Al Qaeda en Irak: tentative d’évaluation (updated)

Thomas Renard analyse à son tour le document d’AQI dévoilé la semaine dernière par la Force Multinationale-Irak. L’occasion de penser très justement le basculement actuel de l’organisation vers le pôle « insurrectionnel » alors que jusque là il semblait que cela soit l’inverse: les extrémistes sunnites ayant tendance à accentuer les actions de guerilla et de contrôle de leur zone jusqu’au « nettoyage » par les forces contre-insurgés, et basculant alors dans les actions indiscriminées. Pour ma part, je trouve intéressant un tel alignement d’AQI sur les procédures des forces américaines et irakiennes. En effet, l’asymétrie suppose le contournement du fort par le faible, obligeant le premier à une adaptation continue et non-linéaire dans une « fuite en avant » pour tenter de saisir l’insurgé. Ce renversement démontrerait ainsi le bienfondé de la stratégie actuelle tendant à considérer insurrection et COIN au prisme de compétitions narratives et politiques vis à vis de la population locale. Bien que l’on ne puisse d’ailleurs considérer que la population soit le seul « centre de gravité » d’un telle lutte, il est évident que son soutien est vital, à la fois en lui assurant la sécurité mais surtout les services essentiels (déclinaison du principe Galliéni-Lyautey à l’ère de l’urbanisation croissante).

Deux compléments semblent nécessaires:

  • La province d’Anbar n’est pas la seule à rejeter AQI, même si elle est le symbole évident du rejet « par la base » sur lequel Petraeus a capitalisé. La découverte en novembre d’un journal tenu par un « Emir » d’AQI dans la province de Dilaya montre également la baisse sensible des effectifs, notamment à la suite des opérations successives conduites autour de la capitale Baqubah (Arrowhead Ripper du 15 juin au 13 août, puis Lightning Hammer I et II  en août et septembre, et enfin Iron Hammer et Iron Reaper depuis novembre et décembre).
  • Par essence décentralisée, l’organisation islamiste ne doit pas être étudiée comme un tout cohérent, ni en Irak, ni ailleurs. Autrement dit, il ne faudrait pas déduire des nouvelles instructions sur la « retenue » qu’elles seront appliquées dans l’ensemble des groupes se réclamant de la nébuleuse. Sur un plan sociologique, il est d’ailleurs intéressant de constater que les critiques internes et externes de cette décision tendent à la faire reposer sur les seules épaules du nouveau leader Abu Hamza Al-Muhjahir, considéré comme faible. Autrement dit, AQI souffrirait des mêmes défauts que ceux reprochés aux institutions militaires américaines: le blocage des innovations par la culture « organisationnelle » (ici la « virilité » supposée du terroriste, là la focalisation du métier des armes sur les seuls compétences de combat)! Une remarque pour nuancer encore: cette façon de voir AQI peut également être considérée comme un « biais » de la part du journaliste du Post.

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