Nouvelles brèves (enfin pas trop en fait)

Un fait divers important qui m’a échappé vendredi dernier: le chef du groupe parlementaire Iraqi Accordance Front (sunnite), Harith Al-OBAIDI, a été tué par balle par un homme habillé en policier alors qu’il sortait de la mosquée du district de Yarmouk. Il venait tout juste de prononcer un sermon dénonçant les abus manifestes commis par les forces de sécurité irakiennes dans les prisons du pays. Bien entendu, le PM MALIKI a dénoncé cet acte qu’il a mis sur le compte des « terroristes » tandis que l’adjoint du parlementaire assassiné y voit plutôt la main des responsables civils et militaires des ministères de l’Intérieur et de la Défense.  Il est vrai que l’assassinat d’un parlementaire en Irak reste malgré tout assez rare car M OBAIDI n’est que le troisième a avoir été tué depuis l’élection de 2005. D’où les soupçons et les craintes d’un retour à la violence.

Je ne suis pas enquêteur et je ne cherche absolument pas à disculper ou accuser les uns ou les autres. En revanche, il est intéressant de constater la pérennité de nombreux éléments de l’imaginaire irakien dans cette affaire. Le principal me paraît tenir au rôle forgé pour les forces de sécurité dans ce pays depuis l’époque de la domination britannique à la fin de la 1ère guerre mondiale. Bien que de nombreux officiers ayant servi dans l’armée ottomane se soient convertis au nationalisme et au réformisme militaire de l’Etat et de la société, l’Armée -« colonne vertébrale » du nouvel Etat- a surtout servi à réprimer les oppositions à la monarchie Hachémite ou aux Britanniques. Dans bien des cas, l’Armée a joué un rôle de renforcement de l’exclusion des groupes marginaux de cet Etat-Nation crée de toute pièce.

Simplement, la volonté britannique de diminuer l’influence chiite sur la population irakienne a abouti à affirmer un nationalisme étroit dont les Chiites ont été exclus sur la base d’une conception ethnique de la Nation arabe (là où les religieux chiites -certains étant iraniens sans être forcément toujours perses d’ailleurs- prônaient un nationalisme fondé sur un patriotisme arabe local et la reconnaissance de l’Islam comme élément fédérateur). Les militaires irakiens ont donc très tôt été recrutés parmi les Sunnites et ont appris à réprimer les Chiites, puis les Kurdes sous Saddam Hussein.

Au fond, l’accusation portée par M OBAIDI -et sa mort tragique si elle devait y être liée- démontre que les ressorts sont les mêmes qu’avant la chute du régime baassiste: les Chiites et les Sunnites ont juste échangé leur rôle. Cette persistance d’une identité ethnique de « l’irakité » et, partant, à la fois de la place des forces armées comme garants de l’ordre national (fut-il communautariste) et de la relation construite comme hostile entre les principaux groupes formant la société irakienne (héritage de la construction britannique du nationalisme arabe) ne présage rien de bon pour l’avenir du pays, au moins sur le court terme.

Dans un autre ordre d’idée et dans un autre pays menacé de l’intérieur et de l’extérieur -le Pakistan-, la récente offensive de l’armée dans la vallée de la Swat contre les Talibans semblerait accompagner un mouvement de « réveil » des populations locales, pourtant favorables aux insurgés il y a peu. Les raisons en sont le récent attentat contre l’hôtel PEARL CONTINENTAL à Peshawar et la flagellation d’une adolescente par des groupes talibans. Bref, en langage « Galulien » ou « Hogardien », la population se retourne contre l’insurgé, ce qui peut être interprété comme le but et le principe de la « contre-insurrection ». Je note surtout les points communs avec le « réveil » d’Anbar (que l’on nous présente comme un modèle), à savoir l’excès de la mise au pas des populations par les groupes insurgés. Ou comment la « guérilla accidentelle » se tire elle-même une balle dans le pied.

addenda:

Apparemment, un raid mené dans le district sunnite de GHAZILIYAH aurait permis l’arrestation d’un suspect dans l’assassinat de Harith Al-Obaidi. Il s’agirait d’un sunnite, membre d’une milice du « Réveil » mais aussi, selon les accusations de l’officier en charge de l’arrestation, adjoint militaire local de l’Etat Islamique en Irak.

Pour ajouter à la confusion, le ministre de l’intérieur vient d’annoncer que 40 policiers répondront d’accusations d’abus dans les prisons à la suite d’une enquête menée dans les prisons irakiennes.

Soit le gouvernement cherche à noyer le poisson au sujet de cette affaire, soit les rivalités internes entre les groupes sunnites pour le contrôle de la base communautaire sont à l’origine du meurtre de M. Obaidi..

addendum n°2: des chercheurs de la Brookings Institution (Michaël O’Hanlon et Jérémy Shapiro) viennent de rendre public un graphique sur les « progrès en Iraq et en Afghanistan »…… ils se passent de commentaires (à moins que mes lecteurs veuillent en faire, ce dont je leur serai gré).

Une réflexion sur “Nouvelles brèves (enfin pas trop en fait)

  1. Tiens, je note que la production d’électricité en Irak à (enfin) dépassé celle d’avant guerre. Mais il y a t il toujours autant de pannes de courant dans le pays ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :