Quelques nouvelles

De retour pour quelques jours en ligne, je signale la parution du dernier numéro de la Military Review. Comme d’hab’, beaucoup d’articles intéressants parmi lesquels je recommande:

-Un article sur les leçons tactiques d’OEF VIII

-Un papier intéressant sur le rôle des IED en Afghanistan et en Irak

-une réflexion sur l’empathie ou comment introduire l’impératif moral dans la guerre irrégulière.

J’ajoute également cette rumeur non démentie et persistante de négociations entre les Américains et des groupes insurgés islamistes non liés à AQI le printemps dernier. Les lecteurs anglophones liront l’article du Washington Post avec beaucoup d’intérêt. Pour ma part, je retiens surtout les raisons invoquées par le porte-parole de cette "holding" insurgée pour ne pas se présenter à la troisième réunion prévue: les Américains auraient perdu de l’influence en Irak et ne pourraient donc pas suffisamment garantir leur serment de reconstruction et de réintégration des éléments marginaux qui composent lesdits groupes insurgés. Il est donc paradoxal de constater que les anciens ennemis n’hésitent pas à intégrer les Américains dans leur jeu politique. L’occupant ne l’est plus que rhétotiquement et même les éléments d’une "occupation bienveillante" ne sont plus assez décisifs pour que l’on puisse s’en servir… Bref, le PM Maliki a plutôt bien manoeuvré, même si il a fait des allusions récemment à la possibilité d’étendre le mandat des troupes américaines en Irak au-delà de 2011 (alors même que, de passage à Washington, Obama et lui affirmaient de nouveau la pertinence de la date d’août 2010 pour le départ des "troupes de combat").

War-fighting ou Nation-Building?

Que l’on me pardonne mes anglicismes mais ils reflètent un débat persistant dans les milieux académiques et militaires anglo-saxons sur la priorité à donner à chacune de ces postures en contre-rebellion/stabilisation. Ce débat surgit de nouveau aujourd’hui à travers deux exemples:

-un billet de Kings of War (qui revit ces derniers temps grâce à l’arrivée de Thomas Rid notamment) sur l’échec des "villages modèles" dans la zone sous responsabilité canadienne en A-Stan. Le débat (lire les commentaires) se nourrit essentiellement des réflexions sur deux points. Le premier est celui de la "contre-insurrection" comme doctrine, stratégie ou narration visant à légitimer l’usage de la force armée, voire même l’intervention elle-même dans ces terres d’Outremer. Le second est celui du rôle et de la culture dominante au sein des armées occidentales, avec  à un pôle la culture "war-fighting" (américaine) et à l’autre la culture "nation-building" (des autres pour faire court, ce qui est vraiment réducteur mais bon…).

-un compte-rendu d’un ouvrage de Kimberly Kagan, The surge: a military history, pose le problème des facteurs de succès militaires en Irak depuis 2007/2008. Pour faire court, l’auteur, fondatrice du Institute for the Study of War (voir colonne de droite), considère que le "tournant" a été atteint par une approche résolument plus "cinétique" contre AQI et les milices "déviantes" des JAM. Pour ma part, je considère que ce point est correct à condition de le situer dans les évolutions endogènes au conflit irakien. Mais l’important n’est pas là: Kimberly Kagan sous-entend donc l’importance du "war-fighting" dans les conditions du succès. Là aussi, il faudrait un débat pour mieux discerner en quoi les missions de combat traditionnelles ne sont pas contradictoires avec celles du Nation-Building…

Je serai absent quelques jours à partir de demain. Par ailleurs, mes publications se feront plus espacées dans les mois qui viennent du fait de mes obligations universitaires (je commence enfin à rédiger à ma thèse) et para-universitaires (de nombreux projets éditoriaux en cours). Et puis surtout, nous nous préparons à accueillir notre première fille qui devrait naître début septembre……

Merci à tous mes lecteurs de leur fidélité. Je vous souhaite à tous d’excellentes vacances

Sécurité Globale

Le numéro 8 consacré à la privatisation de la guerre vient de paraître.

