Cartographier le « terrain humain »

Intéressant petit article du Service de Presse de la Force Multinationale Ouest (MNF-W) armée depuis le début du mois de février par la 2nde Force Expéditionnaire des Marines (IInd MEF) dont c’est la troisième rotation dans la province d’Anbar depuis 2003. 

Il s’agit d’un bref exposé de la mission d’un Equipe de « Terrain Humain » (HTT) dans la province. Intégrées à raison d’une par brigade, les HTT comprennent des militaires spécialistes de la collecte et de l’analyse du renseignement et des chercheurs en anthropologie et en sciences sociales recrutés par des contractors du département de la Défense.

Cette article souligne trois raisons majeures de ce programme qui fête ses 18 mois en ce moment:

-« comprendre la culture » locale afin d’éviter les erreurs de comportement

-recueillir des informations sur « ce que pensent les gens », c’est à dire du renseignement d’ambiance

-« gagner la confiance » des populations.

Pour le dire rapidement, c’est faire l’impasse sur d’autres motivations tout aussi cruciales, mais aussi moins dicibles. Je pense notamment à la nécessité de « cartographier » les réseaux sociopolitiques à travers les paradigmes ethnoculturels des populations afin de repérer les véritables détenteurs du pouvoir, de jouer sur les « noeuds sociaux », de contrôler les représentations et allégeances politiques, ou encore d’obtenir du renseignement sur les cellules ou groupes insurgés/terroristes. 

Mais s’arrêter sur ce constat de « contrôle des populations » me semble tomber dans un autre excès que le politiquement correct: celui de l’excessif antimilitarisme qui soupçonne toute contre-insurrection d’être le relent des « escadrons de la mort » ou des « tortionnaires »… Dans un autre ordre d’idée, le fait de dénoncer la collusion supposée entre la contre-insurrection comme forme éventuelle de (néo)colonialisme et les sciences sociales (ethnologie et géographie essentiellement) me semble relever d’une vision trop partiale et partielle. 

En effet, si on ne peut nier les dérangements réels posées à la population par cette effraction en son sein, il est nécessaire de relever deux observations:

-primo: la cartographie peut aussi s’entendre en son sens commun, c’est à dire la localisation de divers phénomènes les uns par rapport aux autres. Les moyens satellitaires de la GEO INTELLIGENCE (GEOINT) peuvent aussi servir un modèle de développement économique (par exemple en cartographiant les sols pour détecter les plus fertiles et en déduire une certaine organisation du finage). De plus, le « terrain humain » peut également servir pour repérer les besoins de la population.

-secundo: encore une fois, la croyance en la continuité entre un discours politique de « domination », un discours militaire de « contre-insurrection » et un discours scientifique de « connaissance de l’autre » me semble excessif. Plus exactement, il repose sur une lecture textuelle des faits plutôt que sur leur mise en contexte. Dans le cas des conflits comme celui que connaît l’Irak depuis 2003, la complexité des interactions entre des acteurs multiples et inégaux, à différentes échelles spatiales, rend caduque ce type de conclusion.

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