Absence temporaire

Du fait de mes obligations militaires, je serais absent quelques jours jusqu’à lundi ou mardi prochain. Il me sera difficilement possible de poster à partir de demain.

pour ma rentrée (lundi ou mardi prochain): un point sur les Marines et la COIN (en plus de l’affaire du redéploiement en Afghanistan) ainsi que sur le « terrain humain » et les ethnologues/anthropologues/sociologues dans les unités américaines.

Bonus: une vidéo sur des « Fils de l’Irak » prêtant serment dans la Police Nationale Irakienne (INP)

 Cliquez sur l’image

Je vous souhaite une bonne semaine à tous.

L’épine dans le pied d’Al Qaeda-Irak à Samarra

…. semblent être les « fils de l’Irak » (SoI). Des documents pris par les forces contre-insurgées dans une « salle de torture » d’AQI à Samarra le 18 novembre révèlent que les milices sunnites sont le principal obstacle pour l’organisation terroriste.

Sur le site de la Force Multinationale-Irak

Des nouvelles de Mossoul

J’ai eu l’occasion d’écrire que la mise en œuvre du « modèle Bagdad » était problématique à Mossoul, notamment à cause de la situation ethnique particulière de cette ville, dans laquelle les divers groupes pourraient voir dans les Américains des alliés contre leurs adversaires potentiels. Rappelons que le modèle « Bagdad » repose sur deux principes: la création de Combat Outpost (COPs) afin d’installer des unités au sein des quartiers, et la création de réseaux de relations complexes avec les leaders communautaires de manière à leur faire assurer la sécurité locale sur le long terme. Dans le cas de Mossoul, cette deuxième condition ne pourrait donc être remplie avec la même clarté que dans la capitale.

L’opération contre Mossoul est l’un des éléments de Phantom Phoenix, opération de l’ensemble de la MNC-I lancée le 8 janvier dernier. Plus précisément, il s’agit de la manœuvre principale de Iron Harvest, opération de niveau Division (MNFD-North), soutenue par Raider Harvest (contre les sanctuaires d’AQI restant dans la province de Diyala, notamment autour du Lac Tharin dans la « corbeille à pain », à compter du 12 janvier) et Warriors Harvest (vers Kirkouk).

Dans un premier temps, les forces coalisées ont assuré la liberté de circulation vers Mossoul par des actions visant à faciliter la mobilité (mi-décembre/mi-janvier)

Dans un second temps, les opérations cinétiques ont commencé à l’ouest de la ville pour permettre la mise en oeuvre d’un COP (le COP « Killer » du nom de la compagnie du 3ème régiment de Cavalerie (ACR) qui s’y est installé depuis) à compter du 30 janvier.

Parallèlement, des opérations ont été montées afin de rompre l’acheminement des véhicules piégés vers le centre-ville (à l’image des opérations contre les ceintures de Bagdad au début de l’hiver 2006/2007). A partir de cet avant-poste, des raids ont permis de capturer des leaders d’AQI, de démanteler des réseaux et de découvrir des caches d’armes. Toutefois, de nombreux attentats ont eu lieu, notamment le 23 janvier où près de 15 personnes sont tuées.

Dans un troisième temps, des combats mènent à l’ouverture d’un second avant-poste, le COP RABIYAH, cette fois-ci à l’est de la ville (10 février).

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Evaluation: nous n’en sommes donc qu’au premier temps de la manœuvre du Major-général HERTLING, soit le nettoyage de la ville. Pour savoir si le « modèle Bagdad » pourra être reproduit dans la seconde ville irakienne, il faut donc attendre les développements de la mission. D’ores et déjà, le général HERTLING a annoncé que les militants d’AQI, qui projetaient de se fondre dans la population avec l’aide de la branche locale de l’Armée Islamique en Irak, fuient la ville (ainsi que celles de Tikrit et Kirkouk concernées également par l’offensive) et se réfugient dans le désert.

Une vision alternative du mouvement du “réveil”/CLC/SoI

En lieu et place des belles déclarations sur l’opérationnalité des milices de sécurité locale (je crois que ce terme sera plus juste que celui de CLC/SoI car il permet d’englober la totalité des réalités diverses du phénomène), une approche alternative consiste à voir dans ces dernières un danger pour la sécurité. En effet, deux effets doivent être pris en compte:

  • l’accélération du recrutement et de la formation de ces milices obéit à une logique légèrement différente de celle de l’année dernière: désormais, il s’agit de ne pas créer de vide sécuritaire en prévision du retrait de 5 brigades d’ici juillet (la première étant partie en décembre, la seconde en mars, et les autres devant échelonner leur retour toutes les 6 semaines). Or, il est à craindre que la tâche du Multinational Force Security and Transition Command-Irak (MNSTC-I) du LTG DUBIK ne soit désormais ardue: non seulement compléter la formation des forces de sécurité irakiennes (ISF) en tenant des comptes des impératifs ethniques et éthiques, mais également s’assurer de la loyauté des milices sunnites, dont le gouvernent irakien devrait prendre plus activement la charge cette année.

Autrement dit, deux risques sont possibles: la constitution de milices de « seigneurs de guerre », notamment dans la province d’Anbar, le début d’une compétition entre elles. Ce point doit susciter une réflexion importante. En effet, le contre-insurgé doit nécessairement tenir la bride des supplétifs locaux qui risquent de lui échapper, au risque de ne plus être l’arbitre des compétitions locales, mais seulement un spectateur impuissant des conflits qu’il aura lui-même fait éclore en armant ces groupes. Encore une fois, cela nous rappelle la véritable nature de l’asymétrie de tels conflits: non point tant une asymétrie capacitaire, mais un double déséquilibre. D’abord dans le domaine de l’environnement culturel et social de la guerre, mais surtout dans celui de la perception du conflit. Pour les acteurs locaux, il s’agit bien d’une guerre « totale », engageant les esprits, les cœurs, les corps et les âmes de toute une société (quelle que soit l’échelle considérée de celle-ci); alors que pour les Américains, il s’agit d’un conflit périphérique dont il s’agit de se débarrasser au plus vite.

Les Avant-postes (COPs) en Irak

A travers deux reportages de terrain:

Le principe: installer des unités de taille réduite au coeur des zones peuplés, où elles doivent apprendre en autonomie à gérer les problèmes politiques, sécuritaires et économiques. Le problème: il faut bien qu’elles partent un jour, ce qui ne va pas toujours sans inquiétudes pour l’avenir.

Bilan du LTG ODIERNO

Depuis hier, le Corps Multinational Irak (MNC-I) est sous le commandement du LTG AUSTIN dont l’état-major (celui du XVIIème Corps Aéroporté) succède à celui du LTG Raymond ODIERNO (IIIème Corps).

L’occasion pour le Washington Post de revenir sur le bilan de ce dernier depuis son entrée en fonction à la mi-décembre 2006, soit un mois avant la nomination de Petraeus, comme successeur du LGT CHIARELLI.

J’ai déjà évoqué les polémiques concernant le commandement de ODIERNO lors de son séjour en Irak à la tête de la 4ème Division d’infanterie en 2003-2004. Ayant pris en charge le secteur de Tikrit en relève des Marines le 19 avril, soit 4 jours après l’ annonce officielle de la transition vers la Phase IV (Stabilisation), la division aurait mené des actions indiscriminées, caractérisées par la détention et le traitement abusif de nombreux irakiens arrêtés à la suite de raids menés sans discernement, ce qui aurait entraîné la montée en puissance de l’insurrection sunnite et son alliance avec Al Qaeda. C’est le thème central de la seconde partie de Fiasco de Thomas Ricks, qui vient d’ailleurs d’être traduit en français.

En fait, il est important de prendre en compte la défense que Odierno, ou d’autres membres de la division tels que le LCL GENTILE (avec qui j’ai correspondu), avancent concernant cette période: ils insistent sur le contexte opérationnel de leur AOR pour justifier les mesures de coercition qui furent prises alors. La méfiance croissante des chefs tribaux, ajoutée à la forte imprégnation du sentiment baasiste, aurait empêché toute collaboration avec les Américains.

Au-delà de cette justification, il est possible de souligner que, malgré une transition assez rapide vers les opérations de stabilisation au niveau des bataillons, les règles d’engagement ont souvent été inadaptées. Au vrai, les effets à produire ne semblent pas non plus avoir été suffisamment focalisés sur la population, bien que celle-ci ait été prise en compte à travers les programmes de reconstruction des infrastructures socioéconomiques. Autrement dit, je suis assez porté à croire que ODIERNO dit vrai lorsque il dit que ses troupes ont fait du mieux qu’elles ont pu: sans personnel spécialisé, sans stratégie à l’échelle du théâtre, sans recul ou délai de réflexion suffisant.

Deux éléments me semblent conforter cette thèse:

  • les soulèvements de 2004 n’ont pas concerné la zone de Tikrit, mais celle d’Anbar (Falloujah, Ramadi). Dans cette province, les faibles effectifs (1 division à partir de l’automne, mais 1 régiment -le 3ème ACR- précédemment), la présence d’une organisation localement structurée autour des anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein, ainsi que la tradition d’indépendance et de contestation des villes sur l’Euphrate (Falloujah, Ramadi, Al Qaim, Haditha) ont tous concouru à gêner l’action contre-insurrectionnelle. Là aussi, le maintien d’une posture de coercition, la faiblesse du renseignement d’ambiance ont fait perdre l’initiative aux Américains. Dans ces deux AOR, les points communs sont nombreux, la différence tenant justement à l’attitude plus agressive et déterminée d’ODIERNO, alors que la 82ème division aéroportée n’a jamais su dissuader par la force…
  • Le deuxième séjour d’ODIERNO en Irak symbolise l’apprentissage organisationnel de l’Army en Irak. En effet, il semble avoir réfléchi sur les conditions d’une contre-insurrection réussie. Il a développé, en amont du « surge » de janvier 2007, une stratégie fondée sur la rupture des voies de communication des extrémistes vers Bagdad. Il a encouragé la généralisation précoce des alliances avec les tribus sunnites et les anciens groupes insurgés de cette ethnie. Parallèlement, il a compris l’enjeu majeur que représentent les détenus dans la société irakienne, en encourageant la réinsertion et de meilleures techniques d’interrogatoire et de renseignement. En d’autres termes, le LTG ODIERNO a préparé certaines des conditions majeures du « tournant » de 2007. A-t-il radicalement changé entre 2003/2004 et 2006/2007? Il semble tout simplement qu’il se soit servi de son expérience initiale pour modifier certaines procédures, certaines approches globales. Il ne s’agit donc pas d’une conversion à 180° mais bien d’une adaptation continue et non-linéaire au contexte de la mission.

