La rente pétrolière et la reconstruction: le péril qui vient

Un article du New York Times pointe du doigt un potentiel obstacle à cette fameuse reconstruction qui tarde en Irak. Après tout, la plupart des nouveaux élus aux élections provinciales l’ont été sur le thème de l’argent non dépensé par leurs prédecesseurs pour la reconstruction des infrastructures et la création de nouveaux emplois.

Or, il semble bien que la reconstruction soit la victime directe de la baisse du prix du baril ainsi que la victime collatérale de la crise financière aux Etats-Unis. Qui plus est, le passage progressif des troupes américaines d’une posture de direction des opérations à un encadrement des forces de sécurité irakiennes accroît le coût de ces dernières, qui comptent près de 650 000 personnels aujourd’hui contre 250 000 en 2007, au moment de la plus forte hausse des prix du pétrole.

Si les ministères irakiens ont été considérés comme les seuls à ne pas dépenser leur budget du fait de la manne pétrolière, il semblerait que ce temps soit fini, au moins provisoirement. Par ailleurs, les avoirs financiers irakiens ne suffiraient pas à compenser les pertes.

Plusieurs remarques:

-c’est la lenteur de la reconstruction qui a probablement contribué le plus à l’essor du soutien populaire à l’insurrection entre la fin de l’hiver et le printemps 2004: manque de ressources, découplage entre le CPA et ses grands projets de long terme d’une part et les officiers américains utilisant le CERP de l’autre, attaques sur les « contractors », etc. Le gouvernement irakien ou les nouvelles assemblées provinciales ne peuvent plus arguer des problèmes liés à la sécurité pour justifier des retards… Par ailleurs, l’essentiel des projets de court-terme aété financé par les commandants de brigade ou de bataillon, dans le cadre des EPRT ou de leur propre initiative. Il n’est pas sur à ce propos que les populations locales ne voient le départ des Américains forcément d’un bon oeil

-tout ceci nous ramène plus largement au problème de la rente pétrolière. A l’issue de la décolonisation, la plupart des pays producteurs ont nationalisé l’outil de production et utilisé les revenus issus de cette vente pour la modernisation de leur infrastructure. Dans un deuxième temps, certains ont même investi leurs capitaux dans l’économie des pays développés. Pourtant, d’autres ont choisi également de lancer une politique de militarisation comme l’Irak. Mais aucun (au moins pour le Moyen-Orient) n’a pensé à aller au-delà de la manne pétrolière en utilisant ses capacités d’investissement pour développer l’agriculture et l’économie. On sait bien ce qu’il advint de l’économie soviétique touchée par le contre-choc pétrolier de 1986: n’ayant jamais pu devenir une économie d’exportation de biens manufacturés, et cherchant par ailleurs à acquérir des devises pour acheter le blé américain, elle se concentra sur l’exportation d’hydrocarbures et ne put supporter les coûts budgétaires de la nouvelle course aux armements lancée par l’administration Reagan. Dans cette optique, l’Irak, pays relativement peuplé dans cette région, doit peut-être sortir de cette économie de rente, dans un contexte où il ne pourrait plus compter sur l’aide américaine.

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