Où en est-on dans le calendrier de retrait des troupes?

Le débat ne cesse de rebondir. Il oppose et met en jeu le commandant de théâtre, le général PETRAEUS, le commandant du Central Command, l’amiral FALLON, le président du comité des Chefs d’Etat-major, l’amiral MULLEN, et le président BUSH lui-même. Il paraît important de retracer les étapes de cette discussion:

-en septembre, entendu devant la commission des Forces Armées de la Chambre des Représentants et du Sénat, le général PETRAEUS avait annoncé le retrait de 5 brigades d’ici juillet 2008. Passées de 140 000 à 164 000 personnels entre janvier et juillet 2007, les forces américaines devraient donc atteindre un seuil de 144 000 à 158 000 personnels cet été. En effet, il ne s’agit pas de retirer les brigades arrivées l’année dernière (la période de déploiement ayant été étendue à 15 mois), mais de stopper l’arrivée des unités prévues pour la relève, tout en permettant le retour de celles arrivées au terme de leur déploiement.

-toutefois, il s’agit d’une baisse importante des effectifs puisqu’il s’agit d’1/4 des forces disponibles (20 brigades). 1 brigade est déjà retournée aux Etats-Unis sans relève, et une seconde s’apprête à partir. Il est prévu d’échelonner le départ des 3 prochaines toutes les 6 semaines d’ici juillet.

-Or, le général PETRAEUS et l’ambassadeur en Irak Ryan CROCKER doivent de nouveau témoigner devant la Commission les 8 et 9 avril. Dans cette optique, le général PETRAEUS a d’ores et déjà annoncé qu’il recommanderait une pause après juillet. S’y opposent tant l’amiral MULLEN que le général CASEY, chef d’Etat-major de l’Army, ou le général CONWAY, commandant du Corps des Marines. Bien entendu, cela n’a rien de surprenant si l’on tient compte à la fois des réticences exprimées depuis 2003 et la peur de voir le rythme des rotations étirer les ressources humaines des services (pour l’Army, 20 brigades étaient déployées en Irak sur les 42 que compte l’institution; pour les Marines, il est clair que le général CONWAY cherche à tirer son épingle du jeu en demandant le redéploiement de 3200 personnels en Afghanistan). Tout ceci cadre d’ailleurs avec les théories classiques de sociologie militaire qui montrent que les dirigeants des institutions militaires répugnent à l’intervention durable pour des raisons de maintien de l’intégrité organisationnelle. Dans le cas de l’Army et des Marines, il faut ajouter le biais culturel longtemps entretenu contre de telles opérations (cf. la doctrine POWELL)

-au début du mois de février, le secrétaire à la Défense Robert GATES exprime son soutien à PETRAEUS, lors même qu’il soutenait l’amiral MULLEN, président du Comité des Chefs d’Etat-major, dans sa volonté de tomber à un niveau de 10 brigades et leur soutien -soit 100 000 personnels- d’ici à la fin 2008. Ce changement correspond à une nouvelle évaluation de la sécurité en Irak, notamment dans les provinces de NINEWAH (MOSSOUL) et DIYALA (le breadbasket ainsi que la « fronde » des SoI à BAQUBAH).

-dans un entretien donné à Defense News le 18 février, PETRAEUS reprend son argument mais explique qu’il faut préalablement s’entendre sur les critères d’évaluation, d’autant que les élections provinciales sont prévues pour octobre 2008 et qu’il s’agit de stabiliser l’Irak avant cela. Quoiqu’il en soit, il semble y avoir consensus sur le besoin d’une pause.
-l’affaire rebondit lorsque l’amiral FALLON, CENTCOM, accepte la pause mais le temps « que la poussière retombe », c’est à dire qu’il la conditionne à des évaluations précises concernant la sécurité mais qu’il n’est pas question de stopper le retrait. Bien entendu, son intérêt est maintenant de reporter l’effort américain vers l’Afghanistan.

– Hier, deux informations sont venues perturber le débat: le président BUSH, favorable initialement au maintien du maximum de personnels en Irak jusqu’à la fin de son mandat, a fait savoir qu’il procéderait au retrait prévu par les dirigeants militaires du Pentagone. Il semble que cela se soit décidé en accord avec PETRAEUS qui disposerait de 6 semaines de pause à compter de juillet pour évaluer l’évolution de la situation en Irak.

On le voit, l’affaire est complexe d’autant qu’y interviennent des considérations politiciennes, les Démocrates étant gênés aux entournures par ce dernier rebondissement. Toutefois, certains se sont élevés contre cette courte pause, tel le général KEANE, l’un des principaux responsables de la décision prise par le Président BUSH d’amorcer le surge (l’autre étant Frédérick KAGAN). En effet, il y a un risque réel de décalage entre la situation en Irak et les impératifs divers qui pèsent sur la définition de ce calendrier de retrait.

Mise à jour: l’Amiral MULLEN a annoncé jeudi qu’un retrait précipité (c’est à dire sans évaluation des conditions sur le terrain) annulerait les gains acquis en Irak

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