SOFA

Enfin voté hier par le parlement irakien….

Pour plus d’infos, je renvoie aux articles dédié dans Iraq Updates, notamment sur la position de chaque parti. Apparemment en effet, le bloc sunnite aurait monnayé son vote en échange d’une promesse de référendum national en 2009, mais aussi d’un certaine nombre de garanties sur l’incorporation des « Fils de l’Irak » dans les forces de sécurité (promesse initiale de MALIKI: 20%, les autres devraient recevoir une formation professionnelle à la réinsertion). Attendons de voir en effet comment voteront les Sunnites aux élections provinciales de janvier.

La nouvelle équipe de « sécurité nationale » de B. OBAMA

D’après le small Wars Journal et d’autres sources, le président-élu devrait annoncer son équipe ministérielle la semaine prochaine.

Le Sénateur Hillary CLINTON aurait le Département d’Etat (?)

Le général du Corps des Marines JONES (ancien Commandant du Corps et Commandant du Théâtre Européen) serait Conseiller à la Sécurité Nationale (un remake de Colin POWELL)

Surtout, Robert GATES resterait à la Défense (joie pour le SWJ qui avait écrit une lettre ouverte au président-élu le lendemain de sa victoire).

piqûre de rappel

Pour les Parisiens, je rappelle que le LCL GOYA donnera demain à 17h30 en l’amphithéâtre LOUIS de l’Ecole Militaire, une conférence au sujet de son ouvrage: Irak, les Armées du Chaos….

Entrée libre

Venez nombreux.

Se réapproprier l’espace urbain: un acte de « contre-insurrection »?

A force d’entendre partout que « la population est l’enjeu » de la lutte que se livrent insurgés et « contre-insurgés » (sans toujours tenir compte du paradoxe entre cette rivalité mimétique et le discours sur « l’asymétrie »), on en oublie que c’est tout l’espace qui est concerné. Comme l’illustrait il y a quelques semaines ces réflexions sur la mobilité urbaine à Bagdad, le caractère essentiellement urbain de la « contre-insurrection » passe aussi par le contrôle des flux (la « bataille des ceintures » est-elle autre chose?) mais aussi par l’appropriation symbolique de l’espace, autrement dit la réaffirmation de la « présence légale » sur un territoire. En ce sens, ce type d’opérations militaires se traduit également par la polarisation de l’espace de la ville autour de quelques lieux, mais aussi de quelques axes.

Un exemple relativement original de cette démarche symbolique est la « grande marche » (plutôt une gigantesque patrouille démontée, appelée « circulation du champ de bataille » en jargon militaire américain) qu’a effectuée récemment le général de Division Mark HERTLING, le commandant de la 1ère Division Blindée de l’Army (Division Multinationale-Nord), entre l’avant-poste RABI (voir carte) et le TIGRE, à travers les districts et municipalités les plus « rétives ».

marche-hertling-24-11-08

Bien entendu, on comprend qu’il s’agit à la fois de montrer la mainmise des Américains sur les quartiers les plus « rebelles » de la ville (peuplés de Sunnites, ils sont très favorables aux mouvements insurgés tels que Ansar Al-Sunna) et d’affirmer que le « contrôle » n’est pas qu’un discours. Au-delà, le général HERTLING évalue le champ de bataille, notamment au contact des unités irakiennes et des deux bataillons américains présents sur place. A ce titre, l’officier américain agit comme le lien entre les unités dispersées et disséminées sur tout l’ouest de la ville. Sa conclusion est sans appel: la sécurité s’améliore (puisque il a pu effectuer son trajet sans mal, discutant avec des habitants rencontrés au hasard, en oubliant la débauche de moyens destinés à le protéger) mais la reconstruction tarde, accroissant encore le mécontement de la population. Que dire aussi des forces de sécurité locales: la police est insuffisamment formée et les unités de l’armée se jalousent (la 3ème brigade de la 1ère division irakienne, une unité « d’élite » formée d’anciens militaires de l’époque baassiste, contre la 2nde division, majoritairement kurde).

Un autre élément symbolique tient dans le détail suivant: à un moment, plaisantant avec les officiers subalternes de son état-major et conversant avec des locaux, le général HERTLING enlève son casque. C’est suffisamment rare pour être souligné. En effet, le port du casque lourd (généralement doté d’appendices comme les lunettes de vision nocturne) ne relève pas simplement de considérations sécuritaires (doublées d’un rapport juridique aux assurances propres aux militaires américains). Il s’agit également d’un élément central de l’identité du militaire américain, une extension corporelle évidente, au même titre que l’arme de dotation. Ici, ce fait révèle peut être la volonté de l’officier de montrer qu’il contrôle cette ville et pas seulement en occupant son espace par le quadrillage militaire et policier.

Réimpression

Il y a un an paraissait le premier article de ma main jamais publié dans une revue académique, en l’occurrence les Cahiers du RMES. Je le mets de nouveau à la disposition de mes lecteurs: attention, il s’agit d’un texte aride, pompeux, prétentieux et « jargonnesque » dans lequel je tentais de mettre en ordre quelques idées sur la « Transformation », les relations civilo-militaires et, déjà, la contre-insurrection…Mais, en le relisant, je lui trouve deux qualités:

-beaucoup d’éléments empiriques et factuels, notamment pour ceux qui aiment l’histoire et la sociologie

-au fond, je ne crois pas m’être beaucoup trompé en envisageant (texte écrit en avril 2007) les évolutions doctrinales de l’Army.

Finalement, son seul défaut (de taille) est d’être le produit du (jeune) dîplomé de M2 que j’étais alors: plein de prétention.

Bonne lecture.

PS: le ralentissement actuel observé dans ce blog tient surtout à des éléments conjoncturels. En effet, je suis dans plusieurs projets à la fois et, comme dit le proverbe, « qui trop embrasse, mal étreint ». D’où un certain recul nécessaire.

Toutefois, je crois pouvoir dire que je reprendrais bientôt le clavier, d’abord pour indiquer lorsque l’article de la RFSP sera enfin en ligne sur CAIRN, ensuite parce que je bouille d’impatience de vous livrer un petit « trésor », à savoir un texte d’un aumonier parachutiste sur les devoirs du soldat en Algérie (non, il ne s’agit pas du RP DELARUE, aumônier de la 10 DP)…. Patience…

Texte du SOFA

Merci à Frédéric: une version du SOFA semble disponible sur le blog Iraq Oil Report

Mise à jour: le débat au Parlement devrait reprendre mercredi. En attendant, un autre argument des adversaires du Traité (les Sadristes et certains Sunnites qui craignent que les garanties sur leur sécurité et leurs droits ne soient pas respectés): le SOFA ne comprend aucune extension de la protection qu’exercent actuellement les Américains sur les actifs financiers irakiens liés aux revenus du pétrole. En vertu de la résolution 1483 de juillet 2003 et d’un Executive Order du président BUSH expirant en mai 2009, les revenus pétroliers sont en effet placés dans une Banque Fédérale Américaine avant d’être retournés au budget irakien. De fait, cette mesure a pour objet d’éviter toute saisie de ces actifs par des plaignants éventuels entamant une procédure contre le gouvernement irakien en tant que successeur du gouvernement de Saddam HUSSEIN.

Nouvelle publication

Joseph HENROTIN et Tanguy  STRUYE DE SWIELANDE (la « mafia belge » du Réseau Multidisciplinaire d’Etudes Stratégiques) annoncent la sortie le 15 décembre (si tout va bien) de Les Interventions militaires en zones urbaines: paradigmes, stratégies et enjeux chez BRUYLANT.

J’y contribue pour deux chapîtres sur la contre-insurrection américaine en Irak (notamment les problématiques de diffusion des pratiques et de la doctrine entre 2003 et 2008. L’ensemble est un peu daté (puisque rédigé il y a plus d’un an) mais comprend quelques éléments inédits non encore publiés par votre serviteur.

Et puis, ne serait-ce que pour cela, il y aura des interventions de qualité de l’ensemble de l’équipe du RMES: à  lire et à acheter.

Extraits de la 4ème de couverture:

« Éclipsée durant la guerre froide, la guerre urbaine a fait son retour depuis les années 1990. Hantise des militaires, les villes sont récemment revenues au coeur de l’actualité stratégique. La ville a été, reste et sera, plus que probablement, un théâtre opérationnel central dans les opérations. Le nom de certaines villes n’est-il pas devenu celui de batailles voire de campagnes : Vukovar, Srebrenica, Sarajevo, Grozny, Mogadiscio, Falloujah?
La guerre en zone urbaine nécessite dès lors une nouvelle approche, plus globalisante que jadis. Les opérations urbaines imposent aujourd’hui une coordination politico-stratégique d’effortsmilitaires, diplomatiques, économiques, culturels et juridiques. Elles n’engagent pas uniquement les militaires – qui y ont cependant un rôle central – mais implique de nombreux autres acteurs : les populations civiles, les ONG, les anthropologues, les sociologues, les agences gouvernementales, les organisations internationales, etc. Toutes à une degré ou à un autre
sont parties pris à un conflit à un moment donné.
Les militaires eux-mêmes doivent, face au défi urbain, reconsidérer leurs méthodes de planification, leurs doctrines, leurs modes opératoires tactiques et les technologies qu’ils devront mettre en oeuvre pour gérer des conflits se déroulant au coeur des populations, devenues autant de centres de gravité. De ce point de vue, les opérations urbaines sont aussi l’explicitation par la pratique de la complexité des conflits actuels : symbole de l’évolution des conflits, elles constituent la zone d’engagement par excellence des armées modernes.


Par conséquent, il vaut mieux préparer, comprendre, cerner les différentes modalités et dimensions de ces opérations que des les ignorer ou les démentir, au risque de les subir. Aussi, cet ouvrage couvre de nombreux aspects de la guerre urbaine, tant théoriques que pratiques. Il se veut avant tout didactique, en ayant une approche multidimensionnelle du phénomène de la guerre en zone urbaine. Rédigé par les membres du Réseau Multidisciplinaire d’Études Stratégiques sous la direction de Tanguy Struye de Swielande, cet ouvrage examine le passé comme le présent d’opérations dont les enjeux sont aussi importants pour le militaire que pour le diplomate. »

PS: quant à mon article dans la RSFP du mois d’octobre, il devrait être disponible incessamment sous peu sur le portail CAIRN.

Réconciliation 101?

Un excellent article du Washington Post illustre les évolutions, les enjeux et les défis des actions de réconciliation menées essentiellement par les militaires américains, à partir de l’exemple du 4 escadron du 10ème régiment de cavalerie au NO de BAGDAD?

Si l’on veut résumer, on dira que la réconciliation consiste en deux approches complémentaires: il s’agit bien entendu de « rabibocher » les communautés irakiennes (mais comment le faire dès lors que l’on « naturalise » les frontières communautaires au lieu d’en montrer la contingence?), mais également de renouer les liens sociaux à tous les niveaux, d’autant qu’ils sont souvent segmentaires et dispersés au plan micro-local. Or, en dépit des Conseils de Réconciliation Tribaux lancés par le PM MALIKI au printemps 2007 (mais qui semblent instrumentaliser les tribus pour en faire des relais du nouveau pouvoir, notamment dans les zones chiites du Sud -face aux autres factions chiites- et dans la province de DIYALA -face aux autres communautés), ce sont les Américains qui mènent l’essentiel des actions, sur la base décentralisée qui est celle de la « tâche d’huile » institutionnalisée l’année dernière.

En quoi consistent ces actions: rencontrer les cheiks, les faire se rencontrer lors de parades, de gigantesques méchouis ou d’inauguration de bâtiments et d’infrastructure, voire lors de concerts patriotiques organisés par les Américains, présents dans l’assemblée en vestes de combat et instruments de vision nocturne vissés sur le casque (port obligatoire en raison des assurances maladies)…

Dans le même ordre d’idée, les cérémonies de libération de détenus sont l’occasion de grandes cérémonies durant lesquelles alternent les signes d’une réintégration dans la communauté sous le signe du nouveau patriotisme irakien.

On est donc passé de GALULA à LYAUTEY, ou, si l’on veut, de « l’extirpation des infrastructures politiques insurgées » à la « pacification coloniale », sur un mode un peu paternaliste.

Mais quand même, tout ceci rejoint une réflexion que je me faisais hier en comparant l’histoire ‘invisible’ des pratiques coloniales des institutions militaires américaines (invisible car histoires et mémoires marginalisées, surtout dans l’Army, et surtout après la guerre du Vietnam) et les références quasiment exclusives à GALULA dans la doctrine et la pensée militaire actuelle sur la « contre-insurrection ». Finalement, ce qui en ressort à travers cet exemple de la « Réconciliation » (qu’on me comprenne, je crois que c’est la voie pour sortir de la rivalité mimétique entre militaires étrangers et populations locales, mais je doute fort que ce soit autre chose ici qu’un discours d’auto-légitimation de la part des militaires américains, qui sont de bonne foi je n’en doute pas), c’est la lecture MAOISTE (ou « révolutionnaire ») de la situation locale. Non seulement, l’insurrection est lue en terme de griefs légitimes instrumentalisés -en l’absence d’une « gouvernance » capable- par des entrepreneurs politiques « subversifs », mais encore le remède en semble un décalque plus ou moins fidèle des techniques de la « guerre populaire »… C’est vraiment ce que m’inspirent ces « grandes cérémonies populaires et patriotiques »….

Sur un plan historique, on peut ajouter que la référence aux luttes de la « guerre révolutionnaire » est également pratique car elle permet de projeter les catégories de la bipolarité sur le conflit actuel: l’insurrection est, in fine, la marque du jihadisme international qui pousse à la subversion des sociétés musulmanes.

Bon, alors ce SOFA?

Les Américains et le PM MALIKI, qui a exprimé finalement son soutien au « pacte » lors d’une intervention télévisée, pourront-ils finalement s’y reposer?

Hier, avant-dernier jour avant la vacance parlementaire de cette année, la seconde lecture publique de l’accord au sein du Parlement a non seulement été chahutée par ses opposants Sadristes et Chiites, mais a donné lieu à une empoignade générale sur laquelle on peut tirer autant de bonnes choses que de mauvaises (dans le camp des premières, le fait que cela n’ait pas donné lieu à des émeutes et des morts, dans le camp des secondes, le blâme porté par de nombreux MP sur le gouvernement et les Américains -le premier étant accusé d’avoir voulu passer « en force » et les seconds étant les boucs émissaires de plus en plus souvent cités des erreurs et des fautes de la classe politique irakienne, même si on ne peut prononcer la relaxe pour toutes les charges portées contre eux).

Il ne reste plus qu’aujourd’hui pour tenter une ratification qui pose aussi des problèmes aux Etats-Unis: certains membres du Congrès considèrent que l’accord devrait être ratifié ici aussi, tandis que l’Administration -qui a fait lire le texte à huis clos sans en donner une copie aux députés et aux sénateurs- considère qu’il s’agit d’un bon accord, au prétexte que les commandants en Irak l’approuveraient- le texte permettant d’interpréter le retrait aussi selon des critères sécuritaires. On se souvient en effet que ces conditions ont été posées par le général PETRAEUS dès le mois de mars.

Il est encore difficile de dire si il le tumulte d’hier est le résultat d’une action préméditée des sadristes pour bloquer les discussions sur l’accord, ou si les opposants au traité ont saisi une opportunité de manière pragmatique, voyant que le mécontentement sur le « passage en force » semblait rassembler plus de monde que prévu. A moins que l’échec de leur première manoeuvre -demander que soit votée une loi réglementant la ratification des Accords Internationaux par le Parlement- n’ait poussé leur porte-parole à un acte désespéré.

Donc, encore à suivre…. mais des méditations en perspective sur les discours de légitimation en cours actuellement en Irak, tant pour les militaires américains, pour l’Administration BUSH qui verrait comme une « victoire posthume » la signature du SOFA, que pour les différentes factions en présence en Irak. On peut se rassurer sur les modes de compétition politique actuellement observables entre ces dernières, sans oublier cependant que d’autres modalités restent d’actualité.

SOFA (fin enfin m’enfin?)

Hier Dimanche 16 novembre 2008, le Cabinet Irakien a adopté l’accord sur le Statut des Forces Américaines en Irak (SOFA), entérinant de nombreuses modifications proposées successivement par les négociateurs des deux parties. Parmi celles-ci, l’Histoire retiendra peut-être le problème de l’immunité des militaires américains -limitée aux crimes et délits commis en opérations, en service et sur le territoire des bases US- et celui du rejet de toute modification de la date finale de retrait des troupes de combat, à savoir le 31 décembre 2011.

Evidemment, il reste encore à franchir l’obstacle parlementaire, mais, en dépit des déclarations de SADR (le parti du Moqtada AL SADR revendique une trentaine de députés), il semble que cela ne devrait pas poser de problèmes. De facto, les forces américaines pourront donc continuer à mener des opérations, même si plusieurs nuances seront apportées à la situation actuelle:

-les opérations seront décidées par une commission conjointe comprenant des militaires irakiens et américains. Cela peut potentiellement restreindre la marge de manoeuvre des officiers américains, contrairement à la décentralisation importante des décisions observable aujourd’hui.

-de toute manière, les militaires américains ne pourront mener d’actions en ville, puisque celles-ci seront sous la responsabilité exclusive des forces de sécurité irakiennes.

Ce qui revient à dire que la posture vers la reconstruction (entamée au printemps 2008) et vers l’assistance technique et militaire (idem) sera la seule possible.

En conclusion, il est possible de dire que le PM MALIKI sort renforcé, lui qui n’avait pas officiellement donné sa position sur l’affaire: l’accord lui garantit en effet que les militaires américains continueront d’appuyer la formation de forces de sécurité qui lui sont de plus en plus acquises. D’autre part, ses rivaux hostiles au traité seraient davantage marginalisés.

Nous assistons peut-être à un tournant majeur de la présence américaine en Irak, ce que semblent avoir compris de nombreux irakiens ayant choisi de s’investir totalement dans la relation avec les militaires étrangers. Là comme lors d’autres épisodes passés, le retrait semble synonyme d’abandon

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