Un raid de nuit

Cela faisait un certain temps que je n’avais eu l’occasion de mettre en ligne un reportage de Michaël TOTTEN. Ce journaliste indépendant a fréquenté l’Irak dans les cinq dernières années et vient d’y retourner. Après quelques temps passé dans la « zone verte », il a trouvé a « s’incruster » au sein d’une compagnie de l’Army stationnée à SADR CITY dans l’avant-poste FORD.

Il vient de publier un témoignage passionnant et très instructif sur un raid de nuit conduit avec cette unité. Il s’agissait de capturer un « chef terroriste  » (sans doute un responsable d’un « groupe spécial » ou l’un de ces chefs de milices chiites indépendant ayant participé au « nettoyage ethnique » des Sunnites de BAGDAD en 2006). 

De tels documents sont précieux, en ce sens qu’ils fournissent de nombreux détails. Et même si l’on peut reprocher aux journaliste intégrés dans les unités de combat leur enthousiasme excessif pour leurs « héros », ce n’est pas le cas ici. L’auteur, même si il cherche à relativiser la violence psychologique faite aux civils lors de cette opération -et certainement tous ses arguments ne sont pas à rejeter-, fait part de ses doutes, de ses peurs et de ses questions. Le plus intéressant tient au fait qu’il ne s’agit pas d’un néophyte en Irak. De fait, cela permet de constater plusieurs éléments intéressants que je recense ici:

-l’état des services publics semble déplorable. Outre les pannes de courant et le manque d’éclairage dans les rues de la ville, les égouts de cette partie de la capitale irakienne sont souvent défectueux.

-il est toujours difficile pour une unité « régulière » américaine de ne pas commettre des erreurs dans les opérations knock and search: erreur de cible, violence verbale excessive (même si celle-ci vise à figer de stupeur les protagonistes afin d’éviter qu’ils ne s’enfuient, ne se mettent en danger ou réagissent contre les militaires), humiliation des hommes (face contre terre), destruction du mobilier et « souillure » des maisons, etc. Ce qui change (au moins depuis 2007): des mécanismes administratifs de compensation financière pour les dommages causés aux biens et aux personnes.

-les moyens mis en oeuvre: il ne s’agit pas seulement de réseaux d’informateurs au sein de la population (il existe des numéros « verts » pour dénoncer les suspects ou signaler la présence d’un « terroriste ») mais également d’une omniprésence via les drônes, le vol permanent des hélicoptères et les constantes patrouilles de police ou des militaires.

-l’état d’esprit des militaires est intéressant: si la plupart semblent rejetter les missions de Nation building (ce qui infirme décidemment l’idée d’un changement culturel majeur et répandu au sein des unités, notamment pour ce qui concerne les Militaires du Rang), l’officier interrogé semble considérer qu’il s’agit là d’une mission plus « adulte ». Par ailleurs, il témoigne des progrès accomplis dans la formation culturelle et au comportement: connaissance de l’arabe et du Coran, rapports cordiaux avec les Irakiens (sauf si il s’agit de suspects ou de « terroristes » avérés, ce qui montre que, dans ce cas, le ressentiment et la déshumanisation de l’Autre se perpétuent parfois), connaissance des réseaux et des coûtumes.

Au final, je ne saurais trop encourager à lire les reportages de Michaël TOTTEN.

5 réflexions sur “Un raid de nuit

  1. Totten m’étonnera toujours par sa neutralité et la qualité de ses reportages.
    Le mot « adulte » est important : les militaires âgés semblent effectivement plus efficaces que les jeunes pour faire du Nation Building. Vers une division des armées en deux ? Une part jeune orientée vers la destruction, la guerre « à l’ancienne », une part plus mature orientée NB ?
    Ceci rappelle les propos d’un général américain disant préférer les gardes nationaux plus expérimentés, avec un gros background dans le civil, aux jeunes GI’s.

  2. Que penser en effet du fait que ces « jeunes » sont habitués au First Person Shooter sur leur « bécane »?
    Et vive la Réserve🙂 (au moins pour le Background civil, parce que ce qui concerne la formation -du moins en France- laisse souvent à désirer du fait de son caractère trop fréquemment superficiel)
    Une armée coupée en deux: c’est déjà le cas chez les officiers où la fracture générationnelle est inversée par rapport aux militaires du rang. Les jeunes capitaines font du Nation Building là où certains généraux (qui n’ont parfois pas connu le feu contrairement à leurs cadets et subalternes) sont plutôt « cinétiques »

  3. En même temps, le FPS peut s’adapter et gagner en finesse et en intelligence. Et il pourrait grandement contribuer à la formation à la contre-insurrection.
    Il y a un monde entre Duke Nudem et Opération Flashpoint.
    Mais c’est un autre sujet.

  4. Opération Flashpoint est vraiment bon et réaliste… en revanche que peut-on penser de First to Fight?
    Je viens de voir la vidéo sur CoD5 sur votre site.. cela donne envie (mais bon, tant que les journées n’auront pas au minimum 72h je ne vois pas comment je pourrais me remettre au jeux vidéo).
    Sur la formation à la contre-insurrection, je serais plus mesuré: à moins de prévoir un jeu de gestion extrêmement fine cela me parait difficile.
    Défi pour les concepteurs de jeux🙂

  5. Je pensais à des jeux, qui existent ou non, où l’on apprend avant même l’armée des réflexes qui peuvent être positifs. Un FPS avec des éléments linguistiques et culturels pourrait beaucoup apporter.

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