Retour à Mossoul: le rugissement du Lion

Un (trop) bref retour sur ce blog pour parler de la situation à MOSSOUL.

Depuis janvier, les forces de la Coalition et l’Armée irakienne (ici la 2nde Division composée de Kurdes) tentent de prendre le contrôle de MOSSOUL, seconde ville du pays, définie comme le "centre de gravité stratégique" d’Al Qaeda en Irak (AQI).

Le 8 janvier a débuté la procédure de quadrillage de la ville, suivant en cela la méthode retenue depuis la fin de l’année 2005 par l’installation d’avant-postes à partir desquels rayonner au coeur des populations.

Dans la nuit du 9 au 10 mai, les Irakiens, soutenus par trois bataillons américains et des Forces Spéciales (rappelons que l’opération contre MOSSOUL est un "test" pour la capacité des forces irakiennes. D’autre part, un seul bataillon américain y était stationné en 2007 du fait de la focalisation des opérations sur Bagdad et ses ceintures.) ont lancé l’opération "rugissement du Lion" (Lion’s Roar), entièrement planifiée par eux.

Contrairement aux opérations menées depuis janvier (quadrillage, raids ponctuels, isolement de la ville et harcèlements), Lion’s Roar est une opération de police menée contre les leaders et les cellules restantes d’AQI dans la ville. Ainsi, un couvre-feu à l’échelle de la province de NINIVE, dont MOSSOUL est la capitale, a été déclenché le 9 mai au soir, interdisant tout mouvement sur la zone. Des mandats d’arrêts ont été lancés et les tribunaux semblent prêts à accueillir les chefs d’AQI. En complément, les forces américaines empêchent tout mouvement entre MOSSOUL, les routes du Nord et de l’Est (vers la Syrie), et celle du Sud (triangle de Za’ab et Province de SALADIN).

Je voudrais faire 3 remarques:

  • Il s’agit d’une opération reprenant les principes standardisés depuis 2 ans. Notamment, le gouvernement irakien aurait recruté près de 10 000 miliciens supplétifs parmi les populations des villages kurdes des environs. La ville est en effet l’enjeu de luttes entre les deux ethnies Kurdes et Sunnites depuis 2003, ce qui explique ici l’échec actuel à reproduire le "Réveil" d’Anbar. En effet, il a été possible de convaincre les Sunnites face aux Chiites, mais il est plus dur de le faire face aux Kurdes, qui gardent un soutien indéfectible des Américains. D’où une certaine frustration chez les militaires américains.
  • Face à cela, AQI revient au pôle terroriste: plutôt que de mener des batailles frontales, l’organisation profite de la complicité tacite des quartiers du NE ou de l’Ouest pour mener des actions retardatrices (IED, VBIED, embuscades). Le contrôle de la cité ne paraît pas perdu tant que la population ne basculera pas majoritairement dans l’action pro-gouvernementale. Ce qui paraît peu acquis étant donné l’usage de la force par les Américains (rôle des OH 58 en appui-feu notamment).
  • Cette opération intervient alors que les combats dans Sadr City ne cessent de se développer et de poser des problèmes de sécurité. Les forces américaines ont bouclé le quartier et installent des avant-postes mixtes armée/police, Irakiens/Américains (les Joint Security Stations JSS) pour quadriller progressivement la zone. Parallèlement, des drones et des OH 58 permettent une observation de la zone mais aussi des frappes contre les mortiers. Enfin, des opérations d’assistance aux populations sont menées pour tenter de détacher les populations souvent défavorisées du quartier de la cause de Moqtada AL SADR (action de l’Embedded Provincial Reconstruction Team)

bonus: diaporama de la Division Multinationale Bagdad en date du 11 mai.

Mise à jour 1: Bien évidemment, les lecteurs avertis de ce blog sauront qu’un (nouveau) cessez-le-feu a été négocié entre SADR et le gouvernement. On peut légitimement douter de la pérennité de ce dernier. Il faut cependant remarquer que les termes en sont de plus en plus favorables au Premier Ministre.

Mise à jour 2: Ce qui mène évidemment à une deuxième réflexion. MOSSOUL, SADR CITY et BASSORAH sont trois opérations décidées par MALIKI, même si elles entrent dans le cadre de Phantom Phoenix. Le lien entre la bataille pour MOSSOUL et celle contre les JAM de SADR est finalement assez clair sans qu’il soit possible de déterminer laquelle des deux batailles est dépendante de l’autre. En effet, le déclenchement de Lion’s Roar reste pour moi une énigme. Non pas concernant les procédures de "nettoyage" mais concernant le temps écoulé depuis janvier…. Deux hypothèses: soit MALIKI prend confiance en lui (ou on lui explique qu’il doit prendre confiance en lui), soit il fallait régler son compte politiquement à SADR avant de concentrer les efforts contre le bastion d’AQI… A suivre donc.

PS: je viens de me lire dans le Défense et Sécurité Internationale du mois de mai… Mauvais pour l’humilité, mais intéressant de voir l’évolution d’une réflexion en seulement 3 mois.

Mise à jour 3: Un mot sur le mur actuellement construit autour de SADR CITY (ou plus précisément autour de certains quartiers de SADR CITY dans une stratégie de "grignotage" progressif de l’ensemble de la cité). Le mur remplit une double fonction: séparer physiquement le quartier pour le contrôler et le "nettoyer", créer un abcès de fixation sur lequel les miliciens JAM viennent se casser les dents en testant le dispositif et en tentant, autant que faire se peut, d’en briser la dynamique… Une illustration supplémentaire du fait que la contre-rébellion US est très "cinétique".

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