La réconciliation et la légitimité « locale » (à propos du post précédent)

2 exemples de la réconciliation et de la légitimité « locale » en Irak, dans la zone de la Division Multinationale Centre (TF MARNE):

-une manifestation d’unité des Chiites et des Sunnites s’est tenue le 6 avril dans la ville de MAHMUDIYAH (sud de Bagdad) à la demande du maire et du gouverneur provincial. Le mot d’ordre est intéressant: « Le Peuple doit soutenir le gouvernement »….

-des parachutistes américains (2 compagnies du 3ème bataillon du 187ème régiment d’infanterie, 3ème Brigade de la 101ème Air Assault) ont « assaillis » un village dans la région de YUSUFIYAH (au NO de MAHMUDIYAH)…. pour évaluer les besoins en électricité et en eau (les Services Essentiels).

Il s’agit dans ce cas de rencontrer les cheiks locaux pour discuter de leurs besoins, puis de faire le tour des artisans/commerçants/entreprises locales en prévision soit de micro-crédits, soit d’une aide plus directe de la part de l’Equipe de la Provincial Reconstruction Team.

Ajout: toujours dans la division Centre, des militaires de la 3ème Brigade (Est du Tigre) ont remis en route une briqueterie…. en soignant près de 250 ânes grâce à une clinique destinée à aider les agriculteurs locaux….

En terme militaire, on parle de « mutualisation des moyens »….

NOTE GENERALE: bien évidemment, tout ceci nous renvoie aux changements dans le métier militaire, identitaires et organisationnels.

7 réflexions sur “La réconciliation et la légitimité « locale » (à propos du post précédent)

  1. La question que je me suis toujours posé est quelle est l’efficacité réel de ces mesures.

    Derrière les sourires et la satisfaction d’avoir de l’eau courante, le bénéficiaire considere t’il que son bienfaiteur à une légitimité réel(le vice-roi) ou pense t’il plutôt: »c’est toujours ça de pris sur l’ennemi ».

    La question est elle importante?

  2. Des « manifestations de solidarité » au sud de Bagdad, Sadr qui organise des « grèves » et d’autres « manifestations »… si ce ne sont pas là des signes de démocratisation, qu’est-ce que c’est???
    Je crois qu’il est très important de souligner ces événements qui vont à l’encontre d’une image de l’Irak à feu et à sang qui ressort parfois de certains médias. Cela démontre aussi que les Irakiens se prennent au jeu démocratique…avec ou contre les Américains (et c’est là le plus important car cela indique une tendance plus générale et confirme que ces manifestations ne sont pas une « machination » américaine).

  3. @ZeusIrae

    Ces mesures civilo-militaires sont à la base des opérations COIN et donc cruciales…théoriquement, elles devraient être l’oeuvre du personnel civile (sous l’autorité du State Department et de l’ambassadeur Crocker), mais en pratique le manque de moyens du State Department, le manque de sécurité et l’omnipotence des militaires fait que ce sont eux qui s’en chargent. Ce qui a des aspects positifs et négatifs.

    Positif: les militaires sont les premiers sur le terrain et donc peuvent « colmater » certains problèmes. En outre, cela donne une vision positive des militaires à la population locale et s’inscrit pleinement dans le récit narratif du « coeur et des esprits ».

    Négatif: Les militaires ne sont pas formés pour cela, et donc ne développent pas toujours des projets adéquats (faut-il reconstruire d’abord l’école, la mairie ou la mosquée? qui sera le maire, l’enseignant, l’imam?)…. En outre, il s’agit de « colmatages » et donc il manque un programme civil global….
    Ce qui m’amène au principal point négatif: en s’occupant de tout, les militaires se dispersent au niveau des tâches essentielles. De l’autre côté, le State Department ne parvient pas à justifier son importance et son rôle sur le terrain, en étant dans l’ombre du DoD, et donc pas d’augmentation budgétaire, et donc pas de moyens…bref c’est un cercle vicieux.

    Donc, pour répondre à ta question: oui, c’est programmes locaux sont extrêmement importants car à la base de la contre-insurrection (et aussi, a contrario, de l’insurrection).
    Pourraient-ils être mieux développés? Sans aucun doute.

  4. Pour revenir sur le nation building et le state building. Le CEREM a apprté une réflexion intéressante sur la nécessité de s’adapter aux normes en vigueur au sein de la population que les armées cotoient dans leurs interventions. Contrairement à la norme constructiviste qui voulait que l’on façonne la manière de penser et d’agir des populations cibles,il s’agit aujourd’hui surtout de s’adapter à des pratiques de pouvoir séculaires qui peuvent être très éloignées de nos démocraties occidentale. Le général Desporte ans ses ouvrages mentionnait aussi cette nécessité de ne pas importer nos normes.
    Il semble que cette manière de faire, beaucoup plus réaliste que ce qui se faisait auparavant est un gage de légitimité, et donc de succès, majeur dans les opérations contemporaines.

  5. Je ne sais pas si le terme « légitimité » est approprié…moi je serais plus nuancé, car la légitimité implique beaucoup plus que la simple acceptation de la culture locale.
    Quant à lier légitimité et succès…peut-être, mais je ne suis pas sûr que la connection soit automatique…
    Tout cela mériterait évidemment de long débats…N’est-ce pas Stéphane?

  6. Tomas; en effet vous avez raison la légitimité n’est pas suffisante loin de là mais elle reste indispensable si l’on ne souhaite pas voir la Force passer pour un occupant (ce qu’elle est en fait mais pas dans ses buts) et la populatio se retourner contre elle. Comme le montrent bien Rupert Smith et Desporte et d’autres, les opérations actuelles, dans le cadre de conflits infra étatiques (reste à savoir si l’Irak et l’Afghanistan rentrent dans ce cadre je ne sais pas) repoent sur la conquète des coeurs et des esprit d’ou la connexion entre légitimité et succès. Plus bien entendu un certains nombre d’autree facteurs essentiels…

  7. Merci à tout les deux… Un long débat en effet Thomas…🙂
    En fait, je crois qu’il faut se souvenir qu’il y a plusieurs types de légitimité et que l’équilibre entre les différents facteurs est crucial.
    C’est pourquoi je pose la question du contrôle et de la cooptation. Au fond, en relisant la biographie de Lyautey par André MAUROIS, j’ai eu l’intuition que rien n’avais changé depuis l’époque coloniale. La légitimité « constructiviste » me paraît risquée car c’est une forme subtile de néocolonialisme normatif, rejeté de surcroît par les mouvements islamistes. (NB: le constructivisme critique me paraît un formidable outil heuristique, mais il ne peut servir à fonder aucune action politique, ce n’est pas dans sa nature). En revanche, la légitimité fondée sur l’acceptation « locale » de la force étrangère peut fonctionner. Reste à savoir comment fonctionnent les transitions pour transférer cette légitimité à des responsables locaux, si possibles étatiques.
    Merci à tous de vos contributions….
    Stéphane🙂

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