Murder and Intimidation (M&I)

Dans une opération de stabilisation mettant en jeu de la contre-rébellion, la progression de la sécurité n’est pas linéaire. Des sursauts de violence peuvent ponctuellement apparaître, laissant dans les médias une trace sanglante et funeste.

En février dernier, AQI jettait ses derniers feux dans l’arène de la guerre civile en commettant des attentats de masse sur des marchés fréquentés par des Chiites. Aujourd’hui, d’autres modes tactiques semblent utilisés. En témoigne la mort de 35 personnes dans la ville de KHAN BANI SAAD, au SO de BAQUBA, capitale provinciale de DIYALA. Parmi les victimes, 20 policiers, des civils et des membres des « Fils de l’Irak ». La ville a longtemps été un sanctuaire pour AQI avant les opérations de juin-juillet 2007 qui avaient chassé les militants de l’organisation terroriste.

Dans le même temps, le général de division Qassim ATTA, porte-parole militaire de l’opération Fardh Al Qanoon (BAGDAD), annonce que des unités irakiennes vont être déployées dans la ville pour lutter contre une nouvelle vague insidieuse d’assassinats et d’exécutions. Récemment, un article du New York Times avait attiré mon attention sur une épidémie d’attentats à la bombe dans le quartier d’ADHAMIYAH depuis la mort de Abu ADDID, ancien insurgé et leader des milices sunnites anti-AQI dans la zone.

Tout ceci correspond en fait au schéma classique de la campagne de meurtres et d’intimidation que des insurgés ou des terroristes mènent pour dissuader la population de coopérer avec le contre-insurgé ou le contre-terroriste. En langage militaire américain, les campagnes de M&I se réfèrent surtout à ce que l’on constatait dès la fin de l’été 2003 au sein des zones Sunnites: attaques contre des contractants civils se voyant confier la reconstruction des infrastructures de base, assassinats de leaders favorables aux Américains (près de 6 gouverneurs de ANBAR furent assassinés ou contraints à la démission durant l’année 2005/2006), exécution de policiers recrutés par les militaires américains et « abandonnés » aux représailles lors du départ de ceux-ci (en mars 2005, le départ du 3/8 Bataillon de Marines de HADITHA avait conduit à une curieuse scène macabre: les 19 membres de la police municipale avaient été arrêtés chez eux par les insurgés et exécutés devant la population dans le stade de la ville).

Alors, en est-on revenu à ces heures sombres? Le bilan de la sécurité en Irak est-il si fragile? le transfert de la responsabilité aux Irakiens conduit-il aux mêmes erreurs qu’en 2005/2006 lorsque le retrait des Américains avaient presque conduit à l’effondrement de la société irakienne?

Le cheik Abdul SATTAR de la tribu Abu Risha, leader du réveil assassiné le 13 septembre 2007

Le cheik Abdul SATTAR de la tribu Abu Risha, leader du "réveil" assassiné le 13 septembre 2007

Il faut souligner un point important: la campagne de meurtre et d’intimidation est efficace lorsque la population est majoritairement favorable aux insurgés ou est fragilisée par ses griefs ou la cruauté d’un des deux camps. L’assassinat du cheik SATTAR (photo) n’avait pas remis en cause la détermination des responsables du « Réveil » d’ANBAR, alors que de telles exécutions avaient antérieurement conduit les mêmes cheiks à abandonner leur combat.

Dans la situation présente, ce qui est inquiétant est davantage la réinfiltration des membres d’AQI au coeur de certaines zones dont ils avaient été chassés l’année dernière. Mais leur situation est radicalement différente: alors, ils étaient forts et avaient été frappés par des actions cinétiques lourdes de « nettoyage », aujourd’hui, ils s’immiscent dans les interstices du consensus social contre eux, profitant notamment des rivalités entre les responsables des « Fils de l’Irak » (c’est notamment le cas à ADHAMIYAH où des heurts entre plusieurs tribus auraient fait trois morts dernièrement).

En d’autres termes, il ne faut pas rentrer dans le jeu de cette campagne d’intimidation. L’amélioration de la sécurité, la stabilisation de l’Irak ne peuvent être des phénomènes linéaires. En revanche, il faut s’assurer du soutien de la population, qui semble largement acquis. Je ne crois pas par conséquent à un « retour en force » d’AQI malgré sa résistance et sa capacité de résilience (désolé Olivier!).

3 réflexions sur “Murder and Intimidation (M&I)

  1. Un peu hors sujet et plus une demande qu’un commentaire mais devant votre avalanche d’analyses de concepts et d’angles d’étude de la situation en Irak toutes de haute volée, je me permets de vous le demander.
    Je n’arrive pas à retrouver sur votre blog, où peut être ne l’avez vous pas encore fait, une explication sur le rapport entre un darwinisme « militaire » et la guérilla où seulement les plus débrouillards s’en sortent.
    Auriez vous un auteur ou quelque chose d’écrit dessus à me conseiller?
    En vous remerciant d’avance.

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