Témoignage de PETRAEUS

Le jour tant attendu (depuis septembre) est arrivé: le général David PETRAEUS a témoigné devant la Commission des Forces Armées du Sénat tandis que l’ambassadeur en Irak Ryan CROCKER faisait  de même devant la Commission des Affaires Etrangères du Sénat.

Comme il était prévisible, le général PETRAEUS a affirmé de nouveau les raisons qui expliquent le changement de situation depuis 2007: le surge de 5 brigades (30 000 personnels) de janvier, la stratégie de contre-insurrection (plus probablement, comme je l’ai déjà souligné, le plan de campagne dont ODIERNO a été la figure majeur ainsi qu’une standardisation de procédés tactiques et un travail important effectué sur la posture individuelle et collective vis à vis de la population), l’alliance avec les milices sunnites (et le rejet croissant d’Al Qaeda par la population et les cheiks sunnites), le cessez-le-feu de Moqtada Al SADR.

Sur ce dernier point, PETRAEUS ne dramatise pas la situation et rappelle selon lui les deux causes des affrontements: l’attitude « criminelle » d’élements « marginaux » et l’influence de l’Iran.

La nature du conflit reste celui d’une compétition pour le pouvoir et l’influence entre groupes politiques, ethniques et confessionnels. Ce qui change est la tendance croissante à voir cette compétition résolue par le débat ou la politique.

Bien entendu, la question des milices sunnites (91 000 membres des Fils de l’Irak ou « Citoyens Locaux Engagés ») est largement exposée: leur rôle dans le combat contre Al Qaeda à l’automne 2007, les découvertes des caches d’armes et l’appui précieux en renseignement.

Le général PETRAEUS reste positif sur deux autres points: le transfert des responsabilités des différentes provinces aux autorités irakiennes (qui devrait s’achever cet été), et la génération des forces pour les forces irakiennes.

En revanche, il pointe du doigt une perception dangereuse: l’amélioration de la sécurité permet de produire davantage d’actions d’assistance et de reconstruction. Celles-ci entraînent à leur tour une attente importante qui pressure davantage encore les enjeux pour les forces américaines, dont le retrait est inéluctable. Sur ce dernier point, PETRAEUS recommande une « pause » de 45 jours pour évaluation une fois la dernière des brigades du surge retirée en juillet 2008.

En bonus, je mets en lien les diapos de la présentation accompagnant le témoignage.

Je voudrais à mon tour souligner quelques éléments de cette audition, qui n’apporte que peu de surprise. De fait, la seule véritable nouveauté semble être la formalisation de la stratégie contre Al Qaeda en Irak (AQI) dans le slide 9. La « stratégie de l’anaconda » vise à étouffer les capacités de l’organisation terroriste en la privant de ses soutiens et de ses moyens d’action.

Pour le reste, je crois quand même qu’il est nécessaire de reprendre différents enjeux qui n’apparaissent pas ou peu:

  • le premier enjeu est institutionnel: les services terrestres (et l’ensemble du Pentagone) peuvent-ils implémenter la contre-insurrection sur le long terme et la coupler à une stratégie nationale qui risque d’évoluer.
  • le second enjeu est celui de la construction étatique en Irak: les Américains ont gagné la bataille de la légitimité au niveau local mais il leur reste à le faire au niveau national et surtout à accélérer l’adhésion des populations au gouvernement central.
  • le troisième enjeu est celui de l’adaptation des « perturbateurs ». Les tactiques d’AQI sont susceptibles d’évoluer vers davantage de terrorisme, tandis que le jeu de l’Armée du Mahdi reste pour le moment suspendu à l’attitude de Moqtada Al Sadr vis à vis de la menace de dissolution qui pèse sur ses milices. Un autre élément est celui des discours que SADR va employer pour nommer sa vision de l’avenir de l’Irak: peut-il rester anti-américain sans être de plus en plus marginalisé? Mais peut-il abandonner sa rhétorique sans perdre ses soutiens?
  • le dernier enjeu (il y en a certainement d’autres, avis aux amateurs) est celui de la « cooptation ». Les Américains parviendront-ils à sortir de l’optique du « contrôle » de la population et des milices pour assurer la stabilité?

3 réflexions sur “Témoignage de PETRAEUS

  1. Juste au sujet des membres des milices d’autodéfence, elle vont augmenter jusqu’a quelle niveau ?

    Car j’ai commencé votre blog, on était 80 000 miliciens, 88 000 lors du discours du GWB au Congrés et la 91 000. Cela devient  »exponentielle ».

  2. En regardant les témoignages à la télé, je me disais « pauvre Petraeus, pauvre Crocker! ». Ils étaient tous les deux venus de si loin pour quoi? Pour entendre des sénateurs essayer de plaire à leurs électeurs. Il n’y a pas de secret: ce genre de témoignages ultra-médiatisés offrent aux sénateurs/candidats/représentants une vitrine électorale parfaite. Cela a-t-il fait avancer le débat? Non.

  3. C’est pourtant une des règles de base de la démocratie; Montré et justifié au peuple ce que fait son gouvernement mais en période électorale cela est une  »carambouille » pour les serviteurs de l’Etat.

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