des nouvelles de Mossoul (encore!!!)

Le général de brigade THOMAS, officier adjoint de la Division Multinationale Nord (TF IRON-1ère Division blindée) présentait hier un point de situation par vidéoconférence dans la salle de presse du Pentagone.

Outre des remarques sur l’incursion turque au Kurdistan ou sur la proportion de combattants étrangers au sein des troupes d’AQI à MOSSOUL, je retiens trois grands développements:

  1. les forces de sécurité irakiennes (Armée, Police Nationale, Police locale) ont pour la première fois montré une unité de commandement avec la création d’un Etat-major spécialement dédié à l’opération. Rappelons que le premier ministre Nouri AL MALIKI tient particulièrement à celle-ci.
  2. concernant les milices locales, le général THOMAS confirme ce que je disais concernant la difficulté à les mettre en oeuvre. La raison principale en est, de façon prévisible, la diversité ethnique et tribale de la région. Une autre raison plus positive est la présence des forces irakiennes en grand nombre dans l’opération (20000 militaires, 20000 policiers, 3500 gardes frontières). Des milices ont cependant été formées dans les zones pacifiées du S de la province de NINEWAH.
  3. enfin, le plan américain utilise la simultanéité des modes tactiques: coercition contre les groupes insurgés, maitrise de la violence (et assistance/sécurisation) pour promouvoir des projets de reconstruction. J’ajoute que les Américains ont bien utilisé le modèle des avants-postes au sein de la ville pour la phase de sécurisation.
Publicités

la reconstruction d’une zone: HAWR RAJAB

La fin des opérations cinétiques ne signifie pas que la contre-insurrection est victorieuse. Il lui faut également poursuivre la stabilisation de la zone en agissant sur les « lignes d’opérations » qui permettront notamment de sécuriser l’environnement.

HAWR RAJAB, située dans les « ceintures » du S de BAGDAD, a été libérée d’AQI lors des opérations Marne Torch en juin puis Marne Avalanche en juillet 2007. Parallèlement, depuis avril 2007 était menée une opération de restauration des services essentiels (ES), Marne Fortitude (suivie depuis janvier par Marne Fortitude II). On le voit, ces opérations utilisent les deux modes tactiques hérités de l’expérience de la 1st MARDIV en 2004. Outre la restauration de la sécurité, il faut promouvoir la gouvernance, le développement économique et la remise en ordre des infrastructures.

HAWR RAJAB
Le 6ème escadron du 8ème régiment de cavalerie (il appartient à la 2ème Brigade de la 3ème division commandée par le COL TERRY FERRELL) est donc chargé de ces missions, en coordination avec une équipe d’action civilo-militaire (ACM) et surtout la Provincial Reconstruction Team (embedded)-7 (EPRT-7), laquelle dépend du Département d’Etat et gère la reconstruction sur toute la zone de Bagdad.

Les cavaliers ont mené de front plusieurs projets parmi lesquels:

  • la généralisation de micro-prêts (2500$ maximum) pour développer des commerces et des petites entreprises à même de donner du travail aux nombreux chômeurs de la zone. La théorie veut qu’ainsi les plus jeunes ne soient pas entraînés vers la guérilla. Toutefois, deux difficultés surgissent: les habitants ont parfois l’impression que cet argent est « illimité » et il est donc ardu de toujours bien déterminer qui en a réellement besoin (rôle des ACM). Près de 50000$ ont déjà été distribués ainsi. Un second obstacle provient des relations sociales particulières à cette région. En effet, de tels prêts sont consentis en fonction d’un suivi de leur utilisation. Or, de très nombreux commerçants et artisans dépendent d’un cheik qu’il est parfois difficile de contacter, voire de connaître.
  • le développement d’une production avicole (poulets) destinée aussi bien à la consommation locale qu’à la commercialisation des oeufs et de la viande. C’est l’occasion pour l’EPRT-7 et les cavaliers pour apprendre aux agriculteurs le fonctionnement de l’industrie agro-alimentaire. Ce programme est couplé avec la distribution de graines pour près de 900 agriculteurs. Il s’agit d’un échantillon de semences destiné au lancement de la production de légumes variés (en tant qu’agriculture maraîchère destinée à nourrir la capitale proche).
  • la reconstruction des écoles. Pour le moment, une école de filles a déjà ouvert ses portes.
  • la réouverture de l’hôpital local prévue pour mi-mars 2008.
  • la tenue de conseils de femmes.
  • la création d’une école professionnelle destinée aux jeunes gens de la région mais aussi aux membres des SoI qui ne seraient pas intégrés dans les forces armées. Ce sont des ingénieurs de l’Air Force qui y assurent la formation au sein de ce « village de l’espoir« .

