Auto-critique

Il est temps en effet de la faire, à la veille d’une longue absence de 18 jours que je passerai sous les drapeaux.

Au fond, depuis sa création, ce blog cherche à informer sur l’Irak et à mettre au clair les résultats de mes recherches.

Dans ce cadre, il est fort probable qu’il soit né de manière prématurée. En effet, lesdites recherches sont loin d’être sorties de la phase de défrichement, ce qui peut expliquer les évolutions dans la réflexion et le manque de clarté de certaines pensées.

Un autre point me chagrine: je pense avoir acquis une image assez nette des stratégies et tactiques de la contre-insurrection telle qu’elle est menée par les forces américaines en Irak depuis 2006.

1° Pour faire bref, la stratégie est celle d’une co-optation des Sunnites associée au soutien au gouvernement irakien. Il s’agit, par le biais des milices et de la formation/assistance aux forces irakiennes, de construire la stabilisation sécuritaire.

2° En ce qui concerne la tactique, il faut noter que le mode d’action principal -que je décrirais comme étant de la contre-rébellion (voir mes posts précédents sur le problème de la terminologie COIN/C-REB)- est fondé sur le procédé de la « tâche d’huile » selon le schéma décrit par David GALULA en 1964: se focaliser sur la population en tant qu’élément statique et, à partir de la présence des forces en son sein, extirper l’organisation insurgée, interdire les activités de guérilla ou de terrorisme, tout en assurant un contrôle étroit de la population pour la faire basculer dans le camp du gouvernement. Ces actions de sécurisation se planifient et se conduisent selon une tripartion de l’espace: la zone cible, la zone de sécurité, et la zone de harcèlement. Ainsi, aux marges, la sécurisation s’accompagne d’une pression continue exercée sur les autres zones dans lesquelles les insurgés seraient susceptibles de se réfugier. La harcelant sur ses zones refuges (DIYALA/ANBAR en 2007, MOSSOUL en 2008 -pour ne parler que d’AQI), interdisant ses zones de préparation (« bataille des ceintures » de l’été et l’automne 2007, c’est à dire une série d’opérations simultanées menées autour de Bagdad pour protéger la capitale) et enfin protégeant ses zones opérationnelles (protection physique par les avant-postes, isolement psychologique et politique POP/Insurgés), les forces américaines ont ainsi confiné et désagrégé presque totalement l’insurrection sunnite.

3° sur le plan opératif, les opérations ont donc articulé des opérations simultanées sur l’ensemble du triangle sunnite dans un double objectif. Il s’agit à la fois de protéger BAGDAD (en empêchant les miliciens et terroristes de commettre des attentats) et d’empêcher les insurgés de fuir dans leurs refuges.

En fait, toutes ces explications obscurcissent un fait capital: qu’en est-il réellement de la stratégie américaine en Irak? La contre-insurrection/C-REB est seulement un ensemble de techniques et de procédés. En ce sens, la vision française fondée sur la dichotomie STABILISATION/C-REB me paraît plus pertinente que la vision anglo-saxonne.

C’est là que je veux en venir: à mon sens, j’ai, de manière exagérée, négligé de traiter cette question. La « retribalisation » de l’Irak, l’essor d’un parti Chiite sur le modèle du HEZBOLLAH (avec M. SADR), la diffusion excessive du pouvoir à l’échelon local, sont autant de problèmes qu’il faut analyser et comprendre.

2 réflexions sur “Auto-critique

  1. Bon questionnement en effet. UNe piste, si je puis me permettre : la focalisation sur la notion d’ethnie, peu valide (ou faussement valide). Moins prégnante je crois en Europe qu’en Amérique (même si….). Bref, l’absence de compréhension géopolitique du substrat ammène des catégorisations qui souffrent justement de tracer des limites, de « partitionner ».
    En fait, une vision « technique » américaine, contre une vision » politique » européenne.
    Mais ce ne sont que des idées à chaud… ouvertes au débat
    O Kempf

  2. Cela me paraît une excellente idée, j’ai parfois la très désagréable impressions (rien de bien sérieux je ne suis qu’un dilettante) que certain prenne la contre-insurrection comme un substitut de la politique.Là encore, la COIN viendrais comme un deus ex machina pour résoudre des contradictions politiques apparemment insolubles.

    Peut être est-ce une fausse impression qui viens du fait que les sources à ma disposition se focalise essentiellement sur l’aspect militaire.

    Les problèmes cités échappe très largement à mon avis au militaire à mon humble avis.Il doit faire avec mais il ne peut pas vraiment agir dessus.

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