Autant pour moi

Que les lecteurs habituels se rassurent: je suis toujours vivant. Simplement, l’accumulation des projets et la crainte de l’activisme me font ralentir ma production.

D’autre part, je suis de nouveau absent pour les 5 jours qui viennent (vacances cette fois-ci).

Promis, j’essaierais de me rattraper à la fin du mois de mai, dès que tout ceci se calmera.

Cordialement à tous

Stéphane TAILLAT

PS: l’occasion pour moi de remercier les nombreux lecteurs qui visitent ce blog. J’avoue que je ne m’attendais pas à une fréquentation quotidienne comprise entre une quarantaine et une centaine de visiteurs. Merci donc de votre fidélité et (pour certains) de votre participation aux débats de ce blog.

La nouvelle du jour….

David PETRAEUS comme commandant du CENTCOM, Raymond ODIERNO comme commandant de la Force Multinationale-Irak, Peter CHIARELLI comme vice-chef d’Etat-major de l’Army à la place de ODIERNO.

Mise à jour: clarification en commentaire

ODIERNO devient commandant de la MNF-I au lieu de succéder au Général CODY

CHIARELLI succède au général CODY comme vice-chef d’Etat-major de l’Army.

AUSTIN a remplacé ODIERNO à la tête du MNC-I en février dernier.

PETRAEUS succède donc à l’Amiral FALLON (démissionnaire) comme CENTCOM.

(sur tout ces personnages, je vous conseille de faire une recherche sur ce blog, car j’ai eu l’occasion de les présenter (sauf AUSTIN).

De retour…

Après 10 jours très instructifs… et avec une résolution que je compte tenir: étant donné les projets actuellement en cours, je ne compte publier sur ce blog qu’une ou deux fois par semaine… Que cela n’empêche personne de continuer à consulter les quelques 180 articles déjà présents.

En attendant, quelques nouvelles des différents fronts de la guerre en Irak. En effet, entre 2003 et 2007, il y a eu trois guerres en Irak: des actions de contre-rébellion dans le Triangle Sunnite, de la maîtrise de la violence dans les régions chiites, et enfin des combats de haute intensité dans les bastions urbains tenus par l’insurrection sunnite alliée à Al Qaeda en Irak (AQI).

En ce début de printemps 2008, les enjeux se sont déplacés:

  • dans le Triangle Sunnite, nous sommes plutôt dans la maîtrise de la violence puisque tant la TF MARNE (Division Centre) que la Force Expéditionnaire des Marines (Division Ouest-province d’Anbar) basculent lentement vers le pôle "Assistance". C’est ce que révèle par exemple cette table ronde avec les blogueurs du colonel Patrick MALAY, qui commande le Regimental Combat Team-5 (RCT, équivalent au sein des Marines de la Brigade/BCT de l’Army). C’est également le cas dans la ville, cruciale, de BAYJI, située dans la province de SALADIN (Division Nord) dans laquelle la protection des infrastructures et la provision de services essentiels est devenue l’effort majeur du bataillon de la 101ème Air Assault qui en a la charge.
  • Aux marges, la contre-rébellion continue selon le schéma tactique de contrôle du milieu dans la ville de MOSSOUL, dernier bastion d’AQI. Le procédé d’installation au sein des avants-postes (COP) se poursuit pour gagner progressivement le contrôle de la cité. C’est le cas du COP SHAN au NE des ruines de NINIVE. Là comme ailleurs, les attaques indirectes d’AQI contre les militaires américains et les ouvriers irakiens ont échoué à gêner "l’enkystement" des contre-insurgés au sein des populations.

Parallèlement, la conquête de la route de TELL AFAR a permis d’isoler les groupes d’AQI des flux de volontaires étrangers transitant par la Syrie.

  • les combats de haute intensité concernent donc désormais la milice chiite de Moqtada AL SADR (les Jaysh al Mehdi-JAM ou "Armée du Mahdi"), bien que les officiels américains et irakiens s’en défendent en prétendant cibler les "éléments criminels" et "hors-la-loi" de la milice. Plusieurs éléments sont à prendre en compte:
    • la ville de BASSORAH est désormais aux mains des forces irakiennes puisque le dernier bastion des JAM (AL HAYYANIYAH) est tombé la semaine dernière. Cela ne signifie nullement que la sécurité est acquise. Il faut donc attendre pour savoir comment les phases suivantes vont s’effectuer. Il importe en revanche de signaler que l’Iran a officiellement soutenu les opérations décidées par le Premier Ministre AL MALIKI et lancées le 25 mars dernier.

