Dégradation?

Plusieurs éléments sembleraient indiquer une tendance à la dégradation dans la situation sécuritaire en Irak. 

l’affaire du Conseil du Réveil de FADILH (un quartier sunnite situé dans le district d’ADHAMIYAH à Bagdad) montre que le mouvement AQI semble capable de nuisances en s’infiltrant ou en tentant de s’infiltrer dans les zones tenues par les « Fils de l’Irak », profitant des inquiétudes de ces derniers. Quoiqu’il en soit, l’arrestation de Adil AL MASHDANI, leader de cette milice de Fadilh a surtout accru les tensions et rappelé quelques heures sombres. Toutefois, il semble également que nous soyions ici témoins davantage d’une tentative de marchandage avec le pouvoir plutôt que d’une réelle tentation de rejoindre l’insurrection. En effet, certains membres du Conseil, par ailleurs dissout, ont reçu la promesse d’intégration au sein des forces de sécurité irakiennes, une revendication souvent entendue ces 18 derniers mois de la part des chefs miliciens.

-la province de DIYALA, notamment dans ses marges méridionales et orientales, reste un sanctuaire pour les mouvements insurgés et terroristes. Bien que confinés  à la frontière iranienne, les cellules et les groupes restent actifs et semblent avoir restauré leurs voies de communication avec la capitale après les opérations victorieuses du printemps-automne 2007 menées par la Division Multinationale Centre qui avaient rompu ces dernières. Les attentats qui se succèdent ces derniers jours à BAQUBAH, la capitale provinciale, et à Bagdad démontrent que la coordination entre les divers éléments est redevenue opérationnelle.

-Enfin, la question se pose de l’identité et de la nature de cette dégradation. Il peut tout aussi bien s’agir d’un « bruit de fond » que d’un montée en puissance de la rébellion. On ne peut plus en effet parler d’insurrection dès lors que, MOSSOUL exceptée, la population ne semble pas suivre les « militants ». En revanche, non seulement les capacités semblent se reconstituer mais, très logiquement, les modes d’actions s’adaptent à la situation (avec l’usage de grenades d’origine russes RKG-3 qui permettent de cibler les véhicules MRAP), tandis que les structures et les alliances se recomposent (avec l’idée d’un mouvement baasiste utilisant AQI comme paravent, ce qui serait un retournement de situation par rapport à 2003/2004). Quoiqu’il en soit, on se retrouve de nouveau devant le dilemme du contre-insurgé: ayant pressuré l’ennemi en tentant de rallier les populations et les éléments jugés « réconciliables » (c’est à dire acceptables ou corruptibles, c’est selon), il ne lui est pas possible de poursuivre sans une « récupération sociale du territoire » qui soit durable. On comprend ainsi comment les zones sunnites de DIYALA ou de MOSSOUL restent de potentiels sanctuaires: les milices qui les tiennent sont fragiles car, en dépit du soutien financier américain (qui est indirect maintenant que les miliciens sont gagés par le gouvernement irakien), elles manquent du soutien gouvernemental (quand elles ne le contestent pas ouvertement au nom de griefs ethnoconfessionnels ou de marchandages politiques) et sont sujettes à la campagne de « meurtre et d’intimidation » que mènent contre eux les rebelles. Quant à la population, elle est de nouveau enfermée dans la « boîte noire » entre les insurgés et les miliciens, sans oublier les forces gouvernementales. Voilà qui peut relativiser l’idée que « la population est le centre de gravité en contre-insurrection ». En effet, le centre de gravité des actions visant à la restauration de la stabilité sécuritaire est davantage l’allié sunnite et milicien. Ayant été « retourné » en 2007, il court le risque (réel mais qu’il ne faut pas exagérer compte tenu des manoeuvres déclaratoires qui visent aussi à obtenir des avantages) de rejoindre de nouveau la rébellion. A ce titre, il est d’ailleurs inquiétant de constater que la libération accélérée des détenus sous garde américaine semblerait avoir produit un surcroît de recrues pour la rébellion. Ricks a  peut-être raison: il est probable que les principaux évènements des « guerres en Irak » ne sont pas encore arrivés.

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