GAZA

Etant actuellement obnubilé par l’Irak (le défaut de la thèse), je n’ai pas eu le temps de véritablement m’intéresser à ce qui se passe actuellement à GAZA. Qui plus est, je suis relativement impérméable aux informations "JT" car les enfants sont rarement couchés avant 20h30!

Cela ne m’empêche pas de prier (pas inutile et ne coûte rien car le temps est donné gratuitement)… et de lire mes camarades blogueurs.

Je renvoie donc à deux articles passionnants:

-celui de François DURAN qui analyse une "rupture stratégique" de la part d’Israël, à moins qu’il ne s’agisse d’une gesticulation vis à vis des EU, ou d’un "concept fumeux" destiné à occulter le fait que la solution militaire seule ne conduit à rien.

-celui de F. de StV. qui s’interroge sur les lendemains probables de cette affaire.

sociologie des conflits: la "sale guerre" d’Irak? (mis à jour)

Voilà une question plus essentielle qu’il n’y paraît au premier abord, car elle intéresse autant l’historien que le sociologue ou le stratège. 

La catégorie de la "sale guerre" (historiquement liée à la période de la décolonisation, mais que certains étendent à toute la période coloniale) est un type idéal qui repose sur trois facteurs:

-il s’agit d’un conflit aux marges du territoire national, c’est à dire un conflit qui n’engage apparemment pas les intérêts vitaux ou la défense de la Nation.

-il s’agit d’une forme de conflictualité qui se caractérise par l’implication policière et civilo-militaire de l’outil militaire, donc opposant une armée "conventionnelle" à un adversaire "irrégulier".

-il s’agit enfin d’une guerre qui ne recueille pas de consensus clair de la part de l’opinion publique, de la classe politique ou des institutions militaires.

Toutefois, s’arrêter à ce stade revient à écarter une réflexion sociologique plus approfondie. En effet, la catégorie de "sale guerre" comprend deux dimensions interdépendantes:

-une dimension subjective, car le terme de "sale guerre" est avant tout un usage polémique qui reflète l’absence de consensus tant sur la nécessité de la guerre, que sur ses buts ou ses moyens. La "sale guerre" n’existe avant tout que dans l’esprit et la bouche de ses détracteurs.

-une dimension objective, celle de l’impuissance et/ou de la brutalité de l’usage de la force armée. Les manquements supposés ou réels, isolés ou systématiques, accidentels ou volontaires, au droit de la guerre forment un premier élément qui marque la "sale guerre" (l’accusation de torture par exemple, ou le bombardement de civils). L’accroissement des pertes militaires en forme un second volet.

Cette dimension objective conditionne, et est conditionnée par, le "front intérieur", c’est à dire le soutien plus ou moins important de l’opinion publique, de la classe politique et des militaires à la poursuite de l’engagement militaire et, plus largement, l’engagement "interagences" (c’est à dire de l’ensemble des "composantes de la puissance nationale" selon les défenseurs actuels de cette notion aux Etats-Unis, à commencer par Sarah SEWALL du Harvard Carr Center for Human Rights). Néanmoins, l’impact de l’impuissance ou de la brutalité dépend à son tour de deux facteurs: l’intérêt plus ou moins apporté à ces faits sur le "front intérieur", mais surtout leur perception (comme un mal nécessaire ou, au contraire, comme une "tâche indélébile sur l’honneur" de la Nation, ou de l’Armée). Historiquement, ces deux variables ont tendu à voir leur importance augmenter au fur et à mesure que l’aspect périphérique du conflit s’estompe pour ce qui concerne l’aspect éthique (mais pas pour ce qui concerne l’aspect stratégique, l’un des arguments, ancien il faut le dire, des détracteurs de la guerre étant justement son incompatibilité avec les intérêts vitaux de la Nation). Il s’ensuit en tout cas que, dans une logique somme toute assez proche de la vision de CLAUSEWITZ, c’est bien le "front intérieur" qui conditionne largement le retrait, tandis que la "légitimité" au niveau local conditionnera largement le succès (et surtout sa durée et sa permanence).

