Traumatic Brain Injury (TBI): de quelques réflexions.

Je voudrais attirer l’attention de mes lecteurs sur un fait relativement peu connu, à savoir la « signature » essentielle de cette guerre sur les corps et les esprits des militaires américains déployés en Irak: la blessure traumatique cérébrale ou TBI.

En effet, comme dans toute guerre, la guerre en Irak porte une blessure pour ainsi dire significative. Cet article du New York Times explore, à travers le cas d’un sergent des Marines blessé en Irak, les causes et les conséquences de ce phénomène. Le plus intéressant tient dans le fait que l’impératif de protection de l’individu sauve des vies: le renforcement des casques et des gilets, le blindage des véhicules, les procédures permettant de réduire la chaîne du soin permettent enfin de sortir de cette malédiction millénaire qui faisait que le ratio des blessés mourant faute de traitement était important dans toute guerre par rapport aux tués au combat. Rappelons ainsi qu’en dépit de la tragédie individuelle de toute perte, le chiffre de 4000 morts américains est comparativement faible . Parallèlement, cet abaissement des pertes a contribué à accroître un autre phénomène remontant à l’invention de la guerre, à savoir le nombre de mutilés et de handicapés de guerre.

Paradoxalement, ces blessures ne sont plus forcément aussi visibles que les « gueules cassées » de la Grande guerre ou que les amputés de toutes les guerres liées à l’arme à feu. Simplement, les explosions d’IED de plus en plus sophistiqués produisent des traumatismes internes de la boîte crânienne qui, bien que peu visibles, sont tout aussi dévastateurs. La diffusion du véhicule MRAP (pour Mine Resistant Ambush Protected Vehicle) permet donc de sauver de plus en plus de vie -et ce en dépit du fait que, dans le dialogue classique de l’épée et de la cuirasse, les explosifs soient de plus en plus meurtriers- mais provoque en retour un accroissement de ce type de blessure typique, bien que je sois bien incapable de vous en donner les statistiques à l’heure actuelle.

Il est fondamental de s’adresser à ce niveau d’analyse, à savoir le niveau individuel et personnel. En effet, il permet de saisir deux données qui méritent d’être creusées davantage, à la fois sous l’angle culturel et sous l’angle de l’invariance anthropologique. La première est celle du stress induit par une situation de « combat » qui diffère de celles dans lesquelles interviennent la rupture chronologique de la bataille. De fait, l’ennemi frappe quand on ne s’y attend guère, surtout par le biais d’une arme aussi traumatisante que l’étaient les chausses-trappes sur les pistes indochinoises: les IED. Par ailleurs, il faut gérer l’alternance entre les moments de « normalité » et ceux du combat afin d’éviter la routine et de garder une équanimité nécessaire. La deuxième donnée est celle qui lie la contre-insurrection et la protection de la force. Cet impératif se comprend d’autant mieux que l’on se place à l’échelle individuelle, là où les débats bureaucratiques semblent parfois sacrifier à des considérations irréalistes, comme en témoignent les réactions du général CONWAY au problème des gilets de combat. On saisit mieux parfois ce que je disais dans le post précédent, c’est à dire la tendance à recourir à la puissance de feu écrasante, même dans une optique de « légalité » liée au DCA, en cas de menace sur le groupe. On saisit aussi combien reste rhétorique cet impératif de faire passer la protection au second plan par rapport à celui de l’engagement de la population au sein de celle-ci. La contre-insurrection a donc aussi cette dimension-là: celle d’un discours exaltant les vertus héroïques face à une « transformation » technologisante volontiers « post-héroïque ».

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