Les statistiques de la sécurité en Irak.

Selon le dernier rapport du Government Accountability Office (le GAO, cour des comptes du Congrès), la violence en Irak ne baisserait plus depuis novembre 2007. Les statistiques concernant les attaques des insurgés/terroristes montrent en effet que la situation reste dangereuse. Au vrai, les attaques d’hier contre les forces américaines (5 morts à BAGDAD, 3 à BAQUBAH) aussi bien que l’attentat à la roadside bomb contre un car de pèlerins chiites dans le sud (16 morts), les heurts entre l’Armée du Mahdi et la police à KUT (14 morts), les attentats du 1er février et du 6 mars à BAGDAD (plus d’une centaine de morts en tout) sont autant de preuves que nous sommes loin de la réalisation d’un « environnement permissif » pour reprendre l’expression du contrôleur général WALKER dans la présentation dudit rapport.

Il faut noter cependant que les gains de sécurité en 1 an, si l’on s’en tient aux statistiques des attaques, restent impressionnants, comme l’illustre d’ailleurs le graphique suivant:

Une deuxième réflexion me paraît importante: je crois avoir déjà eu l’occasion de dire (ou peut-être pas d’ailleurs) qu’il y a danger à interpréter de telles statistiques, lesquelles peuvent refléter bien des choses. Dans un certain sens, la reprise des attentats et des heurts dans certaines zones illustre essentiellement que l’initiative que les Américains ont repris sur le théâtre l’année dernière ne se conserve pas automatiquement et sans rien faire. Les fauteurs de trouble s’adaptent, les opérations cinétiques sont quasiment terminées dans les régions du Triangle Sunnite -laissant la place à des actions de reconstruction et d’assistance beaucoup moins voyantes et aux effets plus difficiles à déterminer sur le long terme (voir notamment la table ronde entre le général LYNCH, commandant de la MNFD-C, et des blogueurs le 10 mars)- et par ailleurs, comme de nombreux officiers sur le terrain ne cessent de le répéter depuis cet automne, le gouvernement irakien doit profiter de la « fenêtre d’opportunité » qui lui a été ouverte. En dépit de progrès dans la réconciliation et l’annonce de la tenue de prochaines élections provinciales (en dépit du véto de la troïka présidentielle), le premier ministre Nouri Al MALIKI peine à émerger comme un leader crédible pour l’ensemble des Irakiens. Pour de nombreuses communautés, notamment dans les ceintures sud de la capitale, la sécurité et la prospérité ont le visage des militaires américains, lesquels accomplissent de nombreux progrès mais échouent à accroître la légitimité du gouvernement central.

Ce long développement ne doit pas non plus occulter le fait que les progrès en contre-insurrection et en stabilisation sont souvent cumulatifs mais non-linéaires. En d’autres termes, il faut s’attendre à d’autres attaques, voire à la hausse des violences. L’erreur serait, dans notre temps court occidental et démocratique, de croire que les progrès sont irrémédiablement menacés et donc fondamentalement impossible. Il est frappant par exemple de constater que, dans un débat récent entre l’historien et analyste Frederick KAGAN d’une part et l’universitaire anti-guerre Nir ROSEN d’autre part, les arguments du second -bien plus convaincants du fait de sa connaissance approfondie du terrain- déservent en fait la cause qu’il voudrait défendre, à savoir la fin de « l’occupation militaire ». Expliquant que le surge est un échec car la baisse des violences reflète en fait la « libanisation » (je dirais plutôt la « chypriotisation » au vue de la comparaison entre la répartition des populations grecques et turques en 1950 et aujourd’hui) de l’Irak par le « nettoyage ethnique » des zones mixtes, Nir ROSEN craint corrélativement que les Sunnites n’en profitent pour s’armer en prévision de la reprise de la guerre civile.

Cette dernière analyse, qu’il faudrait certainement nuancer car elle ne rend pas compte à mon avis des progrès réels de la contre-insurrection (ou du moins de l’effet cumulatif de ces progrès), justifie à mon sens la poursuite de la stabilisation. Il ne s’agit plus aujourd’hui de parler de la légitimité ou non de l’intervention de 2003, mais plutôt de souhaiter la normalisation de ce pays. Je doute fort que d’autres que les Américains (qui y sont depuis près de 5 ans maintenant) soient en mesure de le faire.

Mise à jour: 

A comparer avec le rapport du Département de la Défense au Congrès soumis chaque trimestre et paru aujourd’hui: le ton y est différent.

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