Vérités alternatives

De retour après quelques jours de vacances bien méritées (en tout cas, c’est ce qu’on dit habituellement de ses vacances, personne n’ayant l’impression de les avoir volées!), je me suis penché sur les affaires du « tournant culturel » des institutions militaires (voire de la guerre) qu’illustre particulièrement la contre-insurrection en Irak. L’occasion d’échanges fructueux avec un universitaire anglo-saxon dont je recommande la lecture, Derek Gregory.

Au-delà, je voudrais partager ce soir trois documents qui permettront de comprendre les tenants et les aboutissants de cette affaire (ou du moins certains d’entre eux) en attendant la publication d’une série d’articles que je prépare sur le sujet (patience).

-le premier est une série liée à un projet commun au sein de la communauté du Small Wars Journal: « Professors in the trenches » illustre en cinq articles assez denses les difficultés et les caractéristiques de cette alliance pas du tout inédite entre les sciences sociales et l’action militaire. 

-le second est un article du quotidien USA Today relatant les résultats d’une étude parue dans le New England Journal of Medicine sur les causes statistiques de décès parmi les civils irakiens. Quelques éclairages intéressants: la majorité des civils sont morts des suites d’assassinats-exécutions, mais la cause première des morts de masse sont les frappes aériennes. L’occasion donc de montrer la double face des guerres en Irak: conflit civil d’une part (l’insurrection et les luttes pour le pouvoir étant la principale cause des décès), conflit de « haute intensité » d’autre part (la part de responsabilité des militaires américains étant importante, tant dans le déchainement de la violence que dans la gestion de celle-ci).

-le troisième est une série de reportages produit par le journaliste irakien travaillant pour le Gardian, Ghaith Abdul-Ahad. Ce fier bagdadi montre les cicatrices et les traces de la guerre, ainsi qu’une face méconnue (et largement déniée d’ailleurs) de la contre-insurrection à Bagdad, à savoir l’accentuation (certains diront: l’exploitation) des divisions ethniques ou partisanes via les murs et les checkpoints des soit-disant « gated communities » (rappelons que le terme désigne les quartiers aisés aux EU, ce qui est loin d’être le cas à Bagdad). A tel point que l’on a l’impression que l’appartenance à un quartier semble mieux définir un irakien de la capitale que son appartenance ethno-confessionnelle ou même nationale. Sa vision est inquiétante car elle semblerait montrer que la violence reste latente, même si elle camouflée par les quelques succès produits contre AQI et les JAM… 

De quoi nourrir réflexions et prières… et un sérieux mal de tête qui pointe déjà.

Cordialement à tous

Stéphane

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