En 2003 déjà, les commandants de division, de brigades ou de bataillons US avaient déjà tenté de mettre en oeuvre ce type d’action dans leur zone (on était alors en pleine improvisation et l’assertion la plus courante était que l’argent pouvait servir à gagner les coeurs de la population). Deux problèmes avaient rendu ces efforts contre-productifs:

  • le manque d’argent. Il faut attendre la fin de l’été 2003 (soit beaucoup trop tardivement) pour que l’Autorité Provisoire de la Coalition cède aux demandes de PETRAEUS qui gère MOSSOUL et décide d’utiliser les avoirs confisqués aux anciens membres du parti Baas pour financer lesdits programmes. Ces fonds CERP (Commander Emergency Reconstruction Program) sont aujourd’hui massivement utilisés. Ils sont à la disposition principalement des commandants de brigade, mais parfois aussi au niveau des bataillons.
  • la mauvaise connaissance des structures sociales locales. Certes, les commandants de secteur avaient cherché à recréer les réseaux sociaux mais avaient partiellement échoué du fait à la fois de la prolifération des interlocuteurs (tous n’étant pas valables socialement, les Américains avaient parfois donné naïvement leur confiance à des personnages de second plan) mais surtout de la méconnaissance de la structure de la société irakienne en tribus. Il faut ajouter qu’à cette époque, la plupart des chefs tribaux des régions sunnites avaient un pied dans chaque camp (la Coalition et l’insurrection des « éléments d’ancien régime » selon la terminologie US)

Mise à jour: dans la zone d’opération de la 3ème brigade, c’est à dire à l’est du TIGRE (SALMAN PAK), je signale une autre initiative, à savoir la mise en place de pompes à eau.

Histoire du FM 3-24

Cullen NUTT, un étudiant de Boston College avec qui j’ai échangé un ou deux e-mails concernant le FM 3-24, a publié dimanche un court article sur la rédaction de celui-ci.

Ayant mené quelques recherches sur le sujet, je suis content (vanité!) de constater que je n’étais pas tombé loin. Ainsi par exemple concernant le rôle de NAGL. Notamment, il me semblait évident que le choix des chapitres du manuel semblait lui avoir incombé, tant est grande la proximité avec les recommandations principales contenues dans learning to eat soup.

Reprenons l’histoire de la rédaction:

-en novembre 2005, conférence sur la contre-insurrection organisée le Centre Carr pour les droits de l’homme et le Strategic Studies Institute à laquelle participent PETRAEUS, LACQUEMENT, NAGL et Sarah SEWALL (entre autres, voir la liste des participants).

-en février 2006, conférence à Fort Leavenworth durant laquelle, grâce à Sarah SEWALL (devenue entretemps directrice du Centre Carr pour les Droits de l’Homme dépendant de HARVARD), sont conviées des journalistes et même des membres d’ONG. J’ajoute que SEWALL a produit plusieurs articles qui montrent que son objectif est de parvenir à une doctrine NATIONALE de contre-insurection.

-en juin 2006, une première version est publiée. Elle suscite les critiques de l’historien Edward LUTTWAK et de Ralph PETERS, un ancien officier de l’Army dont l’influence et les idées sont cruciales au sein de l’établissement militaire des Etats-Unis. Tout deux reprochent au manuel de ne pas prendre en compte les aspects « cinétiques » (COIN « molle »).

-enfin, en décembre 2006, la version définitive est rendue publique. Elle est suivie en septembre 2007 par une version brochée éditée aux Presses Universitaires de Chicago et préfacée par Sarah SEWALL et John NAGL (les Presses Universitaires de Chicago sont justement les éditions de NAGL).

Dernière minute:  Sans surprise, le LTC Gian GENTILE critique cet article dans le Small Wars Journal. Il lui reproche notamment de laisser croire à un large consensus au sein de l’Army comme à une consultation générale tout azimuts lors de la rédaction. On ne peut donner entièrement tort au LCL GENTILE: comme je le dis plus haut, il est clair que la doctrine « classique » qui irrigue le FM 3-24 émane de quelques spécialistes de l’affaire (et notamment NAGL). Sociologiquement, NUTT m’écrivait récemment qu’il s’agissait là d’un mécanisme typique d’institutionnalisation d’une doctrine informelle et marginale par l’action de quelques décideurs (en l’occurrence PETRAEUS et MATTIS en tant que commandants respectifs de la doctrine de leur institution) mettant en oeuvre une bonne campagne de promotion au sein de leur service.

Propulsé par WordPress.com.