"L’aversion aux pertes" (casualty sensitivity) a souvent été invoqué par les décideurs politiques ou militaires pour provoquer un retrait définitif. Peter FEAVER a montré de manière convaincante comment le soutien de l’opinion publique ne dépendait pas vraiment du niveau de pertes, mais plutôt de la relation de ce dernier avec une stratégie claire et capable d’obtenir l’adhésion du plus grand nombre; partant, capable de donner l’espoir d’une victoire rapide.

 

Il en résulte deux conséquences: 

PRIMO: sur le "front intérieur", les "sales guerres" cessent de l’être (et sont éventuellement gagnées) dès lors que le consensus grandit sur la nécessité de l’action militaire. Une mobilisation idéologique ou morale ne peut suffire car l’impuissance ou la brutalité (ou les deux) peuvent discréditer les arguments venant à l’appui d’une telle mobilisation. 

SECUNDO: sur le "front local", les institutions militaires les plus efficaces et les plus légitimes sont celles qui s’adaptent et adoptent le chemin des "esprits et des coeurs". Sur le plan tactique, cela passe essentiellement par une généralisation du contrôle de la population et du "terrain humain". Sur le plan stratégique, l’unité d’effort et la synergie des moyens permettent d’exercer une action plus cohérente sur l’insurgé et sur le reste de la population. 

Le lien entre les deux semblerait être le continuum des efforts entre le "front intérieur" et le "front local". Dans le contexte d’une médiatisation poussée des évènements, une grande interdépendance se développe entre les deux. Partant, une stratégie claire, volontariste et médiatisée a la plus grande chance de recueillir le consensus voulu et de mobiliser les énergies, passant d’une "guerre limitée" à une "guerre totale". Ce qui me semble incarner le mieux ce processus est la nomination d’un "généralissime" pour incarner cette stratégie et la mettre en oeuvre, tant sur le théâtre que sur le "front intérieur".

 

L’implication militaire et politique américaine en Irak est-elle une "sale guerre"? Indubitablement, c’est le cas en 2004 (lors de la "révélation" du scandale d’ABU GHRAIB, mais aussi lors des deux offensives sur FALLOUJAH, notamment la première en avril 2004),  et en 2006 ( "révélation" de "l’affaire" d’HADITHA ou lorsque la guerre civile menace de faire imploser BAGDAD et ses "ceintures"), mais aussi au début de l’été 2007 (lorsque les pertes américaines s’élèvent brusquement et que certains Sénateurs osent avancer que le "sursaut" -tentative desespérée de l’administration BUSH de "faire un ralenti" sur les évènements en Irak- est un échec).

Pourtant, un observateur attentif de l’opinion publique américaine ne peut aller plus loin: c’est justement au moment où l’argument de la "sale guerre" pourrait faire mouche qu’il ne peut plus être utilisé… La raison en tient à la "stratégie PETRAEUS". 

Cette dénomination elle-même est problématique: c’est oublier que l’exécutif américain en Irak est bicéphale (on ne saurait réduire le rôle de l’ambassadeur CROCKER à celui de "faire-valoir" de PETRAEUS. En effet, tout comme son prédécesseur John NEGROPONTE, il a constamment travaillé en tandem avec le commandant de la MNFI). Par ailleurs, la mise en oeuvre de cette stratégie est largement l’oeuvre du général ODIERNO (pour l’aspect militaire et opératif) et des commandants de Brigade et de Bataillon (qui ont eu à supporter l’essentiel de l’effort de 2007/2008). Sans compter le "Baghdad Brain Trust" ayant composé le plan de campagne de juillet 2007 et participant à sa remise à jour quasi-hebdomadaire, voire quotidienne. Pourtant, qui oserait nier que PETRAEUS fut le moteur de la synergie des efforts, autant que le diffuseur des idées et principes de la "contre-insurrection" tels que définis (mais pas seulement) dans le tout récent FM 3-24 de décembre précédent.

