De retour

Après 1 semaine passée aux Etats-Unis dans le cadre du colloque « Irregular War » organisé par le Naval War College de Newport (dont le président, le Contre-Amiral WISECUP, a épousé la fille du professeur François-Georges Dreyfus et parle par conséquent un excellent français… avec l’accent de Strasbourg!). J’étais chargé de présenter l’approche française à travers une perspective historique mais aussi doctrinale. L’occasion de montrer les points communs et les différences avec nos amis Américains (l’universitaire britannique Mary KALDOR a tenu à ce que j’insiste pour parler de notre concept de « Stabilisation » qu’elle trouve plus pertinente que « Contre-insurrection »).

Quelques nouvelles en bref sur l’Afghanistan, qui s’est confirmé comme LA préoccupation majeure outre-atlantique (au point où l’Irak apparaît comme un peu oublié, ou vite classé dans les aventures hasardeuses qui se finissent plutôt bien).

Le général McCHRYSTAL a demandé évidemment d’accroitre les effectifs en A-stan. Rien d’étonnant quand on connaît la rengaine: c’est pour protéger la population et donc aller au-delà de la simple « illusion du contrôle » (étonnante prise de conscience du général McMASTER sur ce sujet, l’expression est de lui). Reste à savoir si le président OBAMA prendra le risque en fonction de son évaluation du soutien de l’opinion publique (apparemment en baisse). Quoiqu’il en soit, l’analyse du commandant de l’ISAF, mise en ligne dans une version déclassifiée par le Washington Post, attire notre attention  sur le murissement de la pensée doctrinale américaine de « contre-insurrection », qui me semble aujourd’hui à un carrefour, qu’elle a par ailleurs connu dans le passé, entre hardiesse stratégique et dogmatisme doctrinal. Au-delà même, comme l’analyse le général GIAMBOTTI chez Olivier KEMPF, on peut s’interroger sur les approximations du dogme de la « population comme centre de gravité ». Sur ce sujet, j’ai constaté chez mes interlocuteurs anglo-saxons quelque retard à penser le concept de « population » par exemple. Plus encourageant, certains militaires et analystes (je pense au colonel des Marines ALFORD dans le premier cas -qui s’est basé sur son expérience à Al QAIM en novembre 2005- et à Frank HOFFMAN pour la seconde catégorie) acceptent apparemment de réfléchir sur les risques d’une instrumentalisation excessive de la population. Car, si comme le dit le général GIAMBOTTI, c’est « l’adhésion de la population » qui forme le centre de gravité, alors on ne peut qu’être effaré par une pensée qui s’en tient à « protéger la population » et par une pratique qui consiste à contrôler cette dernière. La tension entre l’instrumentalisation de la population (la population est un MOYEN) et son service (la population est une FIN en soi) doit être résolue à tous les niveaux de la réflexion, de la planification et de la conduite. Faute de quoi nous ne pourrons réellement obtenir ce soutien. Alors, le fait de demander plus d’effectifs est un moyen possible: submerger et saturer l’espace de bataille par une présence constante. Cela permet effectivement de reprendre l’initiative au niveau tactique (sans que ce résultat soit obtenu automatiquement) mais il faut aller plus loin et transformer l’essai politique…..


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