    • En revanche, SADR CITY demeure un champs de bataille contesté entre les JAM et les forces américaines. Ces dernières ont entamé la constructions de murs de protection destinés tout autant à isoler le quartier qu’à empêcher l’infiltration de miliciens dans les alentours. Le problème semble désormais celui des services essentiels pour séparer effectivement les JAM des habitants de ce quartier pauvre. En effet, si l’intimidation reste un procédé essentiel pour s’assurer l’allégeance des habitants du quartier, la milice de SADR opère davantage sur le modèle du HEZBOLLAH en étant à la fois l’aile armée de son parti politique et le protecteur désigné des populations chiites de ce quartier particulièrement déshérité de la capitale. On a parfois l’impression de voir se répéter les erreurs de 2003, lorsque l’ennemi était le point focal du mode d’action des forces au niveau tactique. De fait, si les Américains cherchent à assurer la continuité des services publics au sein de SADR CITY, force est de constater que l’usage de la force -même plus discriminé qu’en 2003- risque de produire les mêmes effets qu’alors. A tout le moins, si les habitants ne se sentent plus tenus d’appuyer AL SADR, ils ne seraient pas pour autant devenus les alliés des Américains. Il faut également se souvenir que les opérations ont continué à SADR CITY après la trêve du début d’avril du fait des attaques indirectes des JAM contre les missions d’assistance menées par les Américains.

    • Enfin, sur le plan politique, AL SADR a menacé d’une "guerre ouverte jusqu’à la libération". La posture déclaratoire est connue et peut être interprétée comme une tentative désespérée de montrer que le jeune clerc reste une menace, ou alors comme le début d’un embrasement d’une partie des Chiites. D’autant que le contrôle de la population par les adversaires politiques de SADR n’est pas évident. Et sans compter aussi que le soutien des Chiites aux Américains est loin d’être aussi évident que l’on pourrait le croire (les Sunnites semblant avoir définitivement basculé dans l’alliance, voire l’allégeance locale aux Américains): Le ministre des Affaires Etrangères, Hoshyar ZEBARI, vient en effet d’indiquer que l’accord bilatéral entre les Etats-Unis et le gouvernement irakien sur la sécurité posait problème car il semblait indiquer une souveraineté limitée et une indépendance de facto des unités américaines dans ce dernier domaine.


Avant de partir….

Comme François Duran et Joseph Henrotin, je m’absente quelques jours pour prendre des vacances, mais aussi rencontrer des militaires français et américains à Paris.

Je conseille à mes lecteurs d’en profiter pour explorer ce blog. Depuis 2 mois, j’ai tenté d’esquisser quelques tendances, principalement des évènements de 2007/2008, tout en montrant également comment il fallait comprendre, interpréter et expliquer les années précédentes de la "guerre en Irak". Ma thèse porte sur toute la période de la présence (ou de l’occupation, c’est selon) américaine en Irak et des efforts (ainsi que des réticences et des échecs) des services pour combattre l’insurrection et stabiliser ce pays. Je reviendrai donc le lundi 21 avril en essayant d’infléchir ma politique de publication pour être plus cohérent. Commenter l’actualité restera mon habitude, mais avec peut-être plus de recul et de distance temporelle.

For English readers, I recommend you read several posts written in English. Perhaps would you appreciate another view regarding COIN….

En attendant, quelques nouvelles fraîches:

-les Américains négocient actuellement avec le gouvernement irakien deux accords de coopération en prévision de la fin du mandat des Nations-Unies prévu en fin d’année. Le premier accord porte sur le statut des forces armées américaines en Irak et ouvre la voie à une présence indéfinie des troupes US avec une marge de manoeuvre quasiment équivalente à ce qui existe actuellement. Ressortant des prérogatives de l’Exécutif, il ne sera pas discuté par le Congrès. Le second établit un "cadre stratégique" de coopération entre les deux pays dans les domaines économiques, politiques, sécuritaires et culturels. Il est la continuation d’un "accord de principe" établit en décembre 2007. Il devrait être signé le 31 juillet et entrer en vigueur le 1er janvier prochain. Bien que déclarant la volonté de garantir la sécurité de l’Irak, l’Administration l’a déclaré non contraignant, ce qui devrait empêcher également tout passage devant le Congrès, alors que la pratique politique américaine stipule que de tels accords, qui s’apparentent (c’est le moins que l’on puisse dire) à des accords de Défense, requièrent l’agrément du pouvoir législatif.

-D’autant que la 3ème brigade du surge, la 4ème brigade de la 1ère Division d’infanterie vient de regagner ses quartiers de Fort RYLEY au Kansas. Rappelons que 2 autres brigades doivent être redéployées hors d’Irak d’ici le mois de juillet.

-Or, les combats entre les forces Irakiennes et les éléments des JAM continuent à SADR CITY. Pour le New York Times, les Américains profitent de cet état de fait pour transférer davantage de responsabilités aux forces irakiennes. Ce est problématique du fait de la "culture" de l’Armée Irakienne (en dépit de sa suppression en mai 2003 par le CPA, l’actuelle Armée garde les réflexes de l’époque de Saddam) concernant le manque d’initiative et, surtout depuis 2006, la volonté de rester sous "parapluie" américain jusqu’aux plus bas échelons tactiques. En dépit de son propre surge (près de 100 000 nouveaux membres en 2007), de la formation poussée donnée par le MNSTC-I, des progrès restent à accomplir.

(Cliquez sur l’image pour ouvrir un diaporama. Source: New York Times)

Bonne semaine à tous.

Mise à jour ultime: Le général PETRAEUS n’est pas de mon avis.

Ali AL SISTANI

Le Long War journal reprend la réponse du grand Ayatollah Ali AL SISTANI aux questions posées par Moqtada Al-SADR.

Sans surprise, la plus grande autorité spirituelle et morale du Chiisme irakien, recommande le respect de la Loi.

Rappelons que le Conseil National de Sécurité Irakien a décidé d’interdire les élections aux partis politiques dotées de milices. Sur cette manoeuvre, le parti JAM s’est retrouvé parfaitement isolé. SADR a fait indiquer qu’il demanderait l’avis de l’Ayatollah. Rappelons aussi que SADR a annulé la grande manifestation prévue hier à l’occasion du 5ème anniversaire de la chute de BAGDAD pour protester contre "l’occupation américaine".

Quelques remarques:

  • SADR se conformera-t-il à cet avis? Le jeune clerc a, selon les rumeurs, passé l’année écoulée à acquérir les diplômes nécessaires pour émettre lui-même des Fatwas et succéder donc à son père, assassiné en 1989. En tout les cas, sa position d’isolement devrait le pousser à temporairement accepter…..
  • Le grand Ayatollah AL SISTANI est un partisan de la première heure de la présene américaine. Le 28 mars, alors que les troupes américaines entraient dans NADJAF pour le rencontrer, le LCL HUGHES avait alors évité l’affrontement avec les foules chiites, ce qui avait permis à AL SISTANI d’émettre un fatwa demandant d’appuyer les Américains. Cependant, force est de constater que la voix de cette autorité est de plus en plus remise en cause, ou du moins apparaît comme telle… On peut donc légitimement poser la question de sa représentativité, de son impact, voire de son instrumentalisation par le gouvernement MALIKI.

A propos de deux commentaires….

J’ai omis pour le moment de confirmer deux commentaires, pour la raison que, si j’admets le débat sur le fond que l’on me propose, je ne cautionne pas les jugements portés sur l’auteur de ce blog.

 

Sur le fond, l’auteur de ces commentaires me confronte sur deux sujets:

-sur celui de l’ethnocentrisme des Occidentaux.

-sur celui de la transmission du savoir antique en Occident.

Je réponds donc sur le fond, puis je parlerai de la forme.

1) je crois que je me suis mal fait comprendre (ce qui est fort probable): je distingue fortement l’ethnocentrisme supposé des Occidentaux (que je nuance par rapport au discours dominant; mais nuancer n’est pas nier) et la domination effective de ces derniers sur le monde.

Je maintiens que les Occidentaux ont été portés à s’intéresser à "l’Autre", ce que démontre fortement l’ancienneté de l’anthropologie. Ce qui ne signifie pas que cette anthropologie ait échappé aux "biais ethnocentriques", ni qu’elle ait été vierge de toute instrumentalisation (comme on le voit aujourd’hui en Irak puisque "l’incrustation" de spécialistes en ethnologie au sein de certaines unités militaires a suscité un débat déontologique dans l’Association Américaine d’Anthropologie).

Cette "tension vers l’Autre" est bien spécifique à l’Occident dès le XVIème siècle. Cela ne remet pas du tout en cause les divers jugements que l’on pourrait porter sur la domination européenne sur le reste de l’Europe.

Par ailleurs, cette ouverture, dont une explication est fournie dans Jérôme BASCHET, est ambivalente: elle peut prendre une forme désintéressée, généreuse et authentiquement ouverte (Las Casas), ou elle peut instrumentaliser, y compris les "bonnes intentions", dans une domination et une non-reconnaissance de l’Autre (de la controverse de Valladolid jusqu’aux charity business).

2) Concernant le livre de Sylvain GOUGUENHEIM, je crois qu’on ne peut discuter la rigueur scientifique de son auteur, que j’ai maintes fois lu. Exciper de "personnes qualifiées" anonymes pour parler "d’erreurs" non spécifiées me semble un peu léger. Il est important ici de maîtriser les bases du débat historiographique sur le sujet. GOUGUENHEIM s’inscrit dans un mouvement complexe et est loin d’être seul. Il reprend des éléments plus anciens pour les critiquer ou les creuser. Sa thèse, loin d’être farfelue, doit être examinée avec attention mais ne peut être balayée d’un revers de la main. A moins bien entendu qu’elle tranche fortement avec des croyances personnelles ou "ethnocentriques"……

PS: je précise qu’ayant moi-même étudié le sujet, surtout via les adversaires de cette thèse (comme Alain DE LIBERA), je ne pense pas qu’il s’agisse d’un cas de "révisionnisme"..

 

Parlons de la forme: je ne peux admettre les procédés discursifs visant à identifier le travail de l’auteur de ce blog avec de la "rage" ("ethnocentrisme rabique"), de l’élitisme dominateur ("des milliards de terriens se tordent de rire") ou de l’extrémisme politique ("l’extrême-droite est contente"). Ce n’est pas acceptable car:

PRIMO: cela met en lumière vos propres biais et préjugés. La tendance à l’amalgame est typique d’une vision polarisée et binaire du débat. Autrement dit, cela ne porte pas à vouloir débattre avec vous.

SECUNDO: ce n’est pas la teneur de ce blog, ni sa politique.

TERTIO: je ne suis ni un enragé, ni un extrémiste, ni un partisan de la domination de l’Occident sur le reste du monde….

En conséquence, je censurerai tout commentaire qui, même de manière policée, manquerait à ce principe qui est celui du respect des idées de l’adversaire….

La réconciliation et la légitimité "locale" (à propos du post précédent)

2 exemples de la réconciliation et de la légitimité "locale" en Irak, dans la zone de la Division Multinationale Centre (TF MARNE):

-une manifestation d’unité des Chiites et des Sunnites s’est tenue le 6 avril dans la ville de MAHMUDIYAH (sud de Bagdad) à la demande du maire et du gouverneur provincial. Le mot d’ordre est intéressant: "Le Peuple doit soutenir le gouvernement"….

-des parachutistes américains (2 compagnies du 3ème bataillon du 187ème régiment d’infanterie, 3ème Brigade de la 101ème Air Assault) ont "assaillis" un village dans la région de YUSUFIYAH (au NO de MAHMUDIYAH)…. pour évaluer les besoins en électricité et en eau (les Services Essentiels).

Il s’agit dans ce cas de rencontrer les cheiks locaux pour discuter de leurs besoins, puis de faire le tour des artisans/commerçants/entreprises locales en prévision soit de micro-crédits, soit d’une aide plus directe de la part de l’Equipe de la Provincial Reconstruction Team.

Ajout: toujours dans la division Centre, des militaires de la 3ème Brigade (Est du Tigre) ont remis en route une briqueterie…. en soignant près de 250 ânes grâce à une clinique destinée à aider les agriculteurs locaux….

En terme militaire, on parle de "mutualisation des moyens"….

NOTE GENERALE: bien évidemment, tout ceci nous renvoie aux changements dans le métier militaire, identitaires et organisationnels.

Remarque…

Courte méditation:

-en contre-insurrection, la sécurité/stabilité se reconstruit "par le bas".

-dans une guerre civile ou du Nation Building, il est nécessaire de le faire "par le haut"…..

Les Américains en Irak font de la contre-insurrection, du Nation Building et tentent d’enrayer une possible guerre civile….. (de la STABILISATION)

Question: les deux processus sont-ils compatibles? Si oui, comment les équilibrer?

Les conseillers militaires américains

le LCL John NAGL publie un article intéressant dans numéro d’avril de Armed Forces Journal.

J’ai souvent parlé de John NAGL, qui est précisément l’icône de la contre-insurrection aux Etats-Unis, aussi bien en raison du caractère fondateur de sa thèse sur la Malaisie et le Vietnam que du fait de son rôle réel dans la rédaction du FM 3-24 (bien que n’en étant pas le coordinateur officiel).

Une autre raison donne au personnage son importance: son aura personnelle, le fait qu’il représente cette génération de Lieutenants-colonels et de major servant de "mentors" aux jeunes "vice-rois" que sont les capitaines américains en Irak et en Afghanistan, son lobbying actif enfin au sein de l’Army pour faire émerger un corps permanent de conseillers militaires, sur le modèle des Marines et de l‘Air Force. L’Army recrute en effet des conseillers ad hoc qui retournent au sein de leur unité d’origine une fois leur déploiement d’un an terminé.

De fait, le LCL NAGL quitte l’Army à l’automne: il rejoint le Center for a New American Security (CNAS), créé par Michelle FLOURNOY, ancienne conseillère du président CLINTON, et comprenant un nom académique qui monte actuellement aux Etats-Unis: Colin KALH, qui a travaillé notamment sur les règles d’engagement US en Irak.

Témoignage de PETRAEUS

Le jour tant attendu (depuis septembre) est arrivé: le général David PETRAEUS a témoigné devant la Commission des Forces Armées du Sénat tandis que l’ambassadeur en Irak Ryan CROCKER faisait  de même devant la Commission des Affaires Etrangères du Sénat.

Comme il était prévisible, le général PETRAEUS a affirmé de nouveau les raisons qui expliquent le changement de situation depuis 2007: le surge de 5 brigades (30 000 personnels) de janvier, la stratégie de contre-insurrection (plus probablement, comme je l’ai déjà souligné, le plan de campagne dont ODIERNO a été la figure majeur ainsi qu’une standardisation de procédés tactiques et un travail important effectué sur la posture individuelle et collective vis à vis de la population), l’alliance avec les milices sunnites (et le rejet croissant d’Al Qaeda par la population et les cheiks sunnites), le cessez-le-feu de Moqtada Al SADR.

Sur ce dernier point, PETRAEUS ne dramatise pas la situation et rappelle selon lui les deux causes des affrontements: l’attitude "criminelle" d’élements "marginaux" et l’influence de l’Iran.

La nature du conflit reste celui d’une compétition pour le pouvoir et l’influence entre groupes politiques, ethniques et confessionnels. Ce qui change est la tendance croissante à voir cette compétition résolue par le débat ou la politique.

Bien entendu, la question des milices sunnites (91 000 membres des Fils de l’Irak ou "Citoyens Locaux Engagés") est largement exposée: leur rôle dans le combat contre Al Qaeda à l’automne 2007, les découvertes des caches d’armes et l’appui précieux en renseignement.

Le général PETRAEUS reste positif sur deux autres points: le transfert des responsabilités des différentes provinces aux autorités irakiennes (qui devrait s’achever cet été), et la génération des forces pour les forces irakiennes.

En revanche, il pointe du doigt une perception dangereuse: l’amélioration de la sécurité permet de produire davantage d’actions d’assistance et de reconstruction. Celles-ci entraînent à leur tour une attente importante qui pressure davantage encore les enjeux pour les forces américaines, dont le retrait est inéluctable. Sur ce dernier point, PETRAEUS recommande une "pause" de 45 jours pour évaluation une fois la dernière des brigades du surge retirée en juillet 2008.

En bonus, je mets en lien les diapos de la présentation accompagnant le témoignage.

Je voudrais à mon tour souligner quelques éléments de cette audition, qui n’apporte que peu de surprise. De fait, la seule véritable nouveauté semble être la formalisation de la stratégie contre Al Qaeda en Irak (AQI) dans le slide 9. La "stratégie de l’anaconda" vise à étouffer les capacités de l’organisation terroriste en la privant de ses soutiens et de ses moyens d’action.

Pour le reste, je crois quand même qu’il est nécessaire de reprendre différents enjeux qui n’apparaissent pas ou peu:

  • le premier enjeu est institutionnel: les services terrestres (et l’ensemble du Pentagone) peuvent-ils implémenter la contre-insurrection sur le long terme et la coupler à une stratégie nationale qui risque d’évoluer.
  • le second enjeu est celui de la construction étatique en Irak: les Américains ont gagné la bataille de la légitimité au niveau local mais il leur reste à le faire au niveau national et surtout à accélérer l’adhésion des populations au gouvernement central.
  • le troisième enjeu est celui de l’adaptation des "perturbateurs". Les tactiques d’AQI sont susceptibles d’évoluer vers davantage de terrorisme, tandis que le jeu de l’Armée du Mahdi reste pour le moment suspendu à l’attitude de Moqtada Al Sadr vis à vis de la menace de dissolution qui pèse sur ses milices. Un autre élément est celui des discours que SADR va employer pour nommer sa vision de l’avenir de l’Irak: peut-il rester anti-américain sans être de plus en plus marginalisé? Mais peut-il abandonner sa rhétorique sans perdre ses soutiens?
  • le dernier enjeu (il y en a certainement d’autres, avis aux amateurs) est celui de la "cooptation". Les Américains parviendront-ils à sortir de l’optique du "contrôle" de la population et des milices pour assurer la stabilité?

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