Couper la poire en deux (2ème mise à jour)

Apparemment, Barack OBAMA devrait annoncer vendredi ou ce WE son calendrier de retrait pour l’Irak. Selon le New York Times reprenant des informations de l’Associated Press, le nouveau président favoriserait une option de sortie pour août 2010, soit un peu plus que les 16 mois après le début du mandat promis lors de la campagne présidentielle, mais moins que le projet de 23 mois présenté par Odierno et Petraeus, et beaucoup moins que ce que prévoit le SOFA (31 décembre 2011).

Le choix, si il devait se confirmer, va donc vers une solution moyenne, qui, selon les officiels de la Maison Blanche, tient compte des inquiétudes des officiers américains en Irak autant que des pressions des lobbies anti-guerre ayant milité en faveur de Obama (sans oublier l’opinion publique américaine qui serait majoritairement favorable à un retrait assez rapide).

Lire aussi: 

Le pari

Mise à jour: Apparemment, il serait question de laisser près de 50 000 militaires (soit à peu près 1/3 des forces actuellement déployées en Irak), sous la forme de « brigades de formation » et de « brigades de conseillers, à l’issue de retrait du gros des forces prévu au mois d’août. Lire aussi ce que j’ai déjà écrit sur les missions des Transition Task Force là et .

Mise à jour n°2: Le plan d’Obama obtient le soutien des Républicains et les critiques viennent principalement des Démocrates.

La rente pétrolière et la reconstruction: le péril qui vient

Un article du New York Times pointe du doigt un potentiel obstacle à cette fameuse reconstruction qui tarde en Irak. Après tout, la plupart des nouveaux élus aux élections provinciales l’ont été sur le thème de l’argent non dépensé par leurs prédecesseurs pour la reconstruction des infrastructures et la création de nouveaux emplois.

Or, il semble bien que la reconstruction soit la victime directe de la baisse du prix du baril ainsi que la victime collatérale de la crise financière aux Etats-Unis. Qui plus est, le passage progressif des troupes américaines d’une posture de direction des opérations à un encadrement des forces de sécurité irakiennes accroît le coût de ces dernières, qui comptent près de 650 000 personnels aujourd’hui contre 250 000 en 2007, au moment de la plus forte hausse des prix du pétrole.

Si les ministères irakiens ont été considérés comme les seuls à ne pas dépenser leur budget du fait de la manne pétrolière, il semblerait que ce temps soit fini, au moins provisoirement. Par ailleurs, les avoirs financiers irakiens ne suffiraient pas à compenser les pertes.

Plusieurs remarques:

-c’est la lenteur de la reconstruction qui a probablement contribué le plus à l’essor du soutien populaire à l’insurrection entre la fin de l’hiver et le printemps 2004: manque de ressources, découplage entre le CPA et ses grands projets de long terme d’une part et les officiers américains utilisant le CERP de l’autre, attaques sur les « contractors », etc. Le gouvernement irakien ou les nouvelles assemblées provinciales ne peuvent plus arguer des problèmes liés à la sécurité pour justifier des retards… Par ailleurs, l’essentiel des projets de court-terme aété financé par les commandants de brigade ou de bataillon, dans le cadre des EPRT ou de leur propre initiative. Il n’est pas sur à ce propos que les populations locales ne voient le départ des Américains forcément d’un bon oeil

-tout ceci nous ramène plus largement au problème de la rente pétrolière. A l’issue de la décolonisation, la plupart des pays producteurs ont nationalisé l’outil de production et utilisé les revenus issus de cette vente pour la modernisation de leur infrastructure. Dans un deuxième temps, certains ont même investi leurs capitaux dans l’économie des pays développés. Pourtant, d’autres ont choisi également de lancer une politique de militarisation comme l’Irak. Mais aucun (au moins pour le Moyen-Orient) n’a pensé à aller au-delà de la manne pétrolière en utilisant ses capacités d’investissement pour développer l’agriculture et l’économie. On sait bien ce qu’il advint de l’économie soviétique touchée par le contre-choc pétrolier de 1986: n’ayant jamais pu devenir une économie d’exportation de biens manufacturés, et cherchant par ailleurs à acquérir des devises pour acheter le blé américain, elle se concentra sur l’exportation d’hydrocarbures et ne put supporter les coûts budgétaires de la nouvelle course aux armements lancée par l’administration Reagan. Dans cette optique, l’Irak, pays relativement peuplé dans cette région, doit peut-être sortir de cette économie de rente, dans un contexte où il ne pourrait plus compter sur l’aide américaine.