Toutefois, quels que soient les résultats exacts de la "stratégie PETRAEUS" (il semble bien qu’elle ne puisse seule être créditée du mieux de 2008, puisque les facteurs endogènes à la société et à la classe politique irakiennes ont joué un grand rôle, tout autant que l’interaction précoce entre militaires américains et détenteurs locaux du pouvoir à l’échelon local), il faut surtout reconnaître la validité de cette dernière sur le "front intérieur". 

Incarnant le "sauveur", mais aussi la stratégie du "sursaut" du président BUSH (à tel point que ce dernier terme désigne une réalité confuse, confondant l’afflux des 5 brigades, le plan de campagne de ODIERNO pour sécuriser BAGDAD, la décision de généraliser le "Réveil" à l’été 2007, et les "nouvelles" procédures de COIN -en réalité la standardisation et la généralisation de procédures mises en oeuvre de façon dispersée et parfois incohérente depuis 2003), David PETRAEUS a donc permis de rallier l’opinion publique (et les journalistes comme ceux du New York Times), tout en faisant taire les critiques des Démocrates (et mettant à jour la permanence d’un courant "faucon" et très "pro-COIN" -ou pro-Opérations Humanitaires- au sein du Parti) et en provoquant une politique volontariste de "changement culturel" au sein de l’Army (menée par le général CALDWELL et son équipe du CAC). 

En réalité, c’est bien cela la réelle "victoire" obtenue par PETRAEUS: il suffit de voir comment la "contre-insurrection" est devenu un objet médiatique de plus en plus populaire au cours de l’automne 2007. Ainsi, l’on a vu John NAGL jouer les VRP du FM 3-24 à cette période, vendant notamment la version commerciale du FM 3-24 éditée par les Presses de l’Université de Chicago (sa maison d’édition), sans compter ses multiples apparitions à l’émission de Charlier Rose (avec David Killcullen), ou encore ses prestations au sein du Center for a New American Security (un think tank bipartisan mais de sensibilité plutôt Démocrate). De même, les avis et conseils de PETRAEUS ont été sollicités par les deux candidats à l’élection présidentielle.

"Les guerres en Irak": une "sale guerre" qui aurait pu être, et qui n’a pas été…

Mise à jour: Pour être honnête, ce succès de PETRAEUS sur le "Front intérieur" n’a pas fait cesser les critiques. Mais plutôt que de porter principalement sur le bienfondé de la présence américaine en Irak (avec le corrollaire du retrait immédiat des forces), elles s’orientent plutôt vers une contestation de la "contre-insurrection", tant au sein des institutions militaires (la COIN risquant de faire perdre les compétences conventionnelles -c’est le sens du RETEX du Combat Studies Institute sur la "guerre de juillet" en Israël et le Hezbollah, autant que du "livre blanc officieux des artilleurs", porté par exemple par le colonel Sean McFARLAND, le "vainqueur" de RAMADI en 2006), que dans la stratégie américaine (condamnation de "l’aventurisme" des néoconservateurs comme des "néolibéraux" démocrates favorables aux opérations de maintien de la paix de la part des conservateurs, condamnation des "guerres coloniales" par Noam CHOMSKY ou Nir ROSEN). De manière qui n’étonnera que les Français (habitués à une grille de lecture "simpliste" -Démocrates anti-guerre, Républicains pro-guerre), ce sont les conservateurs qui mènent principalement ces deux assauts.

Dernière livraison de la Military Review

Le numéro de janvier-février est disponible.  Comme d’habitude, les articles nous renseignent efficacement sur les préoccupations du CAC : opérations sur l’information, rôle des forces supplétives en COIN, éthique et réconciliation, etc.

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Quelques lectures conseillées:

-Un article sur les Fils de l’Irak et un autre sur l’Armée Afghane.

-Un article sur la Réconciliation et un autre sur l’Ethique.

-Un article sur les Opérations sur l’information.

-enfin, un article qui poursuit la réflexion sur la prise de décision opérationnelle.

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