Un peu d’histoire: la « contre-insurrection » française

 

Une fois n’est pas coutume, je souhaiterais aborder un thème qui n’est qu’indirectement lié aux guerres en Irak, celui de la « contre-insurrection » française. Les guillemets, dont j’use habituellement pour cette expression, se justifient amplement par le fait que le mot lui-même n’est pas ou peu utilisé dans l’histoire militaire française et l’est encore fort peu aujourd’hui. Indirectement disais-je car chacun sait maintenant le poids que joue l’expérience française en Algérie -et le personnage de David Galula en particulier- dans la définition d’une doctrine et d’une stratégie en Irak,  principalement sous l’égide du Général Petraeus (même si sur ce point je partage le scepticisme de Andrew EXUM, alias Abu Muqawama, sur la paternité unique du phénomène attribuée à « King David »).

En réalité, cet emprunt à David Galula apparaît plutôt comme une réédition de la guerre du Vietnam, lorsque les militaires américains étaient en recherche d’une doctrine, d’une stratégie et de « bonnes pratiques » face à la guérilla du VietCong. Déjà, l’officier français était un « pont doctrinal » entre les expériences françaises en Algérie (ou, plus précisément, un pan de ces dernières, informé par les expériences propres de cet officier et son parcours plutôt singulier -même si aucun parcours d’officier ou de militaire ne peut être vraiment taxé de « singulier » entre 1939 et 1962) et les désirs américains de simplification et de recettes miracles. Travaillant pour la RAND Corporation, il avait alors publié Pacification in Algeria en 1963 et Counterinsurgency Warfare: Theory and Practices en 1964 (ce dernier ouvrage ayant été traduit l’année dernière aux éditions Economica par les bons soins du Général DESPORTES avec une présentation du CBA de MONTENON et une préface de David Petraeus himself). Toutefois, pour une raison qui reste incompréhensible à mes interlocuteurs américains, il est difficile de ne considérer Galula que comme une expression du « génie » français en la matière, d’autant que son ostracisme fait toujours mystère aujourd’hui (il avait déjà été ostracisé par les lois anti-juives de décembre 1940). En effet, si Galula emprunte à ses propres expériences comme commandant de compagnie et de bataillon en Algérie autant que comme observateur privilégié des insurrections communistes en Grèce et en Chine, il rapporte ses propos sur un mode « positiviste » qui convient bien mieux à la culture doctrinale de l’Army. Par ailleurs, ses travaux sont alors mêlés à d’autres réflexions venues des Britanniques.

Par ailleurs, les mêmes interlocuteurs d’outre-atlantique ont du mal à voir que Galula n’est pas une exception (pour son expérience algérienne) tout autant qu’il n’est pas la règle. Derrière le « mythe », il est donc nécessaire de retrouver la multiplicité des expériences des armées françaises en « contre-insurrection » (aujourd’hui, un militaire français se doit de parler des procédés de « contre-rébellion » au sein de la « phase de stabilisation ») ainsi que de discerner la part de l’imaginaire qui sous-tend la doctrine et participe à l’interprétation desdites expériences.

Grossièrement, on peut dire qu’en réalité les savoirs et savoirs-faire français en la matière des « guerres irrégulières » sont le produit d’un tri et d’une sédimentation émergeant d’une pluralité d’expériences et de pratiques. A dire vrai, l’appareil doctrinal existe, mais il est bien souvent informel et passe par les écrits de personnalités telles que Galliéni et Lyautey, Trinquier et Galula pour ne citer que quelques noms. Autrement dit, la tentative actuelle de constituer une doctrine dans ce domaine est une relative nouveauté et doit donc à son tour trier à partir des enseignements de ces expériences. Se détachent en fait deux moments majeurs dans ce processus: les expériences coloniales de Galliéni et Lyautey (au Tonkin puis à Madagascar) suivies par la constitution du protectorat sur le Maroc par ce dernier, l’ère des « guerres de révolution nationale » marquées par le paradigme croissant (mais nullement seul ou dominant) de la « guerre révolutionnaire ». Chacun de ces deux moments est marqué par un point commun: l’initiative de la réflexion doctrinale et tactique revient aux militaires eux-mêmes et se déroule dans une absence quasi-totale de directives par le pouvoir politique. De ce fait, on distingue deux volets: un volet « réactif » qui comprend une analyse du contexte et des solutions à apporter sur le plan militaire, et un volet « positif » définissant le rôle des militaires dans de tels conflits. Ce deuxième volet particulièrement est largement baigné par l’imaginaire que se créent par défaut les militaires: les civilisateurs bâtisseurs d’empire, les réformateurs tentant de concurrencer les « sirènes » communistes ou nationalistes ou encore les « soldats de la paix ». Ce rôle positif n’est pas simplement de l’ordre du discours: il se transforme en actions politico-militaires mais aussi en préceptes à adopter dans l’attitude vis à vis des populations locales qui sont un pan essentiel des doctrines et des pratiques.