Les “Fils de l’Irak” (SoI) de Arab Jabour

Arab Jabour, dans le Sud Est de Bagdad, a été le témoin d’affrontements entre les forces de la Coalition aidées des SoI et Al Qaeda en Irak (AQI).Ce fut le cas d’abord dans le cadre de l’opération Marne Torch I (juin-juillet 2007) lancée lors de Phantom Thunder à l’échelle de l’Irak (15 juin-13 août) afin de dénier à AQI ses voies d’infiltration le long du Tigre. Puis dans le cadre de Marne Torch II (septembre-octobre 2007), dépendant de Phantom Strike (13 août 2007-janvier 2008), afin d’empêcher tout retour d’AQI et de poursuivre ses éléments dans l’ensemble de la zone. Enfin, l’opération Marne Thunderbolt initiée en janvier 2008 cherche à bloquer les accès de la zone et à compléter l’éradication d’AQI avec l’aide des SoI -dont le recrutement a été accéléré- mais aussi par des raids aériens (comme ceux du 10 janvier). Cette dernière opération fait partie de Phantom Phoenix qui vise à éliminer les derniers sanctuaires, notamment dans le Nord de l’Irak.

Arab Jabour

Via le Long War Journal: quelques photos des SoI

Mise à jour: un exemple du processus par lequel les SoI se sont constitués.

AO Ferrell

Zone d’opération de la 2BCT de la 3ID (col. FERRELL): cliquez sur l’image

Mise à jour 2: Visiblement, le système des Concerned Local Citizens/Sons of Irak (CLC/SoI) n’est pas applicable partout. C’est le cas à Mossoul, où nous avions déjà mis en lumière les contradictions entre l’objectif politique du Premier ministre Al Maliki -en faire une « bataille décisive » contre AQI- et les procédures employées par les Américains -notamment le refus du « modèle Bagdad« .

Prospective: le monde en 2040

Via l’excellent blog francophone Casus Belli: la 2nde édition de l‘étude prospective de la Direction des Affaires Stratégiques.

Haditha sur PBS

La chaîne de télévision Public Broadcasting Service annonce la diffusion d’un documentaire réalisé sur Haditha mardi prochain 19 février.

La thèse des journalistes, « incrustés » au sein du 3ème Bataillon du 1er régiment de Marines dont sont issus les accusés, tient dans les règles d’engagement (ROE). Celles-ci auraient en effet été inadaptées aussi bien au contexte tactique (mode « coercition » au lieu du mode « maîtrise de la violence ») qu’aux jeunes militaires du rang (la moyenne d’âge du Corps des Marines étant la moins élevée de tout l’établissement militaire US).

Deux remarques:

  • cet argument est pertinent pour peu que l’on veuille le nuancer par les progrès effectués avant l’invasion de l’Irak (je recommande les écrits de Colin KALH). Les règles d’engagement sont en effet cruciales en opération de stabilisation complexe… comme dans toute autre contexte (elles sont de plus en plus détaillées comme j’en peux témoigner au regard de mes propres expériences en VIGIPIRATE ou dans les règles d’engagement de l’EUFOR-TCHAD)
  • Il ne contredit pas la thèse du montage déjà évoquée. Les accusés ont en effet admis leur surprise après avoir découvert que les personnes présentes dans les maisons ciblées étaient des civils. Ce peut être un argument de leur défense, 4 d’entre eux ayant déjà été relaxés, mais cela peut aussi accréditer la thèse d’un piège tendu par AQI. Une question reste en suspens: comment expliquer de manière fine le silence ayant entouré l’affaire jusqu’à l’enquête du Time Magazine plusieurs mois plus tard? (par manière fine, j’entends une analyse qui va au-delà du « ils craignaient pour ce qu’ils avaient fait » ou « ils avaient mauvaise conscience », toutes choses que par ailleurs je veux bien comprendre. Il s’agit plutôt de reconstituer le processus ayant abouti à ce silence…)

Plus d’information dès que j’ai récupéré des documents auprès de PBS (soit après la diffusion).

Quelques extraits (VO) en prévisualisation:

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3 lois: la victoire du Parlement irakien

Le Parlement irakien vient de passer 3 lois: le vote du budget 2008, la tenue d’élections provinciales (un pas majeur vers un rééquilibrage des pouvoirs, crucial pour la COIN), et une amnestie partielle pour des détenus.

Ce qu’il faut retenir tient dans l’apparent consensus obtenu en dépit des appartenances ethniques.

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