les élections provinciales devraient avoir lieu le 31 janvier 2009

Repoussée après un semi-échec au parlement irakien le 22 juillet dernier, la proposition de loi concernant la tenue des élections provinciales a enfin été adoptée hier.

Rappelons qu’il s’agit pour la première fois d’élire les assemblées provinciales, jusqu’ici formées par des éléments choisis par les Américains, le Gouvernement Irakien (GOI) ou les cheiks locaux. Deux enjeux sont particulièrement importants: celui d’un « rafraîchissement » des cadres en augmentant leur légitimité, et celui de la crédibilité et de l’efficacité du niveau provincial (qui manque de moyens et dont les pouvoirs sont fixés dans un projet datant de mars 2008). En outre, il reste à traiter la délicate question de la gestion de la sécurité au niveau provincial: doit-elle relever du gouvernement central, au risque d’accentuer les tendances actuelles à l’usage de la force armée pour avancer des agendas politiques (affaire de KHANAQIN)? ou doit-elle dépendre en grande partie des autorités locales? A moins qu’un partage des responsabilités (du genre POLICE/ARMEE) soit possible?

Le 22 juillet dernier, le Parlement avait voté cette proposition pour échouer face au véto du Vice-Président kurde. En effet, la plupart des partis irakiens, y compris le Conseil Suprême Islamique en Irak (Chiite et favorable à un fédéralisme lâche), avaient décidé d’accélérer le processus, notamment sur la question symbolique de KIRKOUK (article 24). En effet, les élections provinciales de décembre 2005 avaient été marquées par un fort boycott des Sunnites. Dans le cas de KIRKOUK, sujet d’une « arabisation » accélérée sous S. HUSSEIN; cela avait aboutit à une représentation excessive des Kurdes (36 sièges sur 45). L’alliance de juillet entre le Conseil et le Parti Islamique en Irak (principale formation Sunnite) avaient contré l’abstention des députés kurdes sur l’article 24, qui prévoit que le sort de la cité pétrolière soit réglé par référendum organisé par une commission mixte (Kurdes, Arabes, Chrétiens).

Cette fois-ci, l’accord des députés kurdes a été obtenu en admettant de reporter l’élection pour KIRKOUK et les trois provinces du Kurdistan autonome. Le VP kurde ne devrait donc pas poser son véto cette fois-ci.

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de cet évènement;

-d’abord sur le développement de voies politiques dans la compétition entre les groupes confessionnels et partisans irakiens.

-ensuite, sur le lien entre réconciliation et stabilisation: il faut souhaiter que les nouveaux partis sunnites issus du « Réveil » puissent s’exprimer librement face aux partis traditionnels.

-cependant, les tensions s’accroissent entre le PM MALIKI, qui a affirmé avant-hier son nationalisme et son centralisme lors d’une interview télévisée, et les principaux soutiens du gouvernement, à savoir le Conseil Islamique et les partis kurdes. MALIKI pourrait être tenté d’utiliser l’armée irakienne pour diminuer leur influence et rappeler la nécessité d’un Etat relativement centralisé. C’est ainsi que peuvent être lus les évènements de BAQUBA (en septembre) et de KHANAQIN. Le second a été largement traité sur ce blog (faire une recherche via l’outil correspondant). Pour le premier, il s’agit de l’affaire du rejet du chef de la police provinciale de DIYALA par le conseil de la province. En effet, ce chef, appointé par le PM en personne, aurait cherché à emprisonner et réduire les milices des « FIls de l’Irak », en s’opposant au besoin aux responsables du Conseil Islamique.

-ce qui donne mon dernier point: outre la question de la forme de l’Etat, les élections provinciales montreront certainement que l’on ne peut réduire la politique irakienne à des luttes inter-communautaires. Non seulement l’affaire de BASSORAH du printemps dernier nous a montré les compétitions entre les partis chiites, mais encore celle de BAQUBA (voir plus haut) démontre qu’à l’intérieur des partis et des milices des courants émergent. Le PM MALIKI est certainement en train de créer l’image de « l’homme fort » de l’Irak en jouant de ces oppositions internes.

Plus que jamais la présence occidentale semble nécessaire: un retrait précipité risquerait de hâter des réglements de compte par d’autres voies. La difficulté du « sursaut » a consisté à provisoirement arrêter le transfert de responsabilité aux Irakiens tout en les formant pour qu’ils puissent devenir autonomes. Nul doute que cela ne prendra encore quelques années.

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