Sur le plan « réactif », il est intéressant de voir que se sédimentent des concepts appelés à durer (oserais-je dire plutôt qu’ils perdurent comme une « culture informelle « qui se diffuse au sein des unités coloniales, des unités parachutistes voire aujourd’hui par les expériences de plus en plus partagées par le grand nombre des OPEX): le premier moment voit se définir l’idée de « pacification », le second celui de la « guerre révolutionnaire », aboutissant aujourd’hui à la « stabilisation ».

  • La pacification est en effet un concept qui ne souffre aucune discussion en Indochine et en Algérie encore. Il désigne essentiellement le maintien ou le rétablissement de l’ordre face à des peuples ou à des groupes insurgés (on parle souvent de « ralliement »), voire face à la piraterie au Tonkin. Il s’appuie chez Lyautey et Galliéni sur le principe de la « pénétration organisatrice » (parfois appelé « tâche d’huile ») qui doit aller au-delà d’un retour au statu quo ante pour les populations. La prospérité et la sécurité sont en effet des objectifs justes en eux-mêmes car ils passent par l’établissement de la Loi et de la Civilisation. Voilà une leçon peut-être à retenir pour nos contemporains: en voulant « stabiliser » un « Etat failli », sommes-nous dans le rétablissement d’un droit universel à la sécurité et dans la promotion du « développement », ou sommes-nous dans l’imposition d’un ordre occidental, fondé sur nos valeurs que nous pensons universelles? (note: l’auteur de ces lignes pose la question, mais nullement de manière rhétorique. Il ne s’agit pas forcément de mettre en avant la deuxième alternative comme « vraie » par rapport à  la première).
  • La guerre révolutionnaire reprend certains de ces aspects (notamment son processus de légitimation de la présence et de l’action des forces armées). Elle considère que l’affrontement idéologique met les populations au coeur des préoccupations des belligérants. Celles-ci sont donc à la fois l’enjeu du conflit autant que le terrain sur lequel il se joue. Aujourd’hui, les théoriciens anglo-saxons (je pense à Killcullen) parlent en effet de « conflit de légitimité » pour désigner les guerres contre-insurrectionnelles. Tactiquement, il est donc nécessaire de protéger voire de contrôler les populations. Là encore, il est difficile de saisir le dilemme que pose la distinction entre ces deux modes d’action. Le premier se veut positif et porteur de réformes nécessaires (dans un temps où les militaires se conçoivent en effet comme les premiers modernisateurs, comme on le voit dans de nombreux jeunes Etats du « Tiers-Monde »), tandis que le second repose sur la manipulation des réseaux sociaux et des connaissances culturelles en vue de « séparer les insurgés de la population ». Tant en Indochine qu’en Algérie, les procédés qui découlent de cette vision consistent à la fois à aider la population (les SAS en Algérie par exemple) et à encadrer celle-ci (les maquis des minorités en Indochine, « l’action psychologique » dans les deux cas, etc.)

A bien des égards, la pratique et la culture militaire française en OPEX emprunte à chacun de ces concepts, en les adaptant aux normes actuelles du Droit des Conflits Armés ainsi qu’au contexte international:

  • Ce type de conflit est perçu avant tout comme de nature politico-militaire: les militaires doivent faire du Nation-Building 
  • Sur le plan opératif, le procédé de la « tâche d’huile » et du quadrillage correspondent à une volonté de pénétrer progressivement la zone d’opération.
  • Sur le plan tactique, le contrôle de zone devient un contrôle du milieu à travers des aptitudes reconnues (ou valorisées) de « sensibilité culturelle ».

Ce panaroma (forcément rapide et simplifié, voire simpliste) ne prend pas en compte les autres pratiques et concepts. Non pas qu’ils aient été moins importants ou moins répandus, mais parce qu’ils ont été marginalisés par le tri et la sédimentation opérés au cours du temps. Plusieurs facteurs entrent en effet en compte pour expliquer le produit final: la persistance de cultures informelles qui diffusent ces pratiques et ces préceptes (à travers les unités suscitées) et leur expansion récente à travers toute l’Armée de Terre (je pense notamment à la manière dont le concept PROTERRE peut aussi être vu comme une résultante de ce phénomène dans la mesure où l’on apprend à tout militaire le b.a-ba des procédés tactiques en « occupation »); le rôle de certains traumatismes (la guerre d’Indochine et l’emprisonnement de nombreux officiers dans les camps du Viet-Minh a certainement sensibilisé ces derniers à l’aspect idéologique et à la nécessité d’apporter un volant politique et psychologique à la guerre irrégulière), l’isomorphisme normatif (une expression de sociologie des organisations qui désigne un phénomène de ressemblance et de convergence croissante entre deux organisations) notamment à partir de l’exemple américain… Tant il est vrai qu’aujourd’hui la réflexion française emprunte beaucoup à l’expérience irakienne.

Au-delà, une question, peut-être excessive ou osée: la France doit-elle faire l’économie d’une doctrine de « contre-insurrection » dès lors que sa culture opérationnelle est largement marquée par de telles expériences en dépit du temps qui passe? La réflexion et les concepts sont certes nécessaires, mais que peuvent-ils apporter de plus si ils ne cherchent pas réellement à examiner le passé pour dénoncer les mythes et poser sereinement les bonnes questions. Le travail déjà effectué par le Bureau Recherche du CDEF est un pas dans la bonne direction.

7 réflexions sur “Un peu d’histoire: la « contre-insurrection » française

  1. Billet passionnant, comme d’habitude. Quelques remarques :

    – Je me demande souvent, même si cela peut surprendre, si l’on ne pourrait pas faire débuter, historiquement parlant, cette école dont tu nous entretiens avec la guerre d’Espagne napoléonienne et, plus particulièrement mais pas seulement, l’œuvre de Suchet en Aragon : l’on y retrouve à la fois les embryons de la guérilla moderne (et puis le terme a été forgé de là, après tout), mais aussi la mise en place de techniques contre-insurrectionnelles, tant coercitives (formations de groupes très mobiles, de très petites tailles – pour l’époque – qui donnent la chasse aux insurgés, comprenant des éléments autochtones et s’habillant à la manière des gens du cru ; attention particulière portée à la protection des convois logistiques ; recensement des différentes bandes avec organigrammes et traque/élimination des maillons essentiels), que préventives (accueil et vie harmonieuse des troupes au sein des populations civiles, efforts pour l’amélioration de la situation économique, actions psychologiques pour rallier les leaders d’opinion locaux, travail sur la culture locale, notamment les aspects religieux, renseignement d’ambiance, etc.). Et puis il y a Clausewitz qui a écrit sur la Petite Guerre en s’inspirant de l’expérience espagnole, avec certaines permanences, mais aussi les limites de son temps. Bref, il y aurait matière, en faisant plonger les racines de cette école française de la contre-insurrection dans ce passé là également, à tisser des liens qui remonteraient plus loin que l’époque coloniale, mais aussi plus profondément sur l’étude générale de la stratégie moderne.

    – Bonne question sur l’objectif final des forces de stabilisation occidentales : le secret espoir est sans doute que l’émergence d’un Etat stable, prodiguant sécurité et bonne gouvernance, introduira peu à peu « l’idée nationale » dans ces pays. Est-ce possible ? Est-ce même souhaitable ? Une armée qui fait la guerre au sein d’une population peut-elle apporter, dans ses bagages, une idée qui deviendra séduisante aux populations qu’elle aura contribué à protéger, si même elle y parvient ? Vaste débat…

    – Sur ta question finale sur l’utilité, à l’aune de notre culture opérationnelle, d’introduire une doctrine contre-insurrectionnelle spécifique, elle mérite effectivement d’être posée. Du reste, le FT-01, en introduisant son fameux continuum allant des opérations conventionnelles de haute intensité jusqu’au plein rétablissement de l’autorité étatique me semble intégrer en fait, mais sans le dire explicitement, ce socle culturel français dans la doctrine d’aujourd’hui. Sans en faire une matière « à part », il faut donc sans doute mettre l’accent sur cette tradition historique en insistant sur l’étude des auteurs et la recherche basée sur le RETEX. Tout cela devrait donner à l’armée française une plus-value dont peu de nations peuvent se targuer. Reste à savoir, puisque nous intervenons désormais en coalition, si la voie des uns ne se heurtera pas aux voies des autres, avec des résultats finalement négatifs sur le plan opératif. D’où l’intérêt, aussi, de participer à la diffusion de cette école française par-delà nos frontières et particulièrement chez les alliés avec qui nous sommes amenés à intervenir aujourd’hui…

    Amicalement.

