Une épidémie?

On connaît les tribulations de l’accord sur le Statut des Forces américaines en Irak (SOFA) dont l’accord final aurait dû être signé il y a presque deux mois déjà. Il échoue du fait de l’impossible convergence sur la question de l’immunité desdites forces quant à leur responsabilité devant la justice du pays d’accueil. Près de 80 nations ont signé de tels accords avec les Etats-Unis.

Nonobstant les questions légitimes posées au gouvernement MALIKI -lequel doit naviguer à vue entre son opposition (particulièrement depuis que le nationalisme a été mis à la mode chez les Chiites par Moqtada SADR), la population (qui apprécie bien l’aide américaine, notamment quant elle restaure la « normalité », mais qui souhaite évidemment un départ prévu), et les Américains-, il est intéressant de constater combien cette question est au coeur des opérations de stabilisation menées par les Occidentaux. Le PM MALIKI vient de demander fermement que la date de 2011 prévue pour un retrait définitif soit tenue par les Américains. Au même moment, le gouvernement afghan fait des siennes en annonçant vouloir revoir les conditions qui régissent la présence et l’action des forces occidentales dans le pays. La raison invoquée tient justement aux récents bilans des dernières opérations quant aux pertes collatérales. La tactique choisie par les occidentaux consiste en effet à débusquer les groupes ennemis, à les fixer puis à les détruire par le feu indirect.

Cette convergence, loin d’être une coïncidence m’amène à poser deux remarques:

  • la première tient à la configuration des acteurs dans de tels écosystèmes conflictuels (dixit David KILCULLEN). Traditionnellement, il est question d’un triangle opposant les contre-insurgés, les insurgés et la population. On peut bien entendu complexifier le modèle en montrant les oppositions internes à chaque « camp » et en rappelant que la population est l’enjeu. Toutefois, il semble bien que la question cruciale ici, à savoir celle de la « légitimité locale », demande d’insister plus lourdement sur les interactions entre le gouvernement « légitimé » et les forces étrangères (occidentales) qui l’ont mis au pouvoir. Personne n’aime apparaître comme venu « dans les fourgons de l’étranger » (mauvaise légende qui toucha Louis XVIII en 1814 lors même qu’aucun des Coalisés ne souhaitait réellement le retour des Bourbons et que ce furent les manifestations plus ou moins spontanées de Bordeaux et de Paris qui finirent par convaincre le Tsar et le Roi de Prusse). Bien plus, la question de l’origine du pouvoir est sans cesse posé au gouvernement puisque c’est justement sur ce point que les insurgés (rebelles ou subversifs ayant une façade « officielle ») le contestent. Dès lors, les Américains en Irak et les Occidentaux en Afghanistan doivent faire preuve de Prudence (au sens de la vertu cardinale). Celle-ci s’exerce dans leurs relations au gouvernement « ami » comme dans celles qui concernent la population et les groupes insurgés. J’ajoute que le discernement concerne l’ensemble des échelons et pas seulement les relations internationales entre deux Etats dont la souveraineté de l’un connaît une existence contestable (ou pour mieux dire, une existence relative à qui le regarde). C’est la raison pour laquelle, au niveau local (qui est la clé), les Américains mettent au point un procédé de « soft targeting » qui repose sur une analyse fine du champ de bataille (Intelligence Preparation of the Battlefield ou IPB). Celle-ci comporte 4 phases. La première analyse géographiquement la zone d’opérations pour y décerner les éléments physiques, économiques et sociaux cruciaux (les points et les lignes). La seconde cherche quelles sont les « causes premières » d’un éventuel soutien à l’insurrection de la part de la population. Il peut s’agir de griefs et de revendications reposant sur des éléments perçus ou objectifs. Mais il peut également s’agir de conditions externes à la population (comme l’absence d’autorité étatique ou la forte audience d’un leader, véritable détenteur du pouvoir). Une troisième phase s’intéresse à la nature et aux stratégies de l’insurrection (les réseaux). A savoir ses tactiques mais surtout ses objectifs stratégiques et opérationnels. Il est en effet plus pertinent de déduire les modes d’actions des seconds que des premières. Enfin, l’ultime phase de l’analyse croise toutes ces données pour déterminer le centre de gravité (c’est à dire la partie de la population sur laquelle les deux adversaires vont agir) et les modes d’actions ennemis. Chacun de ces derniers devra donc être contré tandis qu’il faut chercher les modes d’actions amis les plus adéquats pour atteindre l’effet majeur.
  • Une seconde remarque concerne le concept de résilience dont Joseph HENROTIN, François DURAN et Olivier KEMPF se font les protagonistes ces jours-ci. En effet, cette attitude des gouvernements « amis » peut laisser croire à de l’ingratitude, voire à de la désapprobation, concernant les actions menées par les Occidentaux dans ces deux pays. De fait, cela peut donc potentiellement faire baisser la capacité de résilience des opinions publiques de nos pays dit « développés » et participer du brouillage constant entourant ces questions dans nos médias. Il est donc nécessaire de replacer ces déclarations dans leur juste contexte politique et historique local et donc de sortir de notre univocité (pour ne pas dire notre subjectivité exacerbée). Là encore, la clé réside dans l’information et dans l’éducation à la prudence…..

Une réflexion sur “Une épidémie?

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