Quelles options pour l’Irak? (mis à jour)

A son habitude, Reidar VISSER nous offre une analyse complexe de la situation politique en Irak, laquelle peut nous aider à forger nos propres hypothèses.

En effet, il est clair maintenant que le « sursaut » politique n’a pas suivi le « sursaut » militaire, en dépit de réelles avancées de réconciliation au niveau local, notamment grâce au changement de perspective de l’action des militaires américains depuis l’automne 2007.

L’idée de retrait conditionnel émise par Joe BIDEN et reprise par OBAMA repose sur l’idée que le PM MALIKI a besoin encore des conseillers militaires américains pour achever la formation des forces de sécurité irakiennes. Profitant de cet intérêt, la nouvelle administration projetterait de faire pression sur le PM pour accélérer la réconciliation entre les factions.

Une idée alternative consisterait à agiter au contraire le spectre d’un retrait plus rapide pour forcer les factions au pouvoir à faire des compromis.

Reidar VISSER souligne à quel point ces deux analyses, émanant d’universitaires proches du président-élu (à savoir Colin KAHL pour la première et Marc LYNCH pour la seconde), oublient la position acquise par Nouri AL MALIKI depuis le printemps de cette année. Comme j’ai eu moi-même l’occasion de l’exprimer souvent, le PM est devenu « l’homme fort » de l’Irak, d’autant qu’il se refuse à toute délégation d’autorité sur les forces de sécurité, notamment au profit des autorités provinciales.

Il existe deux autres alternatives selon l’universitaire norvégien: la première consisterait à « casser » l’alliance entre les Kurdes et les partis fédéralistes chiites en donnant une « autonomie + » au Kurdistan, favorisant ainsi le retrait kurde; la seconde s’appuierait sur les élections provinciales qui devraient se tenir en janvier 2009. Comme cela a déjà été dit ici, ces élections représentent une avancée potentielle en terme de représentativité, notamment par rapport à la dynamique de communautarisme observable depuis 2004/2005.

Au-delà de l’analyse de VISSER, qui insiste à raison sur la constitution d’un appareil techno-sécuritaire au service croissant d’un seul homme, ainsi que sur le poids croissant des discours nationalistes et anti-fédéralistes comme dawa (prédication, idéologie) fédératrice, il convient également de poser le problème des dynamiques en cours.

L’histoire récente de l’Irak (depuis 2003) montre en effet à quel point le communautarisme est un phénomène contingent qui peut être surmonté. En effet, loin d’être un déterminisme séculaire (comme l’affirmait d’ailleurs BIDEN le mois dernier face à Sarah PALIN) condamnant le pays à la partition, le phénomène communautaire est la double résultante de la « déconstruction nationale » entamée par Saddam HUSSEIN, et de la projection des représentations américaines sur le « nouvel Irak » à partir de 2003. A compter de 2005, le retrait progressif des Américains dans les « super-bases » accélère encore le processus.

Au contraire, le phénomène tribal est plus ambivalent. En dépit des pouvoirs accordés aux cheiks dans les années 1990, les tribus n’ont jamais eu d’importance politique majeure: entre contestation et rouages du pouvoir central, elles se sont logiquement retrouvées marginalisées par les discours confessionnels.

A partir de 2003 cependant, on voit bien que les cheiks, notamment sunnites, ont tenté de mobiliser leur ancrage local dans un double-jeu tant avec les militaires américains, qu’avec le nouveau gouvernement ou bien encore les « combattants étrangers » d’AQI. Sur cette base tribale, les militaires américains ont pu, localement d’abord puis dans l’ensemble du pays sunnite, apporter une première réconciliation. Aujourd’hui, on voit bien comment le PM MALIKI se sert des forces de sécurité pour coopter certaines tribus (notamment chiites, mais pas seulement) afin de légitimer son autorité au niveau local, tandis que d’autres -potentiellement contestataires ou vues comme telles- sont progressivement laminées (prise de contrôle ou élimination des chefs miliciens des « Fils de l’Irak »).

Pour conclure, il appert donc que la politique de retrait ressemble surtout à une nouvelle projection de l’imaginaire américain sur l’Irak. De manière paradoxale, l’expertise des junior officers présents en Irak, certains depuis plusieurs années cumulées, fournit davantage de solutions politiques et éthiques que les beaux discours sur le « retrait conditionnel » des forces de combat. Dilemme et paradoxe de la contre-insurrection « réactualisée » par les Américains en Irak, non sans erreurs et sans douleurs.

Mise à jour:

Il semblerait que l’Accord sur le Statut des Forces américaines en Irak (SOFA) soit arrivé à son terme: alors que l’Administration BUSH donnait son accord à la grande majorité des amendements demandés par le gouvernement irakien (notamment l’absence de toute clause permettant d’étendre la présence américaine dans les villes après juin 2009 et dans le pays au-delà de 2011), le Conseiller à la Sécurité Nationale irakien expliquait sur Al JAZIRA qu’il soutenait le délai de 16 mois annoncé dans le plan de campagne du président-élu.

Néanmoins, si les négociateurs américains et l’Administration sortante estiment avoir fini leur chemin sur le sujet, il n’en reste pas moins que diverses questions demeurent sur la contrainte du texte (si il était signé) ainsi que sur la faisabilité du projet de retrait pour la moitié de l’année 2010. Mais il est vrai que l’accélération du calendrier de retrait par le général PETRAEUS peut laisser croire que les critères de sécurité et de stabilité sont atteints.

Enfin, il reste la question politique: nul ne sait si le Parlement irakien accepterait le texte, à l’exception peut-être de la cinquantaine de députés du bloc kurde. Quoiqu’il en soit, la future Administration a exprimé le souhait que le texte soit également débattu au Congrès.

Quoiqu’il en soit, ce texte reflète bien les dilemmes politiques en Irak comme aux Etats-Unis: la présence américaine -qu’elle soit vécue comme menaçante ou protectrice par les Irakiens, comme bienveillante ou contre-productive par les Américains- est un puissant facteur de pression externe qui agit sur les dynamiques de recomposition, de fragmentation ou de redéfinition identitaire à l’oeuvre dans la société irakienne comme dans le champ des spécialistes de la sécurité nationale aux Etats-Unis. A terme toutefois, on peut se demander si la signature du SOFA n’apparaîtra pas comme la victoire -posthume d’une certaine manière- de l’Administration du Président BUSH. En effet, il n’a pas été suffisamment signalé les changements d’attitudes et de perceptions du président sortant et de son entourage proche, qui ont semblé quitter un instant les « sirènes » néoconservatrices pour revenir à des pensées plus « réalistes ». Le SOFA marque ainsi le succès relatif des opérations militaires du « sursaut » pour les stratèges américains (dont je rappelle que l’objectif a consisté à trouver une sortie de crise honorable), ainsi que le terme ultime de « l’invasion illégale » de 2003…. Naïf? peut-être…..

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