Réduction de troupes

Comme je l’annonçais la semaine dernière, le Président BUSH a choisi de se conformer aux recommandations du secrétaire GATES et du CEMA l’amiral MULLEN, préconisant un léger retrait d’ici le début de l’année 2009, c’est à dire au-delà de la prise de fonction de son successeur à la Maison Blanche.

Selon ce plan, issu d’un compromis entre la volonté de retrait des chefs d’Etat-major et l’évaluation des conditions sur le terrain par le général PETRAEUS, un bataillon de Marines quittant ANBAR durant l’automne ne serait pas relevé, idem pour une brigade de l’Army courant février 2009. A l’issue du départ de cette dernière, les forces américaines en Irak atteindraient le chiffre de 138 000, à peu près au niveau des 140 000 personnels déployés en janvier 2007. Les troupes initialement destinées à l’Irak seraient déployés en partie en Afghanistan, qui devient aujourd’hui la préoccupation première des stratèges américains (et du candidat OBAMA).

Le Président BUSH semble ainsi confirmer son souhait de s’aligner sur les recommandations du général PETRAEUS, lequel a du pouvoir freiner les demandes émanant des dirigeants militaires du Pentagone. D’autre part, cela permet au Président sortant de s’assurer qu’un retrait précipité n’est pas possible. Enfin, cela renvoie la balle à son successeur, quel qu’il soit.

Dans un autre ordre d’idée, j’annonçais également qu’à l’échéance du 1er octobre, près de 54 000 membres des milices sunnites de quartier de BAGDAD et de ses environs seraient transférés sous la responsabilité du gouvernement irakien. Rappelons en effet que les « Fils de l’Irak », qui opèrent comme milices de défense de leur communauté ou en appui statique pour occuper le terrain contrôlé, sont salariés par contrat avec le gouvernement des Etats-Unis (pour 300$/mois/personne).

Une réunion s’est tenue hier dans l’arrondissement de KHADIMIYAH (O de BAGDAD) pour expliquer les tenants et les aboutissants de ce transfert, notamment les conséquences concrètes sur les miliciens. En effet, plusieurs enjeux sont visibles: celui de l’emploi d’abord, celui de l’influence et du pouvoir des cheiks à l’origine des recrutements des milices, celui de l’avenir des relations entre les milices et les forces américaines, celui du sort des anciens insurgés ayant changé de camp l’année dernière pour rejoindre ces groupes. Le gouvernement irakien a promis que 20% des miliciens seraient intégrés dans les forces de sécurité (encore s’agit-il de la proportion sur le total des miliciens, soient 100 000 personnels), promettant également le recrutement d’autres SoI dans les ministères irakiens et l’accélération des formations professionnelles déjà en place dans de nombreuses régions, notamment du Sud de BAGDAD. Les critères de sélection reposeraient sur l’âge (entre 22 et 30 ans) -ce qui exclut de facto les cheiks eux-mêmes et risque de les couper du groupe dont ils sont les chefs naturels et les « patrons »-, mais aussi sur la maîtrise de la lecture et de l’écriture. Concernant les salaires, ils continueraient à être versés, le gouvernement américain s’engageant à prolonger les contrats de ceux qui ne trouveraient pas d’emploi. Enfin, le gouvernement irakien, tout en interdisant la libre circulation des milices et en leur déniant leur droit d’arrestation, a promis ne pas les priver de leur AK-47 (les armes plus lourdes seraient confisquées) et surtout de ne pas arrêter les membres des milices qui auraient eu maille à partir avec l’insurrection par le passé.

Tout ceci ne suffira peut-être pas à rassurer les responsables des « Fils de l’Irak ». D’ores et déjà, la question se pose de leur place dans le nouvel Irak. On a vu en effet comment les milices issues du « Réveil » d’ANBAR ont crée des partis politiques pour concurrencer les partis traditionnels sunnites.

J’ajoute aussi cette excellente lecture du small wars journal traitant de ce problème en le replaçant dans une perspective sociologique et historique plus large. Notamment, les velléités de création de système de sécurité ou de de contrôle s’appuyant sur les tribus ou les milices de quartier sont aussi anciens que l’islamisation du pays et la fondation de BAGDAD. En effet, les « fils de l’Irak » sont l’ultime avatar de ces tentatives de relier des réseaux sociaux disparates au pouvoir central.

ajout de dernière minute: la première milice d’autodéfense chrétienne (c’est à dire assyro-chaldéenne fidèle à Rome) protégerait la communauté de TEL ASQUF (province de NINIVE) contre AQI. Elle aurait été créée avec l’aide des Kurdes pour résister aux pressions des terroristes sunnites tout en se passant des milices locales monnayant leur protection contre le paiement de la « capitation » (qui, en terre d’islam, pèse essentiellement sur les non-musulmans et leur confère le statut de « dhimmis »)

2 réflexions sur “Réduction de troupes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :