Conflits de narration: quand les Américains ont-ils “saisis” la contre-insurrection?

Cette discussion entre le LCL GENTILE, ancien XO d’un bataillon de la 4 Division à Tikrit en 2003 et commandant un bataillon à Bagdad dans l’été 2006, et le COL MANSOOR, historien, conseiller spécial de David Petraeus depuis le début de l’année et ancien directeur du USMC/USA COIN center of Excellence de Fort Leavenworth, montre toute la difficulté à écrire l’histoire immédiate, mais aussi la compétition que se livrent les différentes narrations.

-pour GENTILE, auteur de nombreux articles dans le Post, dans le Herald Tribune ou dans Army News, la contre-insurrection n’est pas une chose nouvelle et, peu ou prou, les procédures aujourd’hui employées en Irak l’étaient déjà en 2006, au moins aux plus bas niveaux (bataillons-compagnies-sections). Les prétentions de Petraeus et de ses partisans s’apparentent ainsi davantage à une tentative de remodeler la culture organisationnelle de l’Army autour du FM 3-24.

-pour MANSOOR, la vision stratégique était absente jusqu’en 2007 (c’est aussi ce que j’argumente dans un article de DSI du mois de février). Les procédures locales ne servent donc à rien sans une volonté unificatrice au plus haut niveau.

Au-delà des arguments des uns et des autres, il semble qu’en découle la réflexion suivante:

-le débat de fond est relativement insoluble. Les recherches que je mène montrent en effet que ces deux points de vue sont à la fois corrects et relativement conciliables. Ainsi, les unités de la 1st CAV à Bagdad (été 2004) ont mis en oeuvre les avants-postes (COP) généralisés en janvier-juin 2007 (et qui vont être accrus de 30% dans les mois à venir en prévision du retrait de 5 brigades). En revanche, la stratégie générale manque cruellement d’imagination jusqu’à la fin de l’année 2005. Le général CASEY, alors commandant du théâtre, décide en effet de généraliser les procédures de contrôle de milieu acquises à Tell Afar par le 3ère régiment de Cavalerie. Pris sous la pression du bureau du Secrétaire à la Défense, cette stratégie n’est toutefois pas formalisée…. puisque en décembre 2006 le principal objectif poursuivi par CASEY reste le transfert de la sécurité aux unités irakiennes. Autrement dit, il manque l’objectif intermédiaire (l’effet majeur de Petraeus), à savoir restaurer la sécurité au sein des populations. Ce qui importe donc est plutôt de saisir les tenants et les aboutissants de chaque narration afin d’en déterminer les cheminements, les acteurs, et leur poid respectif dans les mentalités collectives.

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