Continuité de la COIN

Loin d’être une « invention » du FM 3-24 et de ses auteurs, la « contre-insurrection » et les concepts et procédés y attenant participent d’une longue histoire. En effet, outre que le terme lui-même renvoie à la guerre du Vietnam, il succède directement à une longue liste de dénominations, toutes englobant les mêmes réflexions et concepts depuis les années 1970: Low Intensity Conflict (1981 puis 1990), Operations Others Than Wars, Military Operations Others Than Wars, Stability and Support Operations et finalement COIN.

Ainsi, alors même que les dirigeants de l’Army cherchaient à recomposer l’identité de l’institution sur le modèle des affrontements conventionnels de la Seconde Guerre Mondiale (concept Active Defense du FM 100-5 de 1976, Airland Battle, etc.), les procédés et concepts actuellement soulignés par le FM 3-24 (soutien à la « Nation-Hôte », combinaison des actions civilo-militaires, de l’action psychologique et des mesures de contrôle de la population dans la lutte contre les insurgés, formation de forces para-militaires et des forces de sécurité, action dans le continumm des « lignes d’opérations », etc.) étaient dégagés par une équipe de chercheurs travaillant à la fois pour l’US SOUTHCOM (le Commandement intégré Sud-Américain) et le Strategic Studies Institute. Deux d’entre eux livrent les résultats de leur modélisation (qui porte le nom de SWORD pour Small Wars Operations Research Directorate, le « think tank » de l’US SOUTHCOM) dans un article paru aujourd’hui dans le Small Wars Journal

Ainsi, à la fois dans la continuité des opérations FID (Foreign Internal Defense) menée par les Forces Spéciales, et dans la transition entre la « contre-insurrection » et les opérations de maintien/imposition/reconstruction de la paix, les procédés mis en oeuvre au Vietnam et dégagés de la « doctrine classique » (le travail statistique mené par ces chercheurs couvre près de 43 conflits engageant une « insurrection » contre une armée occidentale depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale) perdurent dans le FM 3-24. 

Pour autant, cette continuité doit être nuancée. D’abord parce que l’Irak fournit majoritairement le corpus d’expériences auquel se réfère le manuel. Surtout parce qu’il faudrait analyser en détail les interactions entre les manuels doctrinaux, les recherches conceptuelles et les procédures effectivement appliquées sur le terrain. On verrait alors que, au-delà de l’appel rhétorique à ces procédés (qui trouvent une nouvelle jeunesse dans la standardisation opérée au sein du COIN Center of Excellence ou du Joint Center for International Security Force Assistance), en dernière instance, les procédures restent formatées sur les entraînements reçus et cherchent surtout à « coller » à la perception de la mission et de l’environnement par les militaires. Il y a loin de la doctrine « officielle » à la doctrine appliquée.

BONUS: un document déjà diffusé ici cet été, The Defense of Jisr Al Dorea.

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