Le mécontentement grandit chez les “Fils de l’Irak” (SoI)

Un article récent du Washington Post généralise les impressions déjà données par McLEARY sur la zone d’opération du 1/21ème d’infanterie, à savoir la désillusion croissante de certaines milices d’autodéfense connues sous le sobriquet de « Fils de l’Irak » (SoI). J’ai déja longuement parlé de ces dernières et de la complexité que représente l’analyse de ce phénomène.

Il semble que dans certaines régions le mouvement connaisse un repli:

  • dans la province de DIYALA (ENE de BAGDAD), les SoI se sont déjà mis en grève au début du mois pour protester contre le maintien en fonction du général AL-QHREISHI, le chef chiite de la police accusé de diriger des « escadrons de la mort » contre les Sunnites.
  • dans la province de BABIL (S de BAGDAD), des SoI ont été tués par les forces américaines, notamment le 15 février.

Si l’article fournit des exemples réels du mécontentement, il échoue à mon avis à rendre compte précisément de ce qui se passe sur le « front » des milices supplétives. Certes, les attaques dont elles sont victimes ont augmenté le mois dernier, le rapprochement avec le gouvernement irakien piétine dans certaines zones cruciales (notamment BAQUBAH, la capitale de la province de DIYALA), et les infiltrations par AQI sont prouvées (certainement dans les incidents survenus à BABIL). Toutefois, on ne saurait tenir pour rien le développement réel des groupes de SoI, tant à ARAB JABOUR, qu’à SALMAN PAK et même à KIRKOUK. Dans ces zones nouvellement pacifiées, les SoI tiennent une place cruciale dans la sécurité locale et reflètent la mentalité de ces communautés qui se gèrent en autonomie.

Des problèmes demeurent surement: les SoI ont été désignés par AQI comme ses ennemis principaux, les milices et les groupes spéciaux chiites ou pro-iraniens les menacent, la confiance entre les SoI et le gouvernement est loin d’être acquise (la question de l’incorporation des miliciens sunnites dans l’armée et la police nationale restant problématique, au moins à l’échelle locale), l’entente entre les milices (qui représentent le pouvoir local des cheiks) et l’armée irakienne (perçue comme l’arme des Chiites, ou des Kurdes, dans la guerre civile, mais aussi vue comme l’instrument du pouvoir central) reste faible et donne parfois lieu à des incidents.

Tout ceci démontre la difficulté à contrôler les milices supplétives en contexte de stabilisation/contre-insurrection: il faut à la fois les tenir au plus près mais aussi être capable de négocier sur le long terme au sujet de leurs revendications, qui varient entre les demandes d’infrastructures et de services essentiels jusqu’à la reconnaissance de leur rôle dans le combat pour la pacification.

Une dernière remarque: l’article du Washington Post est biaisé en ce sens qu’il collecte des données dispersées au service d’une thèse prédéfinie, à savoir le mécontentement croissant des miliciens sunnites. Même si ce dernier existe localement pour les raisons qu’il décrit d’ailleurs fort bien, cela ne suffit pas à rendre compte de la totalité du phénomène.

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