Diyala: AQI se maintient…. mais perd du terrain

Plusieurs indices semblent suggérer que les marges rurales et montagneuses de la province de DIYALA (située au NE de Bagdad à la frontière avec l’Iran) sont devenues les nouveaux sanctuaires d’Al Qaeda en Irak (AQI). Il y a bien sur la persistance d’actions visant les forces américaines, quoique à un rythme réduit. Mais il y a surtout la situation géographique.

En effet, outre la proximité avec la frontière iranienne, la province est un véritable patchwork ethnoconfessionnel. De plus, en dépit des offensives coordonnées qui ont eu lieu entre juillet 2007 et l’automne de cette année, les forces américaines et irakiennes n’ont pas été capables de dénier toute la région aux groupes insurgés, notamment du fait de la faiblesse relative des forces sur un immense territoire.

Quoiqu’il en soit, selon cet article du Christian Science Monitor, bien que la présence d’AQI apparaisse comme évidente, elle n’a pas l’air d’inverser la tendance au retour des déplacés sur leurs lieux de résidence. Cela semblerait donc démontrer que le groupe est « dans les cordes » dans cette zone, mais qu’il reste relativement intact… Après tout, il n’est pas du tout avéré que la seule victoire possible en « contre-insurrection » soit l’éradication de l’insurgé.. Au contraire, il s’agit d’éliminer les causes de soutien à l’insurrection, à la fois par le contrôle des allégeances et représentations politiques de la population locale ainsi que par le tarissement des sources de ravitaillement, de financement et de recrutement des organisations et cellules insurgées (érosion, confinement et désagrégation). 

Après avoir mis en oeuvre une débauche de moyens lors des opérations des années 2007/2008, les forces américaines seraient donc parvenues au seuil au-delà duquel la poursuite des reliquats d’AQI ne pourrait aboutir à court terme… En contre-insurrection/contre-rébellion, après la reprise de l’initiative, la patience doit être de mise car l’ennemi s’adapte et, par ailleurs, les effets de la campagne globale sur les populations peuvent ne se faire sentir qu’au bout de quelques mois, voire de quelques années.

Ce qui fait que l’on peut prédire que la lutte contre AQI et ses derniers alliés aux marges de l’Irak (Ninive où des insurgés déguisés en policiers -à moins qu’ils n’aient infiltré la police- ont tiré sur une patrouille US, et Diyala) peut encore durer des années. Comme l’a dit aujourd’hui le général KELLY, commandant la Division Multinationale-West, le retrait des troupes américaines dans les 16 mois est faisable car, si la guerre continue, il s’agit désormais de celle de « l’émergence d’une Démocratie » en Irak.

René Girard

J’ai eu l’occasion de m’essayer à inclure la théorie mimétique de René GIRARD pour tenter de comprendre l’évolution des relations entre les militaires américains et les populations en Irak.

Toutefois, en dépit de la lecture attentive que j’avais alors faite de Achever Clausewitz, il manquait de nombreux outils pour creuser cette approche. René Girard est exigeant à lire et pas toujours très simple, mais son travail est si fondamental qu’il est nécessaire de bien en comprendre les ressorts. D’autant plus que ses réflexions semblent parfaitement coller à nos opérations extérieures contemporaines, tout aussi bien qu’à une certaine analyse des relations internationales. 

Grâce à l’excellent blog ménestrel et gladiateur, il est maintenant possible d’accéder à une « théorie girardienne pour les nuls« . L’auteur, intéressé aux questions de Défense et artiste plutôt talentueux, se livre en effet à un passage en revue des idées girardiennes en employant un langage simple et didactique que je ne peux qu’admirer. Se voulant à la fois le ménestrel (le fou qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas et qui ramène chacun à ce qu’il est) et le gladiateur (dans l’arêne du monde contemporain, il faut être capable de combattre), l’auteur de ce blog écrit des billets aussi incisifs qu’agréables à lire.. Je les conseille donc par la même occasion à tout lecteur désireux de voir les choses avec l’oeil de l’artiste…

Merci à lui pour son travail sur René Girard… Et bonne lecture à tous.

Cauchemar et Défense: retour à Wariz Street et à Jisr Al Dorea

Deux publications sorties cet été avaient attiré mon attention à l’époque: il s’agissait de deux ouvrages de fiction décrivant des opérations « oniriques » de contre-insurrection/stabilisation et destinés à faire intérioriser les principes de bases de la COIN.

Les auteurs de l’un d’entre eux vont encore plus loin: sur leur site, ils proposent des exercices pratiques avec correction et notes…

La mécanisation? Vraiment?

Un article paru dans International Organization, une revue publiée au sein de l’Université de Cambridge, a suscité ma curiosité et ma perplexité.

Les deux auteurs, dont l’un a déjà commis des études pour l’US Army, explorent les raisons pour lesquelles une « contre-insurrection » est gagnée ou perdue. Partant d’un échantillon de 286 conflits de ce type depuis 1800, ils entreprennent de construire un agrégat complexe comme seuls les sociologues anglo-saxons « positivistes » savent le faire.

En l’espèce, la variable qui leur semble la plus pertinente est le niveau de mécanisation des unités. Bien sur, il ne s’agit pas pour eux de trouver le « graal » mais de dégager les facteurs les plus influents dans le résultat final des conflits.. D’ailleurs, l’article se termine par une « vignette » à l’échelle tactique brodant sur la comparaison entre les performances de la 4ID et de la 101ème aéromobile en Irak en 2003. Sans surprise, les mauvais résultats de la première s’explique par son haut niveau de mécanisation du fait de l’interactions de trois facteurs:

-un effectif plus faible pour les missions « démontées »

-la tendance « culturelle » à user de moyens de persuasion coercitifs (impressionner les esprits plutôt que gagner les coeurs)

-la tendance corporatiste à utiliser les moyens mécanisés pour patrouiller: à pleine vitesse, on a moins le temps de parler avec les locaux.

Bref: peu de renseignements obtenus et l’image d’une force d’occupation.. Voilà les deux résultantes de ce surcroît de mécanisation.

Sur le fond, on comprend bien l’argument, et nul doute que cette variable n’entre en compte pour expliquer certains comportements dommageables de 2003… Mais je suis surpris que les auteurs n’aient pas pensé à lire ce que disait Peter Mansoor sur sa propre expérience à la tête de la 1ère brigade de la 1ère division blindée dans le NE de Bagdad en 2003/2004. Certes, ses mémoires doivent être examinées avec tout l’appareil critique. Mais il n’empêche toutefois qu’elles donnent une vision assez claire des procédés tactiques employées, d’autant que l’auteur se sert du journal de marche de l’unité comme guide narratif. 

Si l’on s’en tient à ce que dit Mansoor, la brigade opérait essentiellement par des patrouilles à pied plutôt qu’en véhicule, et a cherché constamment à entrer en interaction avec les Conseils de quartiers et la population locale.

Bref, la mécanisation a bon dos. En fait, si cet article était paru en 2005 ou 2006, il se serait noyé dans la masse de ce type d’argument sur la fin des véhicules blindés ou mécanisés. Mais, si ces outils sont délicats à manier, l’expérience de 2007/2008 a largement réhabilité leur rôle en contre-insurrection, tout en redéfinissant leur place et leur procédure d’emploi.

Publication

Je signale la parution récente du manuel COIN « interagences » du gouvernement fédéral américain. Il se présente plutôt comme un compendium de tout ce qui a court sur le sujet au sein de l’administration américaine, plutôt que comme un guide pour l’action..

Opération sur Mossoul

En dépit de la victoire des Partis arabes lors des dernières élections provinciales, la violence reste importante dans la ville disputée depuis 2003 par les Arabes et les Kurdes.

Depuis hier, les forces armées irakiennes ont lancé l’opération « Nouvel Espoir » qui a déjà permis l’arrestation de 84 « suspects » qui seraient liés à AQI… Vraisemblablement, il s’agit d’une redite de l’opération « Rugissement du Lion » du mois de mai: couvre-feu et raids « ciblés ». Apparemment, c’est une petite ville à l’ouest de Mossoul qui serait la plus concernée.

Debate with Authors

Une curiosité: vous trouverez dans ce lien un entretien que j’ai donné (en Anglais, pardon d’avance d’autant qu’il doit y avoir quelques erreurs) à un blog portugais dont je remercie encore l’auteur.

Cartographier le « terrain humain »

Intéressant petit article du Service de Presse de la Force Multinationale Ouest (MNF-W) armée depuis le début du mois de février par la 2nde Force Expéditionnaire des Marines (IInd MEF) dont c’est la troisième rotation dans la province d’Anbar depuis 2003. 

Il s’agit d’un bref exposé de la mission d’un Equipe de « Terrain Humain » (HTT) dans la province. Intégrées à raison d’une par brigade, les HTT comprennent des militaires spécialistes de la collecte et de l’analyse du renseignement et des chercheurs en anthropologie et en sciences sociales recrutés par des contractors du département de la Défense.

Cette article souligne trois raisons majeures de ce programme qui fête ses 18 mois en ce moment:

-« comprendre la culture » locale afin d’éviter les erreurs de comportement

-recueillir des informations sur « ce que pensent les gens », c’est à dire du renseignement d’ambiance

-« gagner la confiance » des populations.

Pour le dire rapidement, c’est faire l’impasse sur d’autres motivations tout aussi cruciales, mais aussi moins dicibles. Je pense notamment à la nécessité de « cartographier » les réseaux sociopolitiques à travers les paradigmes ethnoculturels des populations afin de repérer les véritables détenteurs du pouvoir, de jouer sur les « noeuds sociaux », de contrôler les représentations et allégeances politiques, ou encore d’obtenir du renseignement sur les cellules ou groupes insurgés/terroristes. 

Mais s’arrêter sur ce constat de « contrôle des populations » me semble tomber dans un autre excès que le politiquement correct: celui de l’excessif antimilitarisme qui soupçonne toute contre-insurrection d’être le relent des « escadrons de la mort » ou des « tortionnaires »… Dans un autre ordre d’idée, le fait de dénoncer la collusion supposée entre la contre-insurrection comme forme éventuelle de (néo)colonialisme et les sciences sociales (ethnologie et géographie essentiellement) me semble relever d’une vision trop partiale et partielle. 

En effet, si on ne peut nier les dérangements réels posées à la population par cette effraction en son sein, il est nécessaire de relever deux observations:

-primo: la cartographie peut aussi s’entendre en son sens commun, c’est à dire la localisation de divers phénomènes les uns par rapport aux autres. Les moyens satellitaires de la GEO INTELLIGENCE (GEOINT) peuvent aussi servir un modèle de développement économique (par exemple en cartographiant les sols pour détecter les plus fertiles et en déduire une certaine organisation du finage). De plus, le « terrain humain » peut également servir pour repérer les besoins de la population.

-secundo: encore une fois, la croyance en la continuité entre un discours politique de « domination », un discours militaire de « contre-insurrection » et un discours scientifique de « connaissance de l’autre » me semble excessif. Plus exactement, il repose sur une lecture textuelle des faits plutôt que sur leur mise en contexte. Dans le cas des conflits comme celui que connaît l’Irak depuis 2003, la complexité des interactions entre des acteurs multiples et inégaux, à différentes échelles spatiales, rend caduque ce type de conclusion.

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