Toujours notre ami Gian (GENTILE)

J’ai eu maintes et maintes fois l’occasion de diffuser les coups d’éclats et les idées du LCL Gian GENTILE, un officier enseignant aujourd’hui à West Point après deux tours en Irak (comme chef BOI de la 1ère Brigade de la 4ème Division d’infanterie à TIKRIT en 2003, puis à la tête de son bataillon dans le quartier d’Amidhiyah à Bagdad dans l’été 2006).

Le moins que l’on puisse dire est que le personnage ne manque pas d’audace. Les quelques courriels que j’ai échangé avec lui m’ont donné l’impression d’un homme capable d’affirmer le contraire de ce que tout le monde pense…. et sans vergogne.

Que ce soit dans la presse ou sur les forums du Small Wars Journal, GENTILE est toujours vaillant pour défendre les deux forteresses de son « credo »:

  1. les procédures tactiques étaient déjà les mêmes en 2003 (assez d’accord en fait… mais les procédures tactiques SEULES ne nous apprennent rien. Il faudrait se poser la question des postures individuelles, de l’imaginaire social en cours dans les unités.. et notamment celle de GENTILE qui débarque à TIKRIT à la fin du mois d’avril comme si les opérations « cinétiques » étaient encore en cours et devant des Marines assez choqués. J’ajoute qu’un autre élément est important: la pleine compréhension de la nature du conflit jusqu’aux plus bas échelons.)
  2. en se focalisant sur la contre-insurrection, l’armée de Terre « oublie » ses capacités opérationnelles, en un temps où le Combat Studies Institute vient de conclure que c’était une des causes de l’échec israélien face au Hezbollah en 2006. Là aussi, l’argument est ancien: une troupe formée au combat « conventionnel » serait apte à faire de la contre-insurrection (et pas l’inverse). Un bel exemple de l’actualisation renouvelée des mêmes débats et des mêmes biais (en l’occurrence: la croyance en la haute spécialisation que donneraient les pratiques conventionnelles et technologiques par rapport aux « sauvages guerres de la paix »/ »petites guerres »).

En fait, le LCL GENTILE (pour lequel je redis mon admiration) ne semble pas aussi isolé et seul face au « discours dominant » des partisans de la contre-insurrection (le colonel Peter MANSOOR, historien, ancien directeur du Centre de Contre-insurrection USMC/Armée de Terre, et ancien membre du « Baghdad Brain Trust » de PETRAEUS en 2007, taille un magnifique « costard » à Gian dans le forum du Small Wars Journal).

En effet, son discours est repris par les principaux chefs d’Etat-major: le général CASEY pour l’Army en février devant la Commission des Forces Armées de la Chambre des Représentants (page 9), et le général CONWAY pour les Marines devant la Commission homologue du Sénat en Avril (page 38). Il s’agit là d’une attitude que les principales théories de sociologie militaire peuvent expliquer par le jeu des intérêts bureaucratiques (autonomie, ressources, prestige) plus ou moins filtrés par la culture organisationnelle. Dans le cas présent, la contre-insurrection n’est pas désirable en ce sens où il rapporte peu en termes budgétaires et dans le sens où il demande des engagements longs et coûteux. GENTILE serait-il « gentiment » (si j’ose dire) instrumentalisé par les « top brass« ?

Cela démontre en tout cas la nécessité de coalitions pour parvenir à des changements. Mais surtout, cela donne raison à l’idée selon laquelle aucun des deux services n’a « appris » la contre-insurrection. Il s’agirait plutôt de mettre en avant de la scène des savoirs et savoirs-faire bien présent au sein de ces institutions, mais marginalisés jusque là. Ce n’est pas là un simple « retour en arrière », mais bien une « réactualisation » à travers le contexte particulier de l’Irak (et de l’Afghanistan) et de la « longue guerre ».

3 réflexions sur “Toujours notre ami Gian (GENTILE)

  1. J’avoue être très sceptique sur la deuxième assertion.Les quelques textes que j’ai lu sur le Liban en 2006 montre surtout l’impréparation des décideurs politiques et militaires(particulièrement Halutz) qui sont partis en guerre sans strategie sérieuse.La perte des savoirs-faire aux niveaux inférieurs semblaient secondaire.Faudra que je lise ce rapport.

    J’imagine que c’est elle qui est en fait au cœur du débat.La « narration » (pour reprendre vos termes)proposé par Gentile tombe effectivement à point nommé pour certain……….

  2. Et oui… la réalité se tisse des histoires que nous nous racontons.
    Gian me surprend quand même: je le pensais plus « coin-maniaque » que cela. Il me donnait surtout l’impression de râler pour des raisons personnelles: pour lui, la contre-insurrection était pratiqué depuis longtemps. Dire que tout va mieux depuis 2007 doit lui paraître remettre en cause son propre travail de 2006… et nier la mémoire de ses hommes morts au combat (un militaire veut bien mourir… si cela en vaut la peine. Pour ceux qui restent, il est vital que les camarades ne soient pas morts en vain.)
    Mais en fait, son discours vire de plus en plus à mettre en garde contre la focalisation excessive sur la COIN.
    Je pense quand même que sa vision est plus nuancée que ce qu’en dit le Wall Street Journal. En tant qu’historien, il est peut être lassé de tout ces discours sur les « bonnes pratiques » en contre-insurrection. Je dis cela car il m’avait recommandé un article de l’historien Colin GRAY sur la guerre irrégulière qui défendait ce point de vue.

  3. Pingback: Encore Gian (GENTILE). « En Vérité

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