La pression dissuasive: procédé tactique de contre-rebellion

Le concept de "pression dissuasive" correspond à la nécessité de gérer au mieux la "pacification" en "tâche d’huile". Celle-ci repose en effet sur la constitution de zones sécurisées et génère donc une "mosaïque" de territoires différenciés selon leur niveau de sécurité pour les insurgés. Lors des opérations de ratissage puis d’installation au coeur des zones peuplées, il y a un temps incompréhensible pendant lequel les forces contre-insurgés ne peuvent immédiatement poursuivre leur progression, notamment sur les zones adjacentes.

Il est donc nécessaire de harceler les zones de refuge et de préparation des insurgés pour l’empêcher de profiter de la faiblesse temporaire de la contre-insurrection dans les aires géographiques où sa présence est moindre. A terme, ces opérations de harcèlement préparent la prochaine étape de la "tâche d’huile" en érodant les capacités ennemies (destruction de caches d’armes, démantèlement de réseaux, interdiction des voies de communication, etc.) Pour cela, les forces de police accompagnent l’action militaire, soit en première ligne (si l’insurgé ne se montre pas ouvertement), soit dans la continuité des militaires.

Sur le plan opératif, ce procédé tactique permet donc d’atteindre l’objectif de confinement de l’organisation insurgée. En effet, en limitant la liberté de manoeuvre de l’ennemi entre ses zones refuges, ses zones de préparation et ses zones opérationnelles (mais aussi entre plusieurs sanctuaires), le harcèlement parfait l’action de séparation d’avec la population qui se tient simultanément dans les régions en cours de "pacification".

Sur le plan stratégique, la "pression dissuasive" doit donc conduire à la désagrégation de l’insurgé. En effet, il est non seulement privé de l’initiative, mais également de structure coordonnée.

C’est ce que l’on observe plus ou moins aujourd’hui pour AQI dans la province de DIYALA, où se déroule depuis juillet l’opération "Promesse du Bien". Selon le titre d’un article du Middle East Times, "Al Qaeda est coincé dans la province de DIYALA".

Reprenons la chronologie de cette affaire:

-janvier-avril 2007: des opérations de harcèlement sont menées contre les sanctuaires d’AQI situés à proximité de  BAGDAD. Une tentative de sécurisation durable à lieu dans le village de TURKI au sud de la Province.

-avril-juin 2007: le harcèlement se poursuit par des actions préparatoires, lesquelles consistent essentiellement à harceler AQI dans le coeur de BAQUBA (la capitale provinciale déclarée "capitale du califat" en février 2007) et autour de celle-ci.

-en juillet-août 2007: l’opération Arrowhead Ripper vise à nettoyer BAQUBA, la route de BAGDAD vers le Sud, la route qui mène de BAQUBA à TIKRIT et MOSSOUL, tout en interdisant l’accès de BAQUBA en provenance du NE (vallée de la DIYALA, sanctuaire de MUQDADIYAH et de la "corbeille à pain").

-entre septembre 2007 et janvier 2008, la région de MUQDADIYAH est "nettoyée" à son tour, tandis que la police locale et les "Fils de l’Irak" tiennent une partie des régions les plus sécurisées (BAQUBA notamment);

-entre janvier 2008 et mai 2008, la "corbeille à pain" est sécurisée à son tour lors d’actions de très haute intensité.

-depuis juillet 2008, les restes d’AQI sont pourchassés dans la région située au nord et à l’est du Lac HAMRIN et de la chaîne de HAMRIN. Il s’agit d’interdire la circulation des insurgés vers le Nord (TIKRIT/MOSSOUL) et le Sud-Ouest (réinfiltration de BAQUBA). Ceux-ci sont donc confinés aux zones frontalières avec l’Iran où la population est majoritairement chiite ou kurde et où il est quasi-impossible de reconstituer des réseaux dans un environnement sécurisé.

Il s’agit bien là de la "tâche d’huile" ayant conduit au confinement d’AQI. A chaque fois, les opérations de sécurisation ont été précédées d’actions préparatoires de harcèlement relevant de ce principe de "pression dissuasive".

PS: lien vers une carte du Nord de l’Irak

16 réflexions sur “La pression dissuasive: procédé tactique de contre-rebellion

  1. En fait, le mot "Omen" et le mot "Augurs" sont les mêmes. Le premier est simplement une reprise du latin: raison pour laquelle ma première traduction (pour l’opération de mai contre MOSSOUL) était "Présage" (un omen en latin, ou encore "augure" pour désigner cette pratique religieuse romaine consistant à examiner le vol des corbeaux pour connaître l’avenir)…. :)

  2. Que pensez vous de l’article que j’ai crée sur le Wiki a partir de vos informations ? Voyez vous des améliorations à apporter ?

  3. Ping : Des guérillas ” accidentelles ” ? « MecanoBlog

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.
Thème Esquire.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d bloggers like this: