Les communiqués et les reportages de la Force Multinationale Irak insistent depuis le début du mois sur de nouvelles missions. Mis à part les raids, bouclage et ratissage menées par l’armée irakienne, il faut noter plutôt les actions de reconstruction. Celles-ci ne doivent pas seulement être comprises comme des modes opératoires visant à rebâtir/créer des infrastructures socio-économiques favorables à la contre-insurrection, mais également comme des moyens de contrôle de la population. La planification et la conduite de la contre-insurrection en Irak obéissent en effet à une des règles définies par David GALULA: l’isolement des insurgés ne peut être imposé à la population, mais doit plutôt être mis en oeuvre et suscité par cette dernière. Dans cette optique, deux exemples illustrent le passage des opérations de contrôle de la population à celle d’une reconstruction plus neutre (mais tendant tout de même à s’inscrire dans une manoeuvre globale d’influence):
- l’érection d’un système d’éclairage de la voirie fonctionnant à l’énergie solaire. Mise en oeuvre par les unités du génie de l’Armée irakienne, cette action doit contribuer autant au développement des “services essentiels” (et donc à contrer un potentiel mécontentement de la population) qu’à augmenter la sécurité par le contrôle croissant des espaces et des temps “lacunaires” (comme la nuit…)
- la multiplication des centres de service industriels visant à assurer des tâches de maintenance et de soutien au profit des forces irakiennes et coalisés. Il s’agit ici non seulement de créer des emplois mais également de lier la population à la cause de la contre-insurrection.
Une page se tourne certainement. A l’exception de certaines régions du SUD et des zones difficiles à contrôler de la province de NINIVE, la contre-insurrection est entrée dans une nouvelle phase, au moins depuis le début de l’année 2008. La pression continue exercée sur les insurgés sunnites (et notamment AQI) a permis à la contre-rébellion de confiner et de désagréger les organisations militaires et politiques de ces derniers. Tandis que cette même pression, associée à une manoeuvre informationnelle complexe, vise à faire subir le même sort aux partisans de Moqtada SADR.
Je peux bien entendu me tromper, mais il semble bien qu’un tournant est véritablement visible. Si il apparaît clairement aujourd’hui, des signes avant-coureurs étaient discernables dès la fin de l’année 2005. Le problème politique et stratégique demeure puisque le double accord entre l’Irak et les EU sur le Statut des Forces et sur le cadre stratégique des relations bilatérales n’est toujours pas signé et que l’échéance fixée par le président BUSH (31 juillet) approche. Si il n’est pas véritablement question d’une présence permanente, il reste à définir clairement les modalités d’une souveraineté nouvelle. Raison pour laquelle les officiels gouvernementaux irakiens se renseignent sur les cadres légaux de la présence des forces américaines en Allemagne et au Japon après 1945. La boucle est d’ailleurs bouclée puisque sur ces deux expériences on a prétendu fonder en 2003 les rapports entre les deux Etats une fois Saddam HUSSEIN renversé.

A mon humble avis, la situation ”légale” des forces de la Coalition devrait se rapprocher de celle de la Corée du Sud avec le risque de guerre tangible avec l’Iran comme en Corée la surveillance de la moitié nord de la péninsule.