  2. Merci à toi François. Encore une fois, tu poses les pertinentes questions.
    Il est vrai que l’expérience de Suchet est peut être le point de départ de cette « vision française » (ou en tout cas de ces principes qui seront appliqués ailleurs par d’autres). Mais si je n’en parle pas, c’est essentiellement pour des raisons méthodologiques: quelles sont les liens effectifs entre Galliéni/Lyautey et cette expérience? S’est-elle maintenue et diffusée dans l’armée française avec la conquête coloniale (avec Bugeaud en relais?)? Sans preuve (mais après tout, je ne suis pas spécialiste du XIXème siècle, donc elles existent peut-être et quelqu’un s’est peut être déjà penché sur le sujet?), je ne peux rien affirmer.
    A moins que ces principes puissent être déconnectés du contexte culturel des forces armées françaises et plutôt liés à un contexte plus large (les cultures européennes, cf. Jérôme Baschet sur les découvertes du XV-XVI), voire à des éléments intemporels (après tout, il est question ici de légitimité et de relations de pouvoir).
    Vaste débat aussi.
    Pour la diffusion auprès des alliés, tu as parfaitement raison…

  3. Je crois pouvoir fournir quelques précisions sur le parcours et la personnalité de David Galula. Il a été mon condisciple au Lycée Lyautey de Casablanca. Nous avons passé le bac ensemble en 1938, puis il est parti en corniche, et moi en taupe. Bien qu’il fût fana mili et moi pas du tout, nous étions de bons amis. En 1939 juste avant la guerre, nous participâmes à un tournoi d’échecs organisé par le champion du Maroc Kulczar : il joua 20 parties simultanées contre les joueurs locaux et en gagna 19; je fus le seul à battre le champion.
    Ensuite nous nous sommes perdus de vue pendant trois décennies, jusqu’à ce qu’un ami commun nous réunisse au printemps 1967 quand il est revenu en France. Il avait plusieurs soeurs qui habitaient à Paris. Je lis dans Internet qu’on ne sait pratiquement rien de la fin de sa vie. Ci-après mon témoignage: j’ai probablement été parmi les derniers à l’avoir rencontré vivant,
    Ses premiers mots en me revoyant furent: “Tu te rappelles la tête de Kulczar, quand tu as pris sa reine!?” Il m’a invité avec mon épouse à son domicile provisoire, à Savigny sur Orge, nous y avons rencontré sa femme américaine et son fils adoptif. Il m’a offert son ouvrage en anglais: “Counter insurgency warfare” et le roman qu’il a écrit sous le pseudonyme Jean Caran: “Les moustaches du tigre”. Il ne paraissait pas avoir de problème de santé. Les époux Galula désiraient trouver un appartement à Paris, étaient gênés parce qu’il habitaient loin, et nous leur avons offert de prospecter pour eux. Un mois plus tard, nous nous apprêtions à les inviter chez nous à notre tour, quand nous avons eu la stupéfaction d’apprendre qu’il avait succombé à un mal foudroyant et qu’il était décédé. Nous avons assisté à la cérémonie religieuse qui a eu lieu à la cathédrale américaine avenue Marceau, Paris 8. Je ne me rappelle pas la date exacte, mais c’était peu de temps avant la guerre des six jours, sur laquelle j’aurais évidemment bien aimé connaître son opinion. La date : 11 mai 1967 qu’on trouve dans Internet me semble plausible.
    Galula était certes fort intelligent, mais il avait le sens de la mesure : le bruit fait autour de son nom dont le général Petraeus semble être l’origine, et l’enflure des commentaires dont le manque de régulation d’Internet est responsable, l’auraient amusé et lui auraient sans doute inspiré un autre roman dans la veine des “Moustaches du tigre”. Je n’ai lu que très peu de commentaires sur cet ouvrage, il donne une bonne idée du Galula que j’ai connu.

  4. Cher Monsieur,
    Je vous remercie évidemment de votre témoignage, précieux et très instructif. Il est bon de parler d’un homme comme on l’a connu (même si vous l’avez perdu de vue pendant 30 ans) et le « mythe Galula » est l’un des éléments que je souhaiterais vraiment « dégonfler », notamment aux yeux des Américains pour qui il symbolise vraiment la « contre-insurrection » telle qu’ils pensent la mener en Irak depuis 2006/2007. Il y a ceux qui abhorrent son nom à cause des idées contenues dans son livre et ceux qui le vénèrent tel un demi-dieu. Bref! Tout est rapporté à ce seul ouvrage.
    Je trouve plutôt révélateur de ce qu’il devait être au fond de lui que nous ne sachions rien (ou presque) de sa vie: peut-être une certaine marque d’humilité.
    Merci encore de tout coeur de votre intervention.
    Bien cordialement
    Stéphane Taillat

  5. Stéphane,

    Ce fut une belle anecdote. Mais, je ne suis pas convaincu que nous souvenons du penseur, Galula, pour son humilite!

    Encore, s’il vous plait, pardonnez ma miserable francais… Et, merci pour votre blog.

    Cordialement ,

    SNLII

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