La coopération civilo-militaire (CIMIC) en contre-insurrection

La coopération civilo-militaire se réfère essentiellement aux opérations civilo-militaires, c’ est à dire aux « activités du commandant pour établir, maintenir, influencer ou exploiter les relations entre la force, les organisations et autorités civiles gouvernementales ou non-gouvernementales et la population civile dans une zone opérationnelle hostile, neutre ou amie afin de faciliter les opérations militaires, consolider et atteindre les objectifs opérationnels américains » (JP 1-02 DoD Dictionary of Military and Associated Terms). En d’ autres termes, les Actions Civilo-Militaires (ACM ou Civil Affairs-CA) sont une fonction de soutien à l’ action militaire qui consistent en:

  • la réalisation de tâches normalement dévolues aux autorités civiles par des unités spécialisées (souvent composées de réservistes disposant de compétences civiles particulières), voire des unités de la force d’ occupation/stabilisation.
  • la coordination des actions militaires avec les autorités locales, les agences gouvernementales ou les Organisations Non-Gouvernementales (ONG)
  • la minimisation de l’ interférence civile dans l’ action militaire.

Historiquement, les CA/ACM trouvent leurs origines dans les pratiques américaines de la seconde guerre mondiale, durant laquelle il fallut administrer les territoires libérés et participer à la reconstruction immédiate de certaines infrastructures essentielles. De fait, les États-Unis ont mis en place des unités dédiées qui, peu ou prou, forment le coeur de la doctrine de l’ OTAN sur le sujet.

Il est donc intéressant de retracer l’ application de cette doctrine en Irak.

  1. Initialement, les unités de la force d’ invasion ne comprennent que peu de spécialistes en ACM/CA. De fait, les commandants tactiques sont tenus d’ assurer eux-mêmes les responsabilités du gouvernement des zones occupées. C’ est le cas de David PETRAEUS à MOSSOUL, mais aussi des commandants de bataillon de Marines dans le Sud Chiite. La reconstruction des infrastructures, l’ établissement de la sécurité, la mise en place de conseils municipaux et provinciaux sont ainsi du ressort des forces de combat forcées d’ improviser. A noter que les Marines à BAGDAD installent un Civil Military Operations Center (CMOC) au sein de la ville afin de coordonner toutes les actions de stabilisation à partir de la transition annoncée le 15 avril. Le 11ème régiment d’ Artillerie en forme l’ architecture.
  2. A compter de 2004, les unités civilo-militaires sont intégrées aux forces déployées dans le cadre de la contre-insurrection. Toutefois, leurs actions restent timides du fait de la recrudescence des attaques et des attentats. A plusieurs occasions cependant, ces unités sont engagées en soutien de la reconquête des « sanctuaires » insurgés. A Falloujah, le 4ème groupe d’ Action Civilo-Militaire du colonel BALLARD fournit le cadre dans lequel la reconstruction de services essentiels est rendue possible. Centralisées dans un CMOC, les ACM permettent ainsi de rétablir une partie importante du service public de l’ eau, tandis que ses cadres font la liaison avec les autorités locales, officielles ou non. L’ ordre de priorité entre les unités de combat et les ACM s’ inverse, les premières opérant au profit des secondes. Néanmoins, la reconstruction et l’ assistance restent subordonnées aux objectifs définis par le responsable militaire, à savoir « nettoyer » la zone puis contrôler le milieu.
  3. Depuis 2007, les unités civilo-militaires, les forces conventionnelles ainsi que les Équipes de Reconstruction mêlant membres du Département d’Etat, du DoD ou des autres agences gouvernementales américaines -les Embedded Provincial Reconstruction Teams ou EPRT- participent de concert aux opérations d’ assistance et de reconstruction nécessaire à la prescription de « gagner les esprits et les coeurs ». L’ appel apparent à des structures civiles ne doit pas masquer le fait que les membres des EPRT sont souvent eux-mêmes d’ anciens militaires membres des ACM/CA.

Ainsi, le processus d’ intégration des actions civilo-militaires est complété au niveau tactique. Cela semble cohérent avec la nécessité de « stabiliser par le bas » ainsi que je pense devoir décrire le mécanisme de stabilisation actuellement en cours en Irak.

Néanmoins, la coopération civilo-militaire reste incomplète. Du fait des biais culturels américains séparant l’ action militaire de l’ action politique, son intégration reste incomplète aux plus hauts niveaux. La culture militaire et stratégique américaine, largement issue de l’ interaction entre les expériences historiques et leur interprétation progressive selon une grille de lecture articulant les paradigmes de la guerre industrielle hérités du modèle prussien et le repli identitaire consécutif à la guerre du Vietnam, explique ainsi pourquoi certains modèles ont été choisis concernant les rôles respectifs du pouvoir civil et des militaires en contre-insurrection.

Ainsi, le choix du « commandant suprême » est-il principalement hérité dans ce cas de l’ expérience française en Algérie. L’ unité de commandement est ainsi interprétée dans son acception la plus étroite. Elle assure ainsi que les actions dépendant de la reconstruction civile sont subordonnées à l’action militaire de la contre-insurrection.

Or, l’objet de la contre-insurrection est la compétition pour la légitimité et la crédibilité, tant vis à vis de la population locale que vis à vis des opinions publiques domestiques. Dans cette optique, n’est-il pas plus opportun de se demander si un autre modèle n’aurait pas été plus adapté (si tant est que les déterminants culturels ne l’écartent pas résolument)? Un modèle dans lequel l’action militaire serait inscrite dans une action politique plus large et donc, de facto, subordonnée à cette dernière. Le cas britannique en Malaisie, qui semble avoir remporté un succès relatif au sein de la communauté des spécialistes et des praticiens (notamment en 2005), fournit un tel exemple: l’action de contre-insurrection fut l’oeuvre de commissions à tous les niveaux, réunissant les commandants militaires, les chefs de la police, les responsables civils, depuis le District jusqu’à l’ensemble du théâtre.

mise à jour: je signale cet article sur les capitaines de l’Army et des Marines, véritables « vice-rois » en Irak… Nous sommes vraiment encore dans la logique occidentale du « fardeau de l’homme blanc » alors qu’il nous faudrait peut-être penser à coopter les Irakiens plutôt que les contrôler.

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