre-insurrection en tant que doctrine à part entière des institutions militaires US). Mais il faudrait certainement relativiser ce débat en comprenant qu’il nous est propre et nous parle surtout de nous-même… ce qui ne résout en rien les problèmes réels de l’Irak. En ce sens, il s’est vraiment agi d’un « arrêt sur image » de la violence, le temps d’une démonstration de stabilisation finalement superficielle car ne réglant pas les problèmes radicaux de la Nation (ou de l’identité nationale) irakienne…

Un peu d’humilité dans nos interventions passe également par cette réflexion, qui doit être du niveau politique, et qui doit inclure à leur juste place les militaires. Mais que l’un ou l’autre domine  et que l’équilibre soit rompu, et nous ne serons pas les seuls à en payer les conséquences.

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