Restaurer la stabilité “par le bas”

En stabilisation, et plus particulièrement en contre-insurrection, le processus de reconstruction et d’organisation (ce qu’on pouvait appeler autrefois « pacification ») commence par les bas échelons: restauration de l’image et de la légitimité, sécurisation de la population, normalisation des rapports sociaux.

Il s’ensuit donc que l’échelon tactique est important, notamment pour les forces terrestres qui assurent l’essentiel des missions liées à la stabilisation. 4 fondamentaux sont nécessaires pour chaque personnel (et non seulement les chefs):

  • apprendre la maîtrise de la violence et la réversibilité des postures et des attitudes
  • comprendre la nouvelle complexité du métier militaire (coercition, sécurisation, assistance)
  • décentraliser les responsabilités aux plus bas échelons puisque toute action peut avoir des répercussions stratégiques
  • s’immerger dans la « conscience culturelle », c’est à dire dans les compétences qui assoient la compréhension du « terrain humain »

Les effets cumulatifs de ces compétences au niveau individuel et collectif permettent un contrôle effectif du milieu.

En Irak, de tels savoirs-faire et de telles tactiques, techniques et procédures (TTP) existaient en 2003 au sein de nombreuses unités et à divers échelons. Cependant, on constate une discontinuité tant entre les unités et les zones d’opérations que dans le temps (à Falloujah, plusieurs unités se succèdent entre avril 2003 et mars 2004: la 82nde division aéroportée, un élément du 3ème régiment de cavalerie, la 2nde brigade de la 3ème division d’infanterie, à nouveau un élément du 3ème régiment de cavaleire, à nouveau la 82nde aéroportée, puis la 1ère Division de Marines).

Ainsi, il est nécessaire que de tels modes et postures tactiques soient institutionnalisés par la préparation opérationnelle: l’entrainement, la formation initiale, la formation spécifique. Une telle institutionnalisation a bien eu lieu entre 2003 et 2006, aussi bien en Irak qu’aux Etats-Unis selon 3 temps spécifiques:

  1. la généralisation horizontale des pratiques par les commandants des unités à tout les échelons, mais aussi par les contacts directs et informels entre les praticiens.
  2. la prise en main du processus de retour d’expérience (RETEX) par les institutions.
  3. la refonte des entraînements et de la formation.

Plusieurs éléments s’ensuivent: le développement progressif d’un plan de campagne cohérent disposant des moyens nécessaires et évitant les contre sens, la rédaction d’une doctrine visant surtout à promouvoir politiquement la mission de stabilisation/COIN au sein des institutions et assurer la pérennisation de cette préparation opérationnelle au-delà des conflits en cours en Irak et en Afghanistan.

Sur le premier point, si le manque de moyens, de ressources et d’unité de commandement ont englué les efforts de 2003, c’est surtout en 2004/2005 que l’on observe un recul conceptuel. En effet, le plan de campagne développé par le général CASEY découle d’une vision imposée par le haut autour de la nécessité absolue de transférer les zones « pacifiées » aux unités irakiennes, voire de faire faire le travail essentiellement par celles-ci. On assiste bien à une pacification « en tâche d’huile » mais celle-ci est trop séquentielle et repose sur un présupposé qui s’avère faux concernant l’accueil et la motivation des forces de sécurité irakiennes. On le voit, dès lors que des éléments idéologiques se mêlent à la planification et à la conduite des opérations, le niveau opératif ne permet pas de capitaliser sur la somme des succès tactiques. C’est l’histoire des « pacifications » successives de MOSSOUL (2003, 2004/2005, 2008), de TELL AFAR (2004, 2005, 2008) ou encore de FALLOUJAH (2004, 2005, 2006/2007) ou BAQUBAH (2005, 2007/2008). Les conséquences sur le plan tactique sont certainement plus profondes que l’on ne le pense généralement: que dire en effet de cette installation presque systématique dans des FOB (Forward Operating Bases) à la périphérie des villes, alors que les forces américaines avaient pris très tôt l’habitude d’opérer au sein des populations. De la même manière, les programmes de reconstruction des infrastructures et du tissu socio-économique, courants dans l’année 2003 et le début de l’année 2004, sont abandonnés au profit du soutien et de l’assistance aux forces irakiennes et au nouveau gouvernement élu.

En revanche, la combinaison des forces par le LTG ODIERNO et son Etat-major, associée à la hausse des effectifs américains et irakiens (et pour ces derniers, notamment par le bas, c’est à dire à partir des terreaux locaux), favorise une accumulation de succès tactiques véritablement liés aux objectifs stratégiques, d’autant que le lien opératif part de constats effectués par en bas (c’est le cas notamment dans le rapprochement entre les cheiks sunnites et les officiers américains à ANBAR dans l’hiver, le printemps et l’été 2006).

Sur le second point, il faut souligner que l’élaboration doctrinale ne répond pas seulement à un impératif opérationnel de standardisation des principes et des procédures. Certes, ce point est important, d’autant que dans l’Army l’architecture doctrinale favorise une approche unitaire et prescriptible des problèmes. Le FM 3-24 obéit tout autant à des considérations d’ordre politique, qu’il s’agisse de communiquer sur la capacité à aborder les nouveaux contextes conflictuels, ou bien qu’il s’agisse de développer un concept d’opération pouvant équilibrer le concept dominant. Un contre sens souvent commis considère que l’élaboration doctrinale est un préalable aux changements institutionnels: bien souvent au contraire il reflète le fait qu’une majorité suffisante (ou bien qu’une coalition suffisamment influente) a adopté les nouveaux concepts doctrinaux.

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