Discours d’Obama: et maintenant? (mis à jour)

Dans le discours prononcé mardi à l’Académie militaire de West Point, le président Obama a donc annoncé les éléments essentiels de sa stratégie.

Il n’y a rien de bien nouveau dans ce qui a été annoncé, tant les fuites ont été nombreuses auparavant, si ce n’est l’annonce que le retrait devrait commencer en juillet 2011, ce qui fait dire à d’aucuns que loin d’avoir envoyé un message résolu aux rebelles, le président américain aurait surtout signalé l’irrésolution occidentale. N’importe, le discours aura surtout servi à calmer les diverses audiences américaines favorables à un retrait annoncé.

Certains peuvent s’étonner du choix de 30 000 militaires supplémentaires (on parlait de 34 000 dans les jours précédents le discours), d’autant que le général McChrystal avait demandé 40 000 militaires en hypothèse moyenne (80 000 en option haute). En réalité, les différentes options sur le niveau des troupes et sur leur utilisation en fonction de l’option choisie ne sont plus un mystère depuis longtemps.

Quoiqu’il en soit, il est évident que ce n’est pas le nombre de soldats envoyés mais bien leur usage qui est le plus important. Comme le rappelait hier matin le colonel Goya sur France Info (si quelqu’un a le lien je suis preneur), l’essentiel de la mission est de sécuriser les zones peuplées afin de 1) permettre de construire la gouvernance locale et de lier les communautés locales au gouvernement, 2) mener des actions d’assistance ou de développement (questionnement crucial des Britanniques par exemple) et 3) former les forces de sécurité afghanes pour qu’elles soient capables de prendre la place des unités occidentales.

Il n’empêche que cette stratégie me semble s’apparenter davantage à la vision « contre-terroriste » du VP Joe BIDEN, en dépit du fait que l’on va s’impliquer davantage « au sein des populations », que de la « contre-insurrection » prônée par le général McChrystal. Comme si le président américain appelait « contre-insurrection » (cf. son intervention du mois de mars qu’il voulait « globale ») une option beaucoup plus « light » que celle voulue ou conceptualisée par les « penseurs » de la COIN américaine. On peut en effet raisonnablement parler, à l’instar de Thomas Rid (amical salut à toi Thomas), d’une prise en main croissante des militaires au coeur du processus décisionnel, notamment depuis la guerre en Irak et les déboires de la « Transformation » Rumsfeldienne. Doit-on pour autant s’attendre à une montée des tensions avec les décideurs militaires? Rien n’est moins sur tant l’utilisation des concepts-clés de la stratégie de contre-insurrection par le président semble bien rodée.

On peut en effet mettre en balance cette stratégie avec les débats en cours sur la nécessité de provoquer un « Réveil » Pachtoune à l’instar de celui d’Anbar. Cette idée, une fausse bonne idée (voir le billet précédent), a le mérite de mettre en lumière les ambiguités de la présence occidentale en Afghanistan. On peut gloser sur l’abandon du discours de la « guerre à la Terreur » par le président Obama mais il n’en reste pas moins que la justification donnée à la mission des troupes (empêcher de nuire les « extrémistes » qui « complotent » dans leurs « cavernes » de la frontière afghano-pakistanaise) me semble ne pas devoir trop s’en éloigner, tant dans les préjugés que dans l’imprécision et le flou.

Il reste à parler de la présence française et de notre rôle. Il est intéressant de constater que nous cherchons à participer tout en affirmant notre spécificité. Il s’agit peut-être là d’un réflexe lié à notre identité, mais il est surtout symptomatique du fait que la présence militaire occidentale en Afghanistan, si elle est de plus en plus contestée aux Etats-Unis, est encore moins légitime aux yeux de notre opinion publique. Encore une fois, peut-on faire la guerre sans une stratégie politique claire et sans un soutien moral tacite ou non du plus grand nombre?

Bonus: Une excellente analyse des termes mêmes du discours (et du fait que, comme je le disais implicitement, il s’agissait d’un discours s’adressant à de multiples audiences contradictoires) est faite par David Betz, qui conteste notamment les réflexions de Obama sur les « analogies avec le Vietnam »… et cite à bon escient le sieur Galula.

Excellente déduction aussi de Gulliver sur Ink spot (excellent blog au demeurant) sur l’usage fait de ces troupes: peut-être que le mantra « il faut former l’ANA pour nous permettre de nous désengager » devra être rapidement  relativisé.

Mise à jour:

A noter que, selon certains officiels du Pentagone, le secrétaire Robert GATES aurait reçu l’autorisation du président de déployer 10% de troupes supplémentaires que les 30 000 prévus. L’essentiel, selon des officiels militaires, sera déployé à Helmand et surtout autour de Kandahar.

Une réflexion sur “Discours d’Obama: et maintenant? (mis à jour)

  1. A 4:53 des cyrards sur toutes les chaînes. Pour la petite histoire, nous avons été mis en place dans l’amphi près de 5h avant M. Obama.

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