Quelques inquiétudes (ou comment rien ne finit simplement)

A me lire, certains lecteurs pourraient être amenés à croire que j’annonce déjà la victoire (avec un grand « V ») en Irak pour les Américains. Il est vrai que j’ai tendance à voir les évolutions stratégiques, tactiques et politiques dans ce sens. Mais il n’empêche aussi que l’on ne peut se satisfaire de cette notion de « victoire » dans un tel contexte. Au contraire, par bien des aspects, insurrection et contre-insurrection (ou les « guerres irrégulières » -même si je me méfie de cette catégorisation qui m’apparaît à bien des égards comme normative) se mènent selon des dynamiques complexes selon la « loi des actions réciproques » dégagée en son temps par notre ami Carl (par Lagerfeld, l’autre, CVC, dont Olivier KEMPF nous a offert une bonne (re)lecture d’été): c’est le sens de l’article que Thomas RENARD et moi-même avons commis pour le DSI de cet été.

Ainsi, deux éléments montrent en ce moment que la dynamique « victorieuse » (ou du succès), même si elle est loin de s’inverser (le gouvernement MALIKI peut réussir dans ses campagnes, pour peu que le soutien et l’assistance technique US lui restent acquis), n’est jamais linéaire. Au fond, il n’y a rien de nouveau sous le soleil, l’adversaire cherchant le contournement (autre loi immuable):

  • le premier élément tient dans les manifestations frappant depuis hier la cité de KHANIQIN située au NE de la province de DIYALA. Engagées dans l’opération « Promesse de Bien » depuis la fin juillet, les forces irakiennes et de la Coalition s’ingénient à « pacifier » les territoires les plus reculés de cette province. Or, la ville en question, située non loin de la frontière avec l’Iran, est majoritairement kurde (mais elle est aussi disputée entre ces derniers, les Turcomans et les Arabes chiites et sunnites). C’est même la deuxième ville pétrolière kurde du pays. Les autorités municipales ont donc exprimé leur inquiétude à voir les unités régulières (non kurdes qui plus est) montrer des velléités à entrer dans leur ville. Il faut d’ailleurs rapprocher ce fait de deux autres éléments qui, si ils se confirmaient, poseraient de potentiels problèmes majeurs. Le premier est la tension interethniques concernant KIRKOUK (d’autant que de nombreuses unités de l’armée sont issues des rangs des PESHMERGAS kurdes). Le second est la vague d’arrestation qui frappe actuellement les miliciens sunnites de DIYALA cooptés et recrutés par les Américains. Il semblerait donc que le gouvernement MALIKI agit de manière diverses vis à vis de ces milices en fonction de leur localisation géographique, affaiblissant celles-ci dans les zones mixtes où les Chiites sont en position de force, et se servant d’autres groupes dans les zones disputées à AQI et aux insurgés sunnites (comme la province de NINIVE et notamment à MOSSOUL). Sur les 100 000 miliciens que compte le pays, majoritairement chez les Sunnites, seuls 10 000 tout au plus auraient été intégrés dans les forces de sécurité locale, laissant une situation complexe. En effet, ces milices ont fourni les effectifs suffisants pour poursuivre la « tâche d’huile » durant l’été et l’automne 2007, mais manifestent surtout deux tentations: celle d’un ancrage spatial excessif du pouvoir au bénéfice de certains cheiks ou leaders locaux peu suspects de sympathie pour le gouvernement actuel, celle d’un contrôle à distance de ces groupes par les Américains, lesquels financent largement leur survie.
  • MOSSOUL est le deuxième point d’inquiétude. En dépit des opérations de ratissage et de quadrillage mises en place depuis mai 2008, il semble que les groupes insurgés infiltrent de nouveau la ville. Cela serait la conséquence d’une insuffisance du contrôle de la cité à partir de postes avancés. Sans doute la coloration « kurde » des unités régulières dans cette ville dont le contrôle est disputé depuis 2003 par les diverses factions ethniques et confessionnelles explique-t-elle majoritairement ce relatif échec. On peut aussi tabler sur la faiblesse de l’encadrement américain (la présence américaine dans cette province étant relativement ténue depuis la fin de l’année 2006, à l’exception des opérations menées régulièrement dans la zone de la TF IRON). Chassés à la fin du mois de janvier, les cellules insurgés reviennent. Leurs modes d’action confirment également le tournant vers le pôle terroriste amorcé au début de l’hiver. En revanche, la stratégie semble être la même, à NINIVE comme à DIYALA, à savoir le terrorisme urbain. AQI semble avoir échoué à basculer vers une stratégie subversive comprenant un volet « officiel », alors même que les principaux groupes insurgés ayant rejoint les Américains l’année dernière montent leur parti en prévision des élections provinciales, concurrençant les partis traditionnels et religieux influents chez les Sunnites (province d’ANBAR).

Bien entendu, d’autres évènements montrent une dynamique différente: la réouverture du quartier de DOURA (arrondissement de RACHID au SO de BAGDAD) et le retour des réfugiés ayant fuit la zone en 2006, le transfert d’autorité du canton de BALAD RUZ aux forces irakiennes annoncent un progrès certain.

Au final, il est difficile de ne pas considérer les mois qui vont suivre (notamment le RAMADAN de septembre, les élections américaines et la redéfinition du calendrier de retrait des troupes américaines associée à la nécessaire transition vers l’assistance militaire et la reconstruction au détriment des opérations de combat) comme devant être décisifs. A bien y réfléchir, j’ai l’impression d’avoir déjà lu et entendu cette affirmation des dizaines de fois depuis 2 ans. Au fond, rien ne finit simplement.

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