Nouvelles d’Afghanistan

Alors que le débat secoue le Sénat sur la présence des forces françaises en Afghanistan, le général Marcel DRUART, qui commande la TF LAFAYETTE regroupant les GTIA de KAPISSA et de SUROBI, vient d’échapper à un attentat à la roquette lors d’une Shura à TAGAB (à l’est de Kaboul). Ceci intervient aussi le jour du départ de 150 gendarmes français destinés à armer des POLMT (Police Operational Mentor and Liaison Teams) ou à former l’Afghan National Civil Order Police (ANCOP), force paramilitaire proche de la gendarmerie mobile. (Voir aussi le reportage de Grégory Philipps pour France Info).

L’occasion de signaler un RETEX particulièrement intéressant, soigné et évocateur du colonel Michel GOYA paru dans le premier numéro de la lettre de l’IRSEM. Il critique la formation de l’ANA, trop peu soucieuse des réalités sociologiques afghanes (de la solde des officiers, à la volonté de ne pas utiliser les Afghans selon leurs tactiques propres, en passant par le choix de délaisser le AK-47 au profit du M-16) et nous offre une image percutante du retard des forces de la Coalition, notamment américaines, dont il déplore les attitudes "basières" dans le langage imagé et précis qui est le sien. A croire que le "Sursaut" n’a jamais eu lieu en Irak, que le FM 3-24 n’a jamais été lu, ou encore que les forces américaines déployées en Afghanistan n’ont jamais connu l’Irak (ce qui est fort possible pour certains militaires du rang d’ailleurs). On retrouve notamment sous son clavier l’évocation de la puissance de feu comme compensation de la faiblesse tactique des petites unités, qu’il avait déjà fait remarquer en 2003/2004. Enfin, il fait un bilan rapide et globalement positif de la présence française en SUROBI-KAPISSA (avec un tableau plus nuancé pour cette dernière unité où les hommes de la TF KORRIGAN du 3ème RIMA s’essaient à la théorie élaborée en 2005/2006: le processus de construction des routes comme élément organisateur d’une "manoeuvre politique").

 

 

6 thoughts on “Nouvelles d’Afghanistan

  1. "Alors que le débat secoue le Sénat sur la présence des forces françaises en Afghanistan,…"

    Vu le nombre de sénateurs présent au débat…….il n’y a pas eu grand monde à secouer!!!
    Peut être que parmi les enfants des représentants nationaux…..il y en a peu sous les drapeaux…

  2. J’ai aussi lu le RETEX du colonel Goya. Tu peux trouver mes commentaires (et surtout mes questions) sur le blog sur mon site. J’ai trouvé son critique un peu anachronique — est-ce vraiment le cas que les Américains n’ont rien appris après tous ces ans?

  3. David,
    You’re right, it is highly disturbing. I don’t know how to answer your questions. Perhaps it would be better to ask to Michel to explain itself (it’s up to you Michel if you wish)

  4. Voici la réponse envoyé à David Ucko

    Je précise tout de suite que je n’ai pas le moindre gramme d’anti-américanisme. Je crois être le seul en France à avoir écrit dans un livre et plusieurs études (et souvent présenté en conférence) tout le processus d’évolution américain, dont j’admire de nombreux aspects. J’ai donc été assez surpris par les témoignages de plusieurs officiers français et afghans (mais aussi américains) sur certaines attitudes américaines (il est vrai surtout, et sans leur faire injure, de la garde nationale) comme celle consistant à organiser une séance de tir sur un village, certes vide, que l’on vient de fouiller (il est vrai que le commandant d’unité avait annoncé qu’il n’hésiterait pas à le raser) ; à continuer de tirer, en plein Kaboul, trois-quarts d’heure après la disparition d’une menace minime ; à ne pas savoir manoeuvrer à pied. De nombreux américains rencontrés ne prennent pas vraiment au sérieux la directive Mc Chrystal.

    Je concède que la situation dans la province de Kapisa est plus difficile que cela semble transparaître dans mes propos, mais je voulais combattre un peu le pessimisme ambiant en France et je savais qu’un critique trop ouverte me vaudrait les foudres de ma hiérarchie à quelques jours d’un débat au Sénat ( et d’ailleurs cela pas manqué).

  5. Merci de cette réponse. Cette description ne m’étonne pas, et ne devrait pas étonner David Ucko qui ne cesse de montrer combien les institutions militaires américaines ont su faire preuve d’une apparence d’apprentissage. Il le sait aussi: la manière dont ces procédures sont reçues sur le terrain dépend de facteurs tellement complexes, qu’il n’est pas toujours évident, surtout dans un environnement qui paraît aussi "étranger" à son univers quotidien, d’aller à l’encontre des valeurs et des habitudes véhiculées au sein d’une organisation militaire ou d’une unité, voire d’un groupe de soldats.
    On peut donc, comme le dit Michel GOYA, parler d’un apprentissage tant tactique que conceptuel mais garder à l’esprit que, in fine, ce sont les décisions individuelles (je préfère: "personnelles") qui opérationalisent ou non ces apprentissages.
    Cordialement à vous deux
    Stéphane

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