Le biais médiatique.

Je devrais dire qu’il frappe encore en France. En effet, il est frappant de constater que lesdits médias français ne parlent de l’Irak que lorsque cela va mal ou lorsque des attentats ont lieu.

A l’origine, un évènement toujours dramatique: un double attentat hier à BAGDAD (dont un attentat-suicide, donc à la veste « piégée ») a fait plus de 50 morts (et 68 selon la dépêche française citée plus haut). C’est effectivement le second attentat meurtrier dans la capitale depuis le début février (et non le 3ème comme le dit cette dépêche de manière erronée).

Le plus fort tient dans un commentaire selon lequel ces attentats auraient lieu alors que les forces américaines se félicitent de la baisse de la violence. Je relève au moins trois approximations à la limite du mensonge (résultant d’une vision biaisée de la situation, elle-même résultant en partie d’une méconnaissance totale de ce qui se passe en Irak):

  1. PRIMO: ces attentats (comme celui de février) sont les premiers depuis des mois. Cela ne rachète en rien leur horreur, mais cela relativise le commentaire.
  2. SECUNDO: l’annonce de la baisse statistique des violences date du 1er novembre….. Mais il est dramatiquement plus payant de montrer qu’un malheur arrive toujours alors qu’on prétend qu’il ne peut plus arriver. Cela permet de décrédibiliser l’annonce faite précédemment sur l’amélioration de la sécurité.
  3. TERTIO: pourquoi faut-il que, selon les journalistes français, les autorités « se félicitent » de quelque chose? Croient-ils vraiment que les décideurs sont à ce point contents d’eux-mêmes? C’est ignorer largement toutes les interviews récentes tant de PETRAEUS, d’ODIERNO, du contre-amiral SMITH (un des porte-paroles de la MNF-I) ou même de l’Administration Bush: loin de crier victoire, ils se contentent de noter l’amélioration des conditions de la sécurité (ce qui est différent de « se féliciter » de cette amélioration… Certains trouveront que j’ergote, mais en tant qu’enseignant, je suis bien placé pour dire que les mots que l’ont emploie ont un sens pour ceux qui les reçoivent et qu’il ne faut donc JAMAIS les choisir aléatoirement… D’ailleurs, je ne crois pas que ces journalistes les aient choisis au hasard)

Bon, qu’en dire alors? D’abord que les médias ont tendance à se focaliser sur les seules indications statistiques. A leur décharge, c’est l’essentiel de ce que le LTG ODIERNO avait fourni le 1er novembre…. du moins pour la partie visuelle (les diapos). Mais comme je dis souvent à mes élèves, il faut aussi écouter ceux qui parlent.

De fait, il faut examiner plus attentivement ce qu’impliquent ces attentats, au-delà de la tragédie humaine qu’ils représentent. Premier point: il s’agit d’un changement de tactique (toujours la loi du contournement: « chacun des adversaires fait la loi de l’autre » comme dirait Karl v. C.), puisque les voitures piégées ne peuvent plus être assemblées ni acheminées. Donc, on fait appel à des candidats au « martyre », voire à des malades mentaux (la réponse de Thomas RENARD). Ce qui dénote un glissement vers le pôle terroriste. Second point: la hausse ou la baisse des violences ne veulent rien dire en soi. La première peut dénoter un retrait tactique partiel de l’un ou l’autre camp, de même que l’achèvement d’un processus de nettoyage ethnique. La hausse peut également signifier qu’un camp est aux abois.

Il n’en reste pas moins vrai que cette manière de relater l’information est critique en contre-insurrection ou en stabilisation: elle renvoie à l’interprétation que l’on va donner à un évènement et donc à un jugement de valeur. Il est triste de constater que les médias occidentaux (désolé de généraliser, c’est juste une facilité méthodologique) ont toujours tendance à dénigrer ce que leurs militaires font (plus particulièrement encore lorsque ce sont des Américains et que le journaliste est français). Aux Etats-Unis, force est de constater que la relation de la guerre colle davantage au terrain, notamment grâce aux journalistes « embedded » et aux reportages de terrain préparés sur de longues semaines.

Last but not least, cela ne renvoie-t-il pas au retour du « bouc émissaire » dans les sociétés occidentales, dans la mesure où le métier (mais aussi le rôle) du militaire focalise toutes les attentes et toutes les frustrations, mais aussi dans la mesure où l’occidental croit encore qu’il doit payer d’avoir porté « le fardeau du monde » durant si longtemps?

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