Couv SG8

Je recommande prioritairement la lecture des contributions de Christian Olsson et de Georges-Henri Bricet des Vallons. Le premier traite des interactions et des relations entre les Sociétés Militaires Privées et les partisans de la contre-insurrection "à la Petraeus". Partant des liens qui unissent les SMP et la COIN, à savoir les membres des Forces Spéciales, l’auteur montre comment l’attitude des premières est perçue comme contre-productive dans l’usage de la force. Le second explore la profondeur de l’externalisation actuelle des opérations militaires ou liées à la reconstruction en Irak, posant la problématique d’une symbiose croissante entre les acteurs publics et les acteurs privés ou para-publics. Bref, un bon cru à déguster d’urgence.

Opération de grande ampleur en A-Stan

Deux articles passionnants du Washington Post et du New York Times nous apprennent qu’une opération de grande ampleur vient d’être lancée dans la province de Helmand ce matin (heure de Kaboul).

L’opération KHANJAR rassemble deux bataillons de 4000 hommes de la 2nde brigade expéditionnaire des Marines (MEB) et une cinquantaine de réservistes des Actions Civilo-Militaires du Corps. Il s’agit de prendre le contrôle de la vallée de Helmand, deux bastions des "Taliban" où ceux-ci ne cessent de harceler les Britanniques depuis leur tentative de 2006 de chasser les groupes rebelles. En outre, les deux districts visés par l’opération KHANJAR, situés au sud de la capitale provinciale Laskhar Gah, sont également des centres de production de pavot.

Afin d’éviter les engins explosifs improvisés destinés à couper les lignes de communication, les Marines ont été en partie héliportés, tandis que le reste de la force a emprunté les MRAPS. Parallèlement, les forces britanniques ont interdit certains points de passage, tandis que les forces pakistanaises annoncent avoir bloqué la frontière. Pour le moment, aucune perte n’a été rapportée, mais les portes-parole des Marines craignent que les attaques ne croissent en nombre et en intensité dans les jours et semaines à venir.

Ce qui est en effet crucial est qu’il s’agit de la première opération de cette taille pour reproduire les opérations dans les "ceintures" de Bagdad de l’été 2007 sur le modèle séquentiel inspiré par Galula et les enseignements des opérations de Tal Afar (septembre 2005) et Ramadi (été 2006). Dans un premier temps, les troupes américaines se fraient un chemin vers les zones peuplés et en chassent les unités rebelles. Dans un second temps, elles s’installeront dans des avant-postes au coeur des villages et des villes afin de protéger la population, de la contrôler et de mettre en place des actions d’assistance avec le concours des ACM. Dans un troisième temps, la transition devrait s’effectuer vers les unités de l’armée nationale afghane qui poursuit sa formation et sa montée en puissance. La "philosophie" de cette approche contre-insurrectionnelle repose ainsi sur l’idée qu’il faut séparer les rebelles de la population à la fois physiquement (par une présence permanente) et psychologiquement (en légitimant la présence dans des actions de reconstruction, en co-optant les détenteurs locaux du pouvoir -seuls médiateurs entre la population et les insurgés/contre-insurgés- et en recrutant des milices avec les locaux) afin de démanteler leurs cellules locales, tout en maintenant la pression sur les zones adjacentes (principe adapté de la "tâche d’huile" de Galliéni et Lyautey).  De manière conjointe, il s’agit de "discriminer" entre les groupes talibans pour co-opter certains contre d’autres (présentés comme "plus radicaux" et "irréconciliables"), bref, la stratégie "anaconda" de Petraeus en Irak. Inutile de dire que l’ensemble prendra de longs mois encore.

Certes, de telles opérations ont été montées dans l’est du pays (dans la vallée de KUNAR et dans la zone d’ALYSSAI), mais avec de plus faibles effectifs. Cela correspond en fait à la fois à la nomination récente du général Stanley McCHRYSTAL, ex-commandant des forces spéciales américaines en Irak (et qui est capable de faire de la COIN autant que du contre-terrorisme), et au "sursaut qui ne dit pas son nom" mis en place par la nouvelle Administration avec l’envoi de 21 000 personnels supplémentaires en début d’année.

Les difficultés à venir ne manquent pas: légitimer la présence alors que les actions militaires destinées à fixer et détruire les groupes rebelles ont aliéné une partie de la population, obstacle politique pour l’arrivée de nouveaux renforts avant longtemps (le président OBAMA ayant laissé entendre qu’il ne répondrait pas à la demande), et enfin le calendrier qui court puisque les élections présidentielles en Afghanistan sont prévues pour le 20 août.

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