Querelles narratives

Comme je l’ai déjà indiqué, l’un des points essentiels de ma réflexion historiographique porte sur les conditions de possibilité ayant mené au tournant que nous observons actuellement en Irak, en dépit de nombreux sujets d’inquiétudes, notamment dans le domaine politique (dossier du Long War Journal).

Or, il faut constater qu’au sein des institutions militaires, et notamment l’Army, celles-ci sont loin de faire l’unanimité. En bref, s’est progressivement construite une narration dominante qui repose sur trois aspects:

  1. la stratégie de contre-insurrection implémentée par David PETRAEUS et rendue possible par le surge
  2. le cessez-le -feu unilatéral proclamé par Moqtada Al -Sadr en août 2007 et reconduit la semaine dernière.
  3. le mouvement des « Fils de l’Irak »/Citoyens Locaux Engagés/ »Réveil » d’ANBAR sur lequel les historiens auront sans doute à se pencher longtemps (j’ai déjà examiné quelques aspects de ce phénomène, mais il faudra que je me penche plus attentivement sur le problème pour ma thèse, les quelques éléments que j’ai donnés étant encore superficiels)

Cette narration n’est pas satisfaisante sur plusieurs points, notamment car elle semble ignorer tout les éléments déjà en place dès 2003. Notamment, le LCL GENTILE, avec qui j’ai eu de nombreux échanges par courriel, conteste la narration dominante en estimant qu’elle présente des dangers institutionnels: la focalisation excessive sur la COIN, l’aberration supposée que représente selon lui le déplacement du centre de gravité vers la population au détriment de l’ennemi, l’attention exagérée portée à certains « innovateurs ». Au-delà, ce qui chagrine le LCL GENTILE est le déni dans lequel la narration dominante plonge ses actions et celles de ses camarades en 2004 et surtout en 2006. En d’autres termes, cette narration suscite en lui un sentiment d’injustice parfaitement compréhensible, sans toutefois qu’il ne perde jamais son sang-froid et sa courtoisie.

Le blog « Abu Muqawama » reprend l’historique de ces polémiques sans enfoncer toutefois le LCL GENTILE. J’invite mes lecteurs anglophones à relire le post et les discussions placées en liens.

Une seule remarque: tout ceci montre comment la compétition narrative induite par l’émergence de la contre-insurrection au sein de l’Army joue un rôle réel, non seulement dans l’écriture de l’histoire, mais aussi dans les redéfinitions identitaires, certes nécessaires, en jeu en son sein. Il est crucial que des personnes telles que le LCL GENTILE puissent s’exprimer car ils ouvrent une porte sur d’autres interprétations possibles du phénomène de la contre-insurrection en Irak.

Bibliographie du LCL GENTILE:

Military Review Mars-avril 2008

-plusieurs articles dans Armed Forces Journal

-plusieurs articles et éditoriaux dans la Presse quotidienne d’information

Le LCL GENTILE est docteur en Histoire et enseigne l’histoire américaine à l’Académie Militaire de West Point. Avant cela, il fut executive officer d’une brigade de la 4ème division à TIKRIT (première polémique dans un article du WP en janvier 2004 sur les procédures des Marines jugées trop souples « The Risks of Velvet Gloves »), puis commandant d’un bataillon dans les quartiers ouest de Bagdad.

Une réflexion sur “Querelles narratives

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