conflits de pouvoir et légitimité à ANBAR

Je signale en passant un excellent article du Washington Post sur le Cheik Jassim AL SWEIDAWI, qui « règne » notamment sur la partie orientale de la capitale provinciale de RAMADI et les campagnes environnantes.

En effet, le cheik JASSIM est l’un de ses leaders -dont le passé est trouble puisque certains le soupçonnent d’avoir organisé le pillage et le rançonnement systématique des usagers de l’autoroute 10 en 20004-2006- qui organise les nouvelles relations de pouvoir au sein de plusieurs tribus d’ANBAR.

Sa légitimité tient à deux facteurs: sa capacité à se faire craindre de ses ennemis et de la population, ce qui en fait le « chef coutumier » au-delà des administrations « modernes » (c’est à dire « étatiques ») du pays; mais surtout le soutien des forces américaines qui ont accepté de le soutenir au début de l’année 2007 lorsque le cheik a proposé de combattre et d’éradiquer AQI, coupable de faire obstacle à son « commerce » et qui avait lancé une campagne de meurtre et d’intimidation contre lui. Après le mort de sept membres de sa famille, il a donc profité des nouvelles initiatives américaines de collaborer avec des responsables locaux, pour demander un soutien financier et matériel, promettant d’extirper AQI. L’occasion de rappeler que cette alliance, comme tant d’autres dans cette province, a été nouée aux plus bas échelons et a été le facteur déterminant dans l’éradication et la désagrégation de la structure jihadiste. En effet, le basculement des responsables locaux, et des milices qu’ils avaient constitué à la fois contre AQI et les Américains en vue de pérenniser leurs « affaires », a permis de dénier aux « extrémistes » l’usage de la rue et de la population de la ville. (note: ce qui ne signifie pas que les tactiques des Américains -notamment à partir du « sursaut »- n’aient joué aucun rôle. Ainsi, il fallait également « protéger les populations », c’est à dire aussi ces groupes alliés et leurs responsables, en s’installant en leur coeur après y avoir chassé les structures émergées de l’organisation « terroriste »).

Le plus intéressant tient aux bouleversements sociaux et politiques que cela a entraîné. En effet, le cheik JASSIM AL SWEIDAWI n’aurait jamais du être le chef de la tribu des SWEIDAWI. Mais il a bénéficié à la fois du soutien des Américains et de la timidité du successeur officiel pour s’imposer au sein du groupe tribal et, plus largement, au sein des alliances tribales, dont le fameux Conseil pour le Salut d’Anbar, créé en septembre 2006 par le cheik SATTAR ABU RISHA que Bing WEST décrit comme un « héros irakien » (alors que son parcours semble identique à celui de SWEIDAWI).

La « contre-insurrection » n’est donc pas seulement une pratique « neutre » visant à neutraliser, éradiquer ou délégitimer une organisation « insurgée », mais elle consiste aussi en un ensemble de pratiques qui transforment les sociétés dont les populations doivent être « retournées » ou « séparées » des insurgés. L’histoire du cheik JASSIM nous montre une réalité qui dépasse la rhétorique de la doctrine militaire: la séparation entre « insurgés » et « population » est largement un mythe….

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