L’image d’Obama

Comme l’illustrent les questions posées par les lecteurs du Monde à Bertrand BADIE (tout le monde n’aime pas dans le monde des « RI », mais je trouve que cela sort des visions réalistes ou critiques que l’on voit chez les spécialistes français), les préjugés sur la politique étrangère que suivrait Barack OBAMA en cas d’élection sont très instructifs:

-amalgame hégémonie/néoconservatisme/unilatéralisme

-irénisme sur l’Irak et l’Afghanistan (OBAMA prétend même aller porter la guerre au Pakistan, ce qui ravale « W » à un rang plus modeste dans le rôle de « faiseur de bazar »)

-incompréhensions sur la vision que les élites politiques (dont OBAMA est un parfait exemple, en dépit des aspects extérieurs) ont sur la politique étrangère des Etats-Unis.

Bref, ces éléments nous en apprennent autant, sinon plus, sur la vision française de la politique américaine que sur ladite politique….

En revanche, Bertrand BADIE (qui intervient aussi sur La Croix de ce jour) donne une analyse intéressante sur la fin des « hiérarchies de puissance » sous-entendues (et entretenues) par le système Westphalien. Dans ce cadre, il serait intéressant de penser en quoi la « contre-insurrection » est le produit de cet état de fait. Non pas dans le sens où il y aurait une « insurrection » contre « l’hégémonie », mais dans le sens où la lutte contre la violence politique serait lue comme une forme de « police globale » diffuse. Cela pose en effet le problème de la « COIN » en tant que stratégie militaire: quelle fin sert-elle? Plus profondément, on peut se demander si la construction de la « contre-insurrection » ne répond pas davantage aux angoisses des militaires eux-mêmes depuis la fin de la « guerre froide »: rappelons-nous que la question lancinante est celle de l’utilité de la force.

8 réflexions sur “L’image d’Obama

  1. Cela me fait pensez à un problème qui me turlupine.Que vous inspire un personnage comme Thomas P.M Barnett? il semblerai qu’il soit à la mode dans les millieux de défenses américains(et Dieu sait que ces derniers sont sensibles à la mode).Ses idées ont l’air assez « prométhéenne ».

  2. En effet, La « nouvelle carte du Pentagone » a beaucoup d’influence, y compris en France (concept d’arc des crises).
    Le problème de ce type de cartographie tient dans l’imaginaire (et donc les discours) qui la sous-tend. Ici, la vision de l’organisation du monde telle que proposée par BARNETT me semble excessivement simplificatrice, notamment car elle ignore un fait crucial: la corrélation entre violence politique (ou terrorisme) et le sous-développement n’est pas avérée. Pour le dire mieux, la violence politique n’est pas mécaniquement causée par la pauvreté et le sous-développement (j’y verrais plutôt une condition alimentant la violence).
    Dans ces conditions, il semble très contre-productif de prôner, comme le fait BARNETT, un usage des moyens « sur tout le spectre »: en effet, les Américains risqueraient d’attiser, voire de créer, un ressentiment et une violence politique certainement marginalisée au départ.
    Bref, il faut s’interroger sérieusement sur les pratiques et les discours mis en oeuvre par ce type « d’expert » souvent auto-proclamé…

    Je suis un peu dur peut-être, mais les Américains donnent facilement une audience démesurée à des solutions miracles (les fameuses « silver bullets »). Le problème, c’est qu’elle sont simplificatrices à l’excès… et génèrent des situations qui, a posteriori, apparaissent comme des prophéties auto-réalisées.
    Cordialement
    Stéphane TAILLAT

  3. la fin des hiérarchies de puissance va effectivement de pair avec l’insurrection : l’insurrection est la méthode d’un acteur souffrant d’une infériorité de puissance et désireux de la compenser. L’ordre des grandes puissances militarisées s’appuie, lui, sur la COIN comme moyen de se maintenir face aux défis posés par des acteurs non-étatiques ayant bénéficié de la diffusion de la puissance permise par la mondialisation (diffusion des technologies, des idées, libre-échange et libre circulation). L’utilité de la COIN n’est pas simplement de donner un sens aux institutions militaires dans l’après-guerre froide, mais d’empêcher l’émergence et l’enracinement de « zones grises », sanctuaires pour le terrorisme dont on ne peut plus ignorer la menace.

  4. Merci de cette précision utile. Mais je ne peux m’empêcher de me demander si cette adaptation fonctionnelle à la « nouvelle conflictualité » ne risque pas de produire davantage d’insurrections?
    A voir…

  5. En réponse à une de vos remarques:

    « Sinon plus sérieusement et pour « titiller », pourquoi alors ce besoin de justification du besoin de la force armée?

    En allant plus loin et peut être un peu vite, le désir de Paix nuirait-il trop aux forces armées? Il y aurait donc un besoin d’élaboration d’une menace pour pouvoir continuer à être accepté non comme élément générant des troubles mais comme élément nécessaire de pacification? »

  6. Au contraire, à mon avis c’est le risque inverse qui est à craindre: l’adversaire s’adapte dans les deux sens. L’insurrection s’est répandue précisément parce que les grandes puissances excellaient dans le combat conventionnel, le mode « direct » de Beaufre, ou en tous cas parce que les « faibles » ne parvenaient pas à leur tenir tête en ces termes.
    Si jamais maintenant les armées se focalisent uniquement sur les missions de type stabilisation & COIN et perdent l’expertise accumulée en combat conventionnel, on risque d’être bien démunis face à une résurgence de ce type de menaces.

  7. Deux éléments:
    -il faut distinguer entre les menaces et les moyens préconisés. Dans ce sens, l’adaptation est certainement cruciale, mais ne peut être pensée uniquement en terme d’adaptation fonctionnelle. Il faut donc réfléchir aux conséquences de nos actes, dans une interaction qui ressemble surtout à une « montée aux extrêmes ». Donc, mef.. (la vertu de prudence ne consiste pas à ne rien faire, mais à chercher les opportunités)
    -Bien entendu qu’il faut éviter la focalisation sur la COIN au détriment des « capacités conventionnelles ». Encore une fois, je pense qu’il faut vraiment lancer des recherches sur la sociologie des conflits d’aujourd’hui. Je préfère penser en termes de guerres « hybrides » à l’instar des Marines. Mais là encore, mef.
    Merci à tout les deux de votre participation. J’espère que le « patron de ces lieux » ne vous paraît pas tombé sur la tête🙂

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