Rapport de situation

En février, je me souviens disant que la menace AQI semblait écartée et que désormais les « groupes spéciaux » (milices pro-iraniennes dont la loyauté et l’origine sont complexes, notamment dans leur lien avec la soi-disant défunte « Armée du Mahdi » de Moqtada SADR) représentaient la menace principale pour les Américains. Evidemment, cela correspondait alors à un constat de ma part: AQI avait été la principale cible de la campagne de 2007, tandis que les attaques semblaient alors essentiellement le fait des milices pro-iraniennes (notamment du fait de leurs armes plus meurtrières).

Force est de constater que plusieurs tendances se dégagent tendant à produire une situation inversée. En effet, les « groupes spéciaux » sont (provisoirement?) éliminés depuis les offensives de mars-juin de cette année menées contre eux par le gouvernement irakien (BASSORAH, SADR CITY, AMARAH). Tandis que SADR lui-même semble avoir repris le contrôle de son mouvement à la faveur de cette « épuration » conduite par d’autres, tout en le transformant pour agir dans le domaine politique, économique et social. Au contraire, AQI montre une résilience inattendue: non seulement son emprise sur MOSSOUL reste inchangée car l’organisation profite des imbrications ethniques et du jeu des élites locales mobilisant les différences plutôt que l’unité, mais encore elle tente de se reconstituer dans la province de DIYALA (chaîne de HAMRIN, haute vallée du TIGRE, sud de la province).

Que déduire de ce basculement? D’abord que AQI reste, et pour longtemps, l’ennemi numéro 1 des Américains en Irak. Sa capacité de résilience ne doit cependant pas nous leurrer: l’organisation est désormais incapable de nuire sur l’ensemble du théâtre (ce qui n’est pas le cas localement, comme en témoigne sa transition vers un terrorisme « spectaculaire » à base de voitures piégées ou de femmes kamikazes). En revanche, l’ombre de l’organisation pèse encore sur les opérations de police menées conjointement par les Américains et le gouvernement, et ce même si des rumeurs persistent à dire que l’essentiel de l’appareil dirigeant aurait rejoint l’Afghanistan.

Quant aux « groupes spéciaux », le dernier rapport de l’Institute for the Study of War semble croire à une possible « régénération ». Après tout, les opérations d’août 2007 avaient déjà conduit à démanteler ces milices (bataille de KARBALA) et permis la reprise en main des « dissidents » par Moqtada SADR. Si l’Iran est clairement derrière la plupart de ces groupes, il n’en reste pas moins que sa capacité à les former et les entraîner chez elle n’est pas seule en cause. De fait, la distinction entre les « groupes spéciaux » et les membres de l’Armée du Mahdi reste complexe. Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu narratif pour les Américains (visant à la fois à jeter le doute sur le patriotisme de SADR tout en ne le ciblant pas directement), mais véritablement social: quelles sont les motivations des membres de ces milices? Le mythe de la « Résistance à l’Occupant » est ici certainement aussi peu satisfaisant que celui des « groupes criminels mafieux » longtemps entretenu par les portes-parole américains…. A suivre donc.

Une réflexion sur “Rapport de situation

  1. j’ai du mal à accoler la notion de résilience à AQI. Non que des muslmans n’y aient pas droit. MAis AQI, si j’ai bien compris, est un belligérant, non une société qui soutient un bélligérant. Il faudrait plus justement parler de résistance d’AQI. Me semble-t-il….

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