une image de la contre-insurrection/contre-rébellion américaine en Irak (2005-2008)

Il est l’heure d’un premier bilan de mes recherches. Voici donc quelques conclusions provisoires sur la COIN/C-REB menée par les Américains en Irak depuis la fin de 2005. Il s’agit là de généralisations qui mériteront bien entendu un développement ultérieur.

A noter que je parle de contre-insurrection/contre-rébellion pour des raisons de simplification terminologique. En effet, le terme anglo-saxon de contre-insurrection rend compte surtout d’un thème de campagne et accessoirement de procédés tactiques. En ce sens, il se rapproche davantage de la phase de stabilisation de la doctrine française. Le terme de contre-rébellion (C-REB), issu de la doctrine française la plus récente, considère essentiellement un mode d’action tactique en stabilisation. Il me semble donc que les deux termes se recoupent partiellement. Lorsque je parle des Américains, je parle prioritairement de contre-insurrection (puisqu’il s’agit de leur terminologie), en gardant à l’esprit qu’il s’agit pour moi d’aborder les questions de la stratégie de théâtre aussi bien que des procédés tactiques. Le terme de contre-rébellion désignera donc surtout lesdits procédés.

Le découpage chronologique obéit à une logique historique de ruptures et de continuités. Toutefois, un véritable tournant est observable dans l’été 2005 lorsque se mettent en place les premiers éléments des procédés de contre-rébellion et que s’élabore une première stratégie de contre-insurrection.

  1. Sur le plan stratégique, on observe une irakisation progressive de la lutte contre l’insurrection multiforme dont l’objectif, après avoir été de chasser ou d’épuiser les "occupants", est désormais de détruire les structures du nouvel Etat. Cette irakisation, qui passe elle-même par une phase top down puis bottom-up (par le haut et par le bas), atteint sa maturité au printemps 2008 avec les offensives simultanées menées contre l’Armée du Mahdi.
  2. Sur le plan opératif, l’architecture se lit selon deux dimensions. Sur le plan chronologique domine le principe du continuum des opérations et la synergie entre les différentes lignes d’opérations. Au niveau géographique, le plan de campagne de 2007/2008 adopte des solutions systémiques (opérations simultanées pour diminuer la résilience des organisations insurgées) et adaptées localement (opérations successives selon le triptyque "nettoyer/contrôler/retenir" qui permettent la "tâche d’huile" au niveau des Task Force).
  3. Sur le plan tactique, de loin le plus complexe, se note une synergie croissante entre les procédures qui ciblent la population (contrôle de la population), celles qui ciblent l’ennemi (neutralisation par confinent ou désagrégation), et celles qui ciblent le gouvernement-hôte (formation, réconciliation). Loin d’être perçues comme indépendantes les unes des autres, ces trois procédures fonctionnent en continu. L’effet majeur est la présence par la dissémination des forces et le contrôle du milieu à travers le procédé de "soft targeting" qui permet de redéfinir périodiquement l’état final recherché dans la zone de responsabilité des brigades et des bataillons.
  4. Sur le plan des règles d’engagement, la force est utilisée à la fois de manière directe et discriminée. En d’autres termes, les unités américaines visent l’application légale de la puissance de feu écrasante. L’impératif de "gagner les esprits et les coeurs" est également revu. En 2003 en effet, le contresens a parfois été fait de confondre les coeurs et l’affection, alors qu’il s’agit essentiellement de jouer sur un facteur émotif autour de la notion de respect. Malheureusement, les unités qui ont tenté de se faire respecter par la force ont également échoué, oubliant que le respect est une notion réciproque et dynamique. Quant aux esprits, il s’agit plutôt du facteur cognitif qui doit être travaillé par des campagnes d’influence jouant aussi bien sur les aspects informationnels (PSYOPS par exemple) que sur des aspects physiques (en ce sens, les Actions Civilo-Militaires visent autant à reconstruire qu’à influencer les populations).

On voit donc que la narration en terme de rupture est simplificatrice. En réalité, de nombreux éléments étaient présents dès 2003. Il faudra donc expliquer ces évolutions avant de les interpréter. Prochaine étape!

En bonus, deux liens intéressants (pour les anglophones):

Les nouvelles du Sud

Les évènements actuels en Irak semblent bien illustrer le tournant de la situation amorcé au début du printemps. Désormais, le gouvernement Irakien du PM Nouri AL-MALIKI agit de son propre chef, même si il dépend de l’assistance technique américaine, dans ses opérations contre les restes d’AQI à MOSSOUL et autour de BAQUBAH aussi bien que dans ce qu’il présente comme du rétablissement de l’ordre contre des "groupes spéciaux" de l’Armée du Mahdi de Moqtada AL-SADR.

Or, ce dernier a annoncé samedi qu’il renonçait à participer aux élections provinciales d’octobre, tout en acceptant de dissoudre sa milice. De fait, cette double annonce, qui correspond peut-être à une volonté de donner le change en regard de ces dispositions (lesquelles sont des demandes du gouvernement), doit être nuancée. D’abord parce que l’Armée du Mahdi est remplacée par une structure en cellules destinées à "combattre l’occupation américaine" ( les "compagnies spéciales". Notons le jeu de mot avec la terminologie officielle que les officiers américains utilisent pour désigner les soi-disant "marginaux" de l’Armée du Mahdi: les "groupes spéciaux"). Ce tournant "à la Hezbollah" s’accompagne également de l’annonce faite hier d’apporter le soutien du parti à tout candidat qui semblera remplir un certain nombre de conditions politiques.

Parallèlement, le gouvernement irakien poursuit ses opérations de harcèlement et de bouclage/ratissage contre les "groupes spéciaux" et les bureaux du parti de M. SADR. Une opération est en cours de préparation sur AMARA, la capitale provinciale de la province méridionale de MAYSAN, considérée par les Américain comme une plaque tournante de la circulation des armes en provenance d’Iran.

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