Histoire du mouvement sadriste depuis 2003

Marisa COCHRANE, une jeune historienne travaillant au sein de l’Institute for the Study of War -un centre de recherche lié à des universitaires néoconservateurs comme Kimberly et Frédérick KAGAN- et par ailleurs « historiographe » de Raymond ODIERNO pour son temps de commandement à la tête de la Force Multinationale-Irak, nous livre deux intéressants travaux historiques sur le mouvement sadriste.

Le premier traite de manière inédite de la structure et de la réalité des « groupes spéciaux pro-iraniens ». Loin d’être seulement une invention rhétorique des Américains pour stigmatiser SADR en le liant aux divers gangs chiites et à « l’étranger perse », ces groupes spéciaux ont une existence réelle. Passant au crible plusieurs hypothèses, Marisa COCHRANE conclut que les « groupes spéciaux » sont une entité créée par un dissident du mouvement sadriste (Qais KHAZALI), financée par les Services Spéciaux iraniens, et rebaptisée « La ligue des Vertueux » (Asaib Alh al-Aq) par son chef.

Le second analyse l’évolution interne et externe du mouvement de Moqtada SADR. Plus particulièrement, l’auteur montre comment ce mouvement s’est progressivement lézardé sous l’effet de rivalités internes et de pressions externes. Pour résumer, après une période faste (été 2003-été 2004) durant laquelle le mouvement tente de se structurer à la manière du Hezbollah libanais et lutte contre les forces de la Coalition en manipulant ainsi les griefs et ressentiments de ses clients (les urbains pauvres de Sadr City, les tribus rurales du Sud Chiite), le mouvement échoue lors des deux insurrections d’avril et d’août 2004. Abandonné par ses financements habituels (un ayatollah irakien réfugié en Iran), Moqtada Sadr choisit de participer au processus politique: sa stratégie prédatrice et sectaire lui permet de se gagner de nouveaux soutiens et financements, mais sa rhétorique nationaliste inquiète les Iraniens et leurs partisans. C’est l’époque où se serait créée la « ligue des vertueux » avec la scission entre KHAZALI et SADR. Cette période durant laquelle SADR est le soutien principal des gouvernements JAFAARI et MALIKI voit la croissance des tensions internes entre les partisans d’une collaboration avec les Américains, ceux qui souhaitent la poursuite de l’action armée en prenant le contrôle de l’Armée du Madhi (JAM) et ceux qui souhaitent se débarasser des éléments « criminels et pro-iraniens ». A partir de la fin de l’année 2006, le PM MALIKI retire sa protection à SADR dès lors qu’il sait pouvoir s’appuyer sur les rivaux de ce dernier (Le Conseil Suprême Islamique, la Faction FADHILA -elle-même issue du parti de Sadr, et son propre parti, le Dawa islamique), notamment dans le Sud, et qu’il comprend qu’il peut instrumentaliser le « sursaut » américain. Entre janvier 2007 et la fin août, les opérations américaines conduisent à démanteler  temporairement les « groupes spéciaux » et à faire monter la pression sur Sadr, qui s’est réfugié en Iran afin de poursuivre le cursus théologique devant lui donner le statut d’ayatollah (comme je l’ai déjà dit, le chiisme irakien est structuré autour de clercs reconnus qui ne possèdent pas directement le pouvoir politique mais préfèrent être les « éminences grises » ou les « sages »). En août, la bataille de Karbala entre les JAM et le Corps Badr (la milice du Conseil Suprême Islamique) pousse Sadr à appeler au cessez-le-feu. La trêve est de nouveau reconduite en février 2008. A compter du printemps de cette année, face à la reconstitution des « groupes spéciaux » et le risque de voir Sadr reprendre en main les rênes de son mouvement, le gouvernement MALIKI décide de s’appuyer sur les partis chiites du Sud pour « nettoyer » BASSORAH, puis Sadr City. Ces deux opérations sont des succès: elles confirment l’isolement croissant de Sadr par rapport à la tendance « militariste » et son recul dans l’audience chiite au profit de ses rivaux et du PM.  A l’été 2008, il annonce ainsi la dissolution de l’Armée du Mahdi et sa transformation en mouvement d’action sociale et religieuse. Sa rhétorique anti-américaine s’exprime  de moins en moins, tandis que les députés de son mouvement tendent à faire cavalier seul, à l’exception de la session mouvementée du Parlement durant laquelle certains tenteront de s’opposer maladroitement à l’adoption du SOFA.

Plusieurs remarques: les pressions externes (les opérations militaires de 2007 et 2008, les arrestations ciblées, la stratégie de communication des Américains visant à enfoncer un coin entre Sadr, les groupes spéciaux et les différentes tendances internes au mouvement) ont ainsi amplifié les rivalités et tensions internes. La personnalité du jeune clerc n’a certainement pas aidé son mouvement: il manquait à la fois de la légitimité religieuse (n’ayant pas achevé son cursus) et de la matûrité des anciens compagnons de son père, parmi lesquels KHAZALI et les deux ARAJI, députés sadristes de la capitale. Marisa COCHRANE conclut à la fin du mouvement ou du moins à son incapacité à se restructurer pour peser durablement dans la vie politique irakienne. …. Wait and See

Voter en Irak: les préparatifs pour les élections provinciales

Le blog des correspondants du New York Times en Irak (Baghdad Bureau) donne aujourd’hui une description détaillée de la procédure de vote telle qu’elle devrait se dérouler le 31 janvier prochain, ainsi que des mesures de sécurité prises pour l’occasion. On rappelera ainsi que, lors des élections de 2005, les votants avaient eu le doigt tâché de pourpre pour les identifier: cette année, la couleur est tenue secrète jusqu’au dernier moment et la Haute Commission chargée de l’organisation des élections a indiqué que l’encre viendrait de l’extérieur du pays….

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