staillat:

3ème remise en ligne (8 juin 2009)

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Historiquement, le discours porté par les Américains, tant militaires que civils, sur les acteurs et les causes de l’insurrection irakienne (ou plus globalement des violences irakiennes) n’a cessé d’évoluer. L’étudier permet ainsi de repérer les stratégies de (dé)légitimation. C’est d’ailleurs ce que font les opposants à la stratégie contre-insurrectionnelle lorsqu’ils dénoncent celle-ci comme  un changement du discours destiné à l’opinion publique américaine comme aux populations locales (ce qu’il est aussi en partie). Or, c’est oublier un autre élément: ces discours structurent  la compréhension de la mission par l’ensemble des militaires, ce qui, dans le contexte d’une décentralisation croissante de l’action, est crucial.

1) Le discours américain sur l’insurrection: une évolution majeure de la campagne en Irak?

 

On le sait, dans un premier temps, l’insurrection est niée par Donald Rumsfeld qui y voit l’action de "jusqu’aux-boutistes" du régime de Saddam Hussein tandis que la "campagne de guérilla" annoncée par John…

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staillat:

2ème remise en ligne (10 juin 2009)

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Rapide billet (un peu pris en ce moment) pour parler de quatre processus que l’on peut identifier à travers l’action des militaires américains en Irak:

-le premier est celui de l’automatisation à travers l’usage croissant et diversifié des drônes. Le débat et les évolutions concernent autant la protection de la force, la nécessité du renseignement, l’adjonction des principes de la RMA et de la COIN (qui me paraissent plus complémentaires que véritablement opposés dans leurs moyens… au contraire de leurs structures profondes -de leur philosophie si l’on peut dire). A ce titre, il s’agit certainement d’un changement majeur à replacer dans la longue durée de la guerre dans la modernité tardive (pour les reprendre les termes de Derek Gregory). Anthropologiquement, ce phénomène s’inscrit dans une réflexion sur "l’opticalité", c’est à dire la tendance à désincarner l’adversaire (voire les civils) dès lors que le contact direct est restreint ou…

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staillat:

1ère remise en ligne (28mai 2009)

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C’est l’un des points clés que je soulignais au début de mes recherches dans le cadre du doctorat: la dynamique d’innovation et d’apprentissage au sein des forces terrestres américaines en Irak.  Outre les changements et les adaptations tactiques sur le terrain -institutionnalisées et généralisées par le discours et l’entregent de David Petraeus à partir des débats intellectuels et de quelques expériences de succès tactiques durables (Tal Afar, Ramadi)-, les institutions militaires américaines avaient été amenées à un apprentissage conceptuel (doctrine interne et combinée, philosophie des conflits et de la guerre, etc.) ainsi qu’à quelques réformes organisationnelles (notamment concernant la formation continue, l’entraînement et la mise en condition opérationnelle). A l’origine de ce changement, un mouvement "par le bas" soutenu "par le haut" (au moins au niveau du théâtre). Plus précisément, on peut parler d’une coalition de réseaux réunissant des "marginaux" (ou se proclamant tels), des détenteurs de pouvoir et…

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Guerre et paix: adaptations tactiques et innovations organisationnelles

Les thèmes de l’innovation, de l’apprentissage et de l’adaptation des forces armées américaines en Irak sont de ceux dont je traite depuis les débuts de l’aventure doctorale.

Il est en effet intéressant de chercher à comprendre pourquoi et comment les militaires américains ont su adapter leurs tactiques, bien avant la publication du FM 3-24, et pourquoi cette dernière publication n’a pas donné lieu à de profondes réformes internes à l’Army et aux Marines.

La littérature académique sur ce thème s’est surtout intéressée à l’innovation organisationnelle en s’intéressant aux processus hiérarchiques (top down) qui en sont la cause:

  • pour Barry Posen, les décideurs politiques imposent le changement lorsqu’ils perçoivent une modification dans le contexte international (vrai si l’on prend en compte le contrôle étroit exercé par Rumsfeld et les documents qui demandent de s’adapter aux "défis irréguliers" après le 11/09 et l’invasion de l’Irak: DoD Directive 3000.05, QDR 2006, etc.)
  • Pour Déborah Avant, les décideurs politiques sont les "patrons" des institutions militaires qui dès lors imposent des changements internes pour "coller" aux demandes externes, notamment sous la forme d’incitations à suivre une carrière adaptée (système de promotion): plutôt faux si l’on considère la contre-insurrection, plutôt vrai si l’on considère la Transformation
  • Pour Stephen Rosen, les décideurs politiques peuvent imposer une pression, mais l’innovation organisationnelle est le résultat de luttes politiques internes aux institutions (plutôt vrai si l’on prend le processus doctrinal: tant le FM 3-24, que les manuels "opérations" et "stabilisation", plutôt faux pour les réformes en profondeur que l’ajustement de l’Army et des Marines à la contre-insurrection aurait nécessité).

De fait, l’innovation organisationnelle n’est pas au rendez-vous, tandis que les adaptations tactiques sont indéniables. Il y a donc bien un processus indépendant qui s’est déroulé au sein des unités déployées en Irak. Ce processus a été organique et a été permis par les réseaux horizontaux de RETEX mais aussi grâce en partie aux débats qui ont agité la communauté de Défense des Etats-Unis depuis 2004.

Mon hypothèse est la suivante: innovation doctrinale et adaptation tactique ont été deux processus distincts (unis sans confusion, distincts sans être totalement séparés) qui ont opéré dans deux contextes différents.

  1. l’adaptation tactique est un processus de temps de guerre. Il a été rendu possible par la nécessité de "coller" au contexte et s’est déroulé en fonction d’interprétations données par les expériences collectives passées et par les débats propres à la communauté de Défense.
  2. l’innovation doctrinale est un processus de temps de paix. Il a fonctionné selon d’autres enjeux, essentiellement bureaucratiques et liés aux relations civilo-militaires.

Du coup, cela se comprend si on part du principe de cette distinction spatio-temporelle. Cela montre deux choses:

  1. l’Amérique n’a été en guerre que de manière rhétorique. Ou plutôt, comme il s’est agit d’une opération expéditionnaire aux marges de "l’Empire", la guerre menée n’a pas porté autant d’enjeux que ce qu’en disent les décideurs politiques. Les vrais enjeux étaient domestiques, et non liés à l’Irak.
  2. le rôle des médias et l’environnement informationnel est intéressant: plutôt que de rapprocher l’opinion domestique du théâtre, ces derniers l’ont bien plutôt éloigné. Les soldats américains faisaient la guerre, l’opinion publique américaine n’était pas en guerre.

On pourrait d’ailleurs élargir cette réflexion  à l’ensemble des guerres menées par les Etats-Unis depuis 1865 et considérer qu’à chaque fois, l’enjeu pour le décideur politique a été de pouvoir mobiliser la société en vue de mener la guerre "totale" qu’il décrivait….

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