Fin de la première saison?

Oui, le titre peut paraître provocant lorsqu’il s’agit de parler du plus terrible conflit actuellement en cours (je sais que certains diront que l’Afghanistan est mal engagée, mais ce n’est pas le propos: nous parlons ici non des morts mais des conditions de l'(in)stabilité), mais deux articles me font penser à cette métaphore tirée du monde audiovisuel.

-Le premier est assez étonnant mais très instructif: il relate le changement de visage du mouvement sadriste à travers le personnage du cheik Mazin AL-SAEDI. En 2006, il était recherché pour son rôle supposé dans les enlèvements et assassinats de Sunnites à Bagdad et les Américains avaient fini par mettre la main sur lui. La semaine dernière, il supervisait l’ouverture d’une exposition d’artistes irakiens dans une galerie du centre de la capitale irakienne. Certes, on pourrait tirer de cette information quantités de déductions qui en soit ne signifient rien: quoi de commun en effet entre une personne accusée de « nettoyage ethnique » (rappelons bien à quel registre cela nous ramène-t-il) et le paisible maître d’oeuvre d’un vernissage apparemment pacifique? Au fond, cette image de l’Irak est très ambivalente, car elle révèle surtout les dynamiques sous-jacentes dont on a pu évaluer les effets lors des dernières élections provinciales: Sadr n’est pas mort et son mouvement reste puissant. Notamment, son emprise sur les esprits reste grande. Le seul changement par rapport au début de cette « première saison » tient dans le glissement de son personnage: d’un ennemi redouté et insaisissable, il est devenu l’ami potentiel ou bien le pire ennemi attendant dans l’ombre que sonne l’heure propice de la trahison.. Pour le dire plus sérieusement, nul ne peut prédire ce que le mouvement sera dans l’avenir de l’Irak: il peut représenter un allié de taille contre l’Iran qui compte de nombreux clients au sein du gouvernement irakien, comme il peut continuer à alimenter en sous-main les rangs des « groupes spéciaux » dédiés à la lutte contre « l’occupant américain ». Là encore, le rôle réel de Sadr reste obscur: simple prête-nom ou chef occulte du mouvement, le jeune clerc montre surtout que son véritable rôle est encore à venir. Rappelons en effet que la « succession » de son père ne lui a échut que parce que des disciples plus gradés de ce dernier  vivant en Iran ont décidé de le nommer comme « responsable » du mouvement sur l’Irak: au sein du clergé chiite, la primogéniture mâle n’est pas une règle de dévolution du pouvoir. Il n’en est pas de même des grades universitaires en théologie que le jeune Moqtada (il a mon âge, soit 35 ans) cherche à acquérir depuis le début de 2007 en Iran. Potentiellement, son aura populiste auprès des déshérités (la base sociale du pouvoir de son père) pourra peut-être s’adjoindre le prestige de marjah (de « père spirituel » pour reprendre une analogie avec le christianisme, ou de « marabout » pour parler un langage de l’islam africain) qui lui donnera le droit d’émettre des fatwas et de recueillir des dons des fidèles. Nul doute que pour lui, qu’elle que soit son camp, la guerre n’est pas terminée.

-C’est aussi l’avis de Thomas RICKS (qui ne doit pas dormir beaucoup ces temps-ci avec les soirées et interviews consacrées à la sortie de son dernier livre) pour qui « les principaux évènements (de la guerre en Irak) peuvent bien ne pas avoir encore eu lieu« . Entre menaces de guerre civile, de coup d’état ou de dictature pro-iranienne, il lui semble bien que la présence de dizaines de militaires américains pour encore une dizaine d’années (soit dit en passant, c’est l’estimation de ODIERNO, mais aussi l’idée de OBAMA) soit encore nécessaire. Ses arguments reposent essentiellement sur les entretiens qui lui ont accordé les principaux acteurs américains des trois dernières années: ceux-ci ont vu les progrès mais aussi les obstacles permanents à la stabilité. Entre autres, les alliances et les marchandages avec des personnes peu scrupuleuses ou à l’agenda relativement mystérieux (comme Sadr). Plus éclairant est cet aveu du major WHITNEY, un conseiller militaire auprès de généraux irakiens depuis 2006: « Saddam Hussein leur a appris comment réprimer les populations urbaines et nous avons justement renforcé cette leçon depuis 4 ans« … 

Alors, à la fin de cette première saison, à l’issue de laquelle de nouveaux personnages apparaissent et d’anciens modifient leur rôle, se retrouve-t-on à nouveau dans l’impasse? Ou alors faut-il changer d’échelle chronologique et évoquer le temps plus long de la présence américaine au Moyen-Orient? On se souviendra alors que ces discours, dont les acteurs sont persuadés de la rationalité (je ne mets pas en doute leur sincérité), peuvent aussi servir une présence durable dans un contexte énergétique de plus en plus complexe…

7 réflexions sur “Fin de la première saison?

  1. Y aura un tome II à votre thèse.🙂

    « Plus terrible conflit » Mouais. Je chipote.

    Excellent titre. Les films tendent, amha, à être de plus en plus concurrencés par les séries.
    Et au niveau militaire, fin de la bataille décisive, qui pouvait tenir dans un film (de 300 à La bataille des Ardennes) ; bienvenue à la Longue Guerre, aux interminables COINs, aux guérillas. Parfaites pour des séries télé.

  2. Ah bah dans ce cas, faut y aller franco :
    « Oui, le titre peut paraître provocant lorsqu’il s’agit de parler du plus terrible conflit actuellement en cours, d’un conflit abominable, déclenché par Bushitler et sa clique de pétroliers. Quand on pense que Scarlett Johansson et Angélina Jolie ont visité l’Irak… Elles n’ont pu y mettre de bikinis tant la chaleur est forte… Alors imaginez pour les pauves soldats en tenue pare-balle. »

    Là, vous voyez, en mots-clés pour les recherches google, vous êtes au top. De même en accroche d’article. Bon, il est vrai qu’on perd un peu trop en qualité, du coup. Mais on a rien